Le budget 2026-2027 consacre 73 milliards de gourdes à la sécurité et 8,6 milliards au processus électoral, alors que le gouvernement prévoit une croissance économique de seulement 0,2 %
PORT-AU-PRINCE, Haïti — Le gouvernement haïtien prévoit de dépenser 401,2 milliards de gourdes au cours de l’exercice 2026-2027, en donnant la priorité à la sécurité, aux élections et aux investissements publics, dans un pays où l’État tente toujours de reprendre le contrôle de vastes portions du territoire face aux groupes armés.
Le budget, adopté en Conseil des ministres le 30 septembre et présenté mercredi par le ministre de l’Économie et des Finances Serge Gabriel Collin, augmente de 11,3 % par rapport au budget rectificatif de l’exercice précédent.
Mais cette hausse intervient alors que les perspectives économiques restent faibles. Le gouvernement prévoit une croissance réelle de seulement 0,2 % en 2026-2027, après une contraction de 1,5 % en 2025-2026. L’inflation devrait atteindre 15,8 % en fin d’exercice.
Le budget reflète ainsi les priorités immédiates d’un gouvernement confronté à deux échéances étroitement liées : rétablir suffisamment de sécurité pour permettre l’organisation d’élections et financer le processus électoral dans un pays où l’accès à de nombreuses zones reste difficile.
La sécurité absorbe une part importante du budget
Le gouvernement prévoit 73 milliards de gourdes pour les ministères de la Justice et de la Défense, soit environ 18 % du budget total.
Les crédits doivent couvrir notamment les salaires et le fonctionnement de la Police nationale d’Haïti et des Forces armées d’Haïti, ainsi que le carburant, les équipements, les communications, la maintenance et la logistique opérationnelle.
Le gouvernement prévoit également de poursuivre le programme de recrutement et de formation de 4 000 policiers, connu sous le nom de P-4000, et d’augmenter progressivement les effectifs des Forces armées jusqu’à 15 000 militaires sur trois ans. Une nouvelle prison est également prévue.
L’importance de cette enveloppe traduit la place centrale de la sécurité dans les priorités gouvernementales. Mais elle intervient dans un contexte où la capacité des forces de sécurité à contrôler durablement les territoires et les principaux axes de circulation reste l’un des principaux défis du pays.
Les élections deviennent une priorité budgétaire
Le gouvernement prévoit 8,6 milliards de gourdes pour les dépenses exceptionnelles liées aux élections et au soutien aux partis politiques.
Cette enveloppe était de 5,9 milliards dans le budget rectificatif 2025-2026, soit une augmentation de près de 46 %.
Des crédits supplémentaires sont également prévus pour la Présidence et le Parlement afin d’accompagner le renouvellement des institutions après les élections.
L’importance de cette dépense prend une dimension particulière alors que le pays prépare un processus électoral devant conduire au renouvellement de plusieurs institutions nationales.
Mais le financement du scrutin ne constitue qu’une partie du problème.
La sécurité des électeurs, des candidats, des observateurs et du personnel électoral, ainsi que l’accès aux bureaux de vote et le transport du matériel, dépendront de la situation sur le terrain.
Un budget plus important, mais pas encore une économie en croissance
Les dépenses de capital atteignent 168,6 milliards de gourdes, soit environ 42 % du budget, avec des investissements annoncés notamment dans les routes, la santé et l’éducation.
Le gouvernement affirme vouloir concentrer une partie de ces investissements dans le Grand Nord et le Sud afin de soutenir les infrastructures et l’activité économique.
Pourtant, les prévisions macroéconomiques montrent que la relance reste limitée.
Une croissance de 0,2 % signifie que, selon les propres projections du gouvernement, l’économie devrait pratiquement stagner après plusieurs années de contraction.
L’inflation, elle, resterait supérieure à 15 %.
La hausse de 11,3 % du budget est donc principalement une hausse nominale. Elle ne signifie pas nécessairement une augmentation équivalente des ressources disponibles en termes réels.
Le gouvernement cherche à réduire le financement monétaire
Le financement du budget repose également sur une combinaison de recettes nationales, de financements extérieurs et d’emprunts domestiques.
Les recettes courantes sont estimées à 262,9 milliards de gourdes.
Le gouvernement prévoit par ailleurs 91,75 milliards de gourdes de dons et d’emprunts, tandis que les émissions de bons du Trésor devraient atteindre 35,18 milliards.
Dans le même temps, les financements provenant des institutions financières, dont la BRH, sont ramenés à 4,2 milliards de gourdes, contre 16,45 milliards dans le budget rectificatif précédent.
Cette évolution correspond à l’objectif affiché par les autorités de revenir à zéro financement monétaire du budget à partir de 2026-2027.
Elle signifie toutefois que l’État devra davantage compter sur ses recettes, les financements extérieurs et le marché domestique pour couvrir ses besoins.
Le nouveau Code fiscal doit augmenter les recettes
Le budget intervient également au moment de l’entrée en vigueur du nouveau Code fiscal haïtien, lancé au début du nouvel exercice fiscal.
Le gouvernement compte notamment sur une meilleure mobilisation des recettes de la Direction générale des impôts et de l’Administration générale des douanes.
Les recettes attendues de la DGI sont de 95 milliards de gourdes, tandis que celles de l’AGD hors pétrole sont projetées à 129 milliards.
Mais l’augmentation des recettes fiscales dépendra en partie de la capacité de l’administration à collecter davantage dans une économie fortement perturbée par l’insécurité.
La question de l’exécution
Le budget 2026-2027 fixe donc des montants ambitieux dans plusieurs secteurs, mais son impact dépendra largement de son exécution.
Le gouvernement prévoit une forte augmentation des investissements et des dépenses de sécurité au moment même où ses prévisions économiques restent prudentes.
Les précédentes années ont montré que l’adoption d’un budget ne garantit pas que les crédits prévus soient effectivement dépensés.
Pour le nouvel exercice, la question sera particulièrement importante dans les secteurs de la sécurité et des élections.
Pour la première fois depuis plusieurs années, le gouvernement dispose d’une enveloppe budgétaire explicitement structurée autour de ces deux priorités. Reste à savoir si les ressources annoncées pourront être transformées en capacités opérationnelles sur le terrain et en un processus électoral accessible à la population.
À quelques mois d’un processus électoral attendu comme une étape majeure du retour à l’ordre institutionnel, l’exécution du budget pourrait ainsi devenir l’un des principaux indicateurs de la capacité de l’État haïtien à reprendre progressivement ses fonctions.

