PORT-AU-PRINCE, 9 octobre 2026 — L’ambassadeur de France en Haïti, Gautier Lekens, a rencontré jeudi le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour discuter de la sécurité et du processus électoral, au lendemain de la publication de la nouvelle version du décret électoral. Dans son compte rendu, l’ambassade de France a réaffirmé le soutien de Paris à des élections crédibles et à la pleine application des régimes de sanctions des Nations unies et de l’Union européenne.
Cette rencontre intervient dans un contexte sensible pour les autorités haïtiennes : la montée en puissance annoncée de la Force de répression des gangs (FRG), la préparation des élections et la publication du rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti. Elle intervient également après la révision du cadre électoral, dont certaines dispositions relatives aux conditions de candidature ont suscité des interrogations.
Sécurité : des améliorations jugées fragiles
Sur le front sécuritaire, Gautier Lekens a salué les améliorations observées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Il a toutefois insisté sur leur caractère fragile et sur la nécessité de les consolider dans la durée.
Selon le compte rendu de l’ambassade, la montée en puissance de la FRG, en coordination avec les forces de sécurité haïtiennes, doit permettre d’obtenir des résultats concrets et durables pour la population.
Cette appréciation prudente intervient alors que les opérations des forces haïtiennes ont permis de reprendre certaines zones de la capitale, sans mettre fin à l’emprise des groupes armés sur plusieurs territoires et axes routiers. Dans son rapport final publié en septembre, le Groupe d’experts des Nations unies relevait que les gains sécuritaires demeuraient fragiles et que la situation restait particulièrement préoccupante dans l’Artibonite et le Centre.
La consolidation de ces avancées constitue un enjeu déterminant pour la tenue d’élections dans des conditions permettant aux citoyens de participer librement au scrutin.
Décret électoral : Paris insiste sur l’intégrité des candidatures
Le volet politique de l’entretien intervient après l’adoption, le 5 octobre en Conseil des ministres, d’une nouvelle version du décret électoral, publiée le lendemain dans le journal officiel Le Moniteur.
Dans son communiqué, l’ambassade de France indique que, « à la suite de la modification du décret électoral et à la lumière du rapport des experts de l’ONU », l’ambassadeur a réaffirmé l’attachement de la France à un processus électoral crédible, permettant aux Haïtiens de choisir librement leurs dirigeants.
Paris insiste également sur l’intégrité des candidats, présentée comme une exigence indispensable à une élection libre et démocratique.
La formulation prend une résonance particulière dans le contexte de la révision du décret. Le nouveau texte a modifié plusieurs exigences documentaires imposées aux candidats, notamment celles concernant certaines attestations financières. Il maintient toutefois l’interdiction visant les personnes sanctionnées par le Conseil de sécurité des Nations unies.
Le Groupe d’experts de l’ONU avait, pour sa part, estimé que l’interdiction faite aux personnes sanctionnées par les Nations unies de se présenter aux élections risquait d’avoir une portée limitée, compte tenu du nombre de personnes soupçonnées de contribuer à la déstabilisation du pays qui ne font pas encore l’objet de sanctions.
Le communiqué français ne détaille pas les dispositions du décret auxquelles Paris fait référence. Il établit néanmoins un lien explicite entre la modification du cadre électoral, les conclusions des experts de l’ONU et les exigences d’intégrité attendues des candidats.
Sanctions internationales : un rappel explicite de Paris
Autre élément notable du compte rendu : l’ambassadeur a rappelé l’attachement de la France aux régimes de sanctions des Nations unies et de l’Union européenne, ainsi qu’à leur pleine application.
Cette déclaration intervient alors que les sanctions internationales constituent un instrument de pression sur les personnes considérées comme impliquées dans les violences, le financement des groupes armés ou la déstabilisation d’Haïti.
La mention conjointe des sanctions de l’ONU et de l’Union européenne élargit le message au-delà des seules règles d’éligibilité prévues par le décret haïtien. Elle rappelle que les engagements internationaux en matière de sanctions restent distincts des procédures nationales d’inscription des candidats.
L’ambassade n’a cependant pas précisé si cette déclaration visait une disposition particulière du nouveau texte ou une situation individuelle. En l’absence de précision supplémentaire, il convient donc de ne pas interpréter ce rappel comme une prise de position ciblant un candidat déterminé.
Le calendrier électoral toujours sous pression
La rencontre entre Gautier Lekens et Alix Didier Fils-Aimé souligne l’importance accordée par Paris aux deux conditions qui pèsent sur la perspective d’un retour à l’ordre démocratique : une amélioration durable de la sécurité et un processus électoral jugé crédible.
Or, malgré les préparatifs engagés, le processus reste confronté à des incertitudes. La révision du décret électoral est intervenue alors que les inscriptions des candidats se poursuivent et que le calendrier a fait l’objet d’ajustements. Le Conseil électoral provisoire a prolongé jusqu’au 31 octobre la période d’inscription des candidats et de dépôt des pièces justificatives, tout en reportant la campagne électorale.
La date effective des scrutins demeure ainsi une question centrale, au même titre que les conditions de sécurité dans lesquelles ils pourraient être organisés.
Le message diplomatique français est clair sur les principes, mais sans annonce nouvelle sur les modalités de leur mise en œuvre : Paris soutient la tenue d’élections permettant un libre choix des dirigeants, tout en réaffirmant l’exigence d’intégrité des candidatures et le respect des sanctions internationales. Reste à savoir comment ces exigences se traduiront dans l’application du nouveau décret et dans la conduite du processus électoral haïtien.

