PORT-AU-PRINCE — À Carrefour-Feuilles, l’un des quartiers populaires de Port-au-Prince durement touchés par la violence des groupes armés, des habitants déplacés commencent à regagner leurs maisons, malgré une situation sécuritaire encore fragile.
Après avoir fui les violences, certains riverains disent ne plus supporter les conditions de vie dans les sites d’hébergement où ils avaient trouvé refuge. Le retour au quartier apparaît ainsi, pour plusieurs familles, moins comme le signe d’un rétablissement durable de la sécurité que comme une réponse à des conditions de déplacement devenues extrêmement difficiles.
Un retour dicté par l’épuisement
Pour ces habitants, retrouver leur domicile représente d’abord la possibilité de reprendre une vie aussi normale que possible.
Mais le retour ne signifie pas que la situation sécuritaire est réglée. La zone n’est pas encore totalement repassée sous le contrôle des forces de sécurité, et les habitants réclament des garanties leur permettant de vivre et de circuler librement.
Cette situation crée une contradiction particulièrement préoccupante : des populations déplacées reviennent dans des quartiers où les conditions qui avaient provoqué leur départ ne sont pas nécessairement durablement résolues.
Entre groupes armés et absence de protection effective
Dans certaines zones, en l’absence d’un contrôle complet de l’État, des brigades d’autodéfense tentent de maintenir une présence et de protéger les populations.
Mais cette situation soulève de nouvelles inquiétudes. Le recours à des groupes ou brigades non étatiques pour assurer la sécurité des quartiers traduit aussi les limites de la présence institutionnelle et sécuritaire.
Les organisations de défense des droits humains mettent en garde contre les risques auxquels s’exposent les habitants qui regagnent des territoires où l’autorité de l’État demeure limitée.
« Ce n’est pas une victoire sécuritaire »
Darbenski Gilbert, de l’Ordre des défenseurs des droits humains, estime que le retour des populations ne doit pas être interprété comme la preuve d’une amélioration de la situation sécuritaire.
« Le retour des populations déplacées ne constitue pas une victoire sécuritaire. »
Selon lui, les personnes qui regagnent ces quartiers pourraient être confrontées à une double menace : celle des groupes armés et les risques liés aux opérations menées par les forces de l’ordre.
Cette mise en garde souligne l’un des principaux dilemmes auxquels sont confrontées les autorités : comment permettre le retour des populations déplacées tout en garantissant leur sécurité et leurs droits fondamentaux ?
Le retour ne suffit pas
La question de Carrefour-Feuilles dépasse désormais le seul cadre de ce quartier.
Alors que plusieurs zones de la capitale et de sa périphérie connaissent des mouvements de retour de populations déplacées, le véritable enjeu est de savoir si ces retours peuvent être durables, volontaires, sûrs et dignes.
Pour être durable, un retour ne peut reposer uniquement sur l’épuisement des familles déplacées ou sur l’absence d’alternatives.
Il suppose notamment une présence effective de l’État, la sécurisation des quartiers, la possibilité de circuler librement, l’accès aux services essentiels et des garanties contre les violations des droits humains.
À Carrefour-Feuilles, les habitants qui rentrent chez eux veulent retrouver leur quartier. Mais leur retour pose une question essentielle : peuvent-ils réellement y vivre en sécurité ?
Pour l’instant, la réponse demeure incertaine.




