NATIONS UNIES, 11 octobre 2026 — Le Conseil de sécurité des Nations unies doit se prononcer mercredi 14 octobre sur le renouvellement du régime de sanctions visant Haïti, avant l’expiration du dispositif actuel, prévue le 17 octobre. Mais derrière cette échéance diplomatique, une question demeure : les sanctions internationales parviennent-elles réellement à atteindre les ressources financières et les réseaux qui permettent aux groupes armés de poursuivre leurs activités ?
Adopté en octobre 2022, le régime de sanctions établi par la résolution 2653 prévoit notamment une interdiction de voyager, le gel des avoirs et un embargo sur les armes, sous réserve des exemptions applicables. Il permet de désigner des personnes et des entités impliquées dans des activités menaçant la paix, la sécurité ou la stabilité d’Haïti, notamment le financement de groupes armés, le trafic d’armes et de graves violations des droits humains.
Le dispositif ne vise donc pas uniquement les chefs de gangs. Il peut également atteindre les personnes désignées pour leur soutien financier, matériel ou logistique aux activités criminelles. Encore faut-il que les réseaux concernés soient identifiés et que les mesures décidées soient effectivement appliquées.
Des montants gelés qui interrogent
Le 17 octobre 2025, par sa résolution 2794, le Conseil de sécurité avait renouvelé le régime pour une année et ajouté Dimitri Hérard et Kempes Sanon à la liste des personnes sanctionnées. La résolution avait également intégré l’exploitation et le commerce illicites des ressources naturelles parmi les activités susceptibles de contribuer à la déstabilisation du pays.
Pourtant, les chiffres rapportés à partir d’un rapport de 94 pages du Groupe d’experts des Nations unies, soulèvent des interrogations sur la portée financière des sanctions.
Un compte bancaire lié à l’ancien député Prophane Victor ne contenait que 421 dollars gelés. Des comptes associés à plusieurs chefs de gangs auprès de la banque centrale ne présentaient aucun montant gelé. Sur un compte attribué à Dimitri Hérard, le montant rapporté n’était que de 2,63 dollars.
Ces chiffres posent une question difficile à éluder : dans quelle mesure le dispositif permet-il d’identifier, de localiser et d’immobiliser les ressources financières susceptibles d’alimenter les réseaux criminels ?
Le rapport évoque également des liens persistants entre des groupes armés et certains acteurs politiques, économiques ou sécuritaires. Il examine les risques que ces relations puissent servir à financer des activités criminelles, intimider des adversaires ou peser sur le processus électoral.
Sécurité et élections au cœur des discussions
Le vote annoncé pour le 14 octobre doit intervenir avant l’expiration du régime actuel. Le Conseil de sécurité prévoit également une séance d’information sur la situation en Haïti, suivie de consultations à huis clos.
Selon le programme annoncé, les briefings devraient être assurés par Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), Jack Christofides, représentant spécial de la Force de répression des gangs (GSF), ainsi que par un représentant de la société civile.
La réunion intervient après l’adoption, le 29 septembre, de la résolution 2829, qui a prolongé jusqu’au 31 mars 2027 le mandat de la Force de répression des gangs et prévu la poursuite du soutien logistique et opérationnel des Nations unies par l’intermédiaire du Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (UNSOH).
À l’approche des élections, les soutiens politiques, financiers et logistiques dont pourraient bénéficier des groupes armés constituent un enjeu majeur. La capacité de ces groupes à exercer des pressions sur les populations, à intimider des acteurs politiques ou à perturber le processus électoral représente un risque pour la sécurité et la crédibilité du scrutin.
Le renouvellement ne suffira pas
Le Conseil de sécurité est appelé à maintenir un dispositif juridique destiné à exercer une pression sur les personnes et les entités qui contribuent à l’insécurité en Haïti. Mais le renouvellement des sanctions ne garantit pas, à lui seul, leur efficacité opérationnelle.
Le véritable test se situe dans leur application : identification des ressources, gel effectif des avoirs, contrôle des flux financiers et mise en œuvre des mesures par les États concernés. L’efficacité du régime dépend également de la capacité à établir les responsabilités sur la base d’informations fiables et à désigner les personnes ou entités qui répondent aux critères fixés par le Conseil.
Pour Haïti, l’enjeu dépasse donc le renouvellement d’une résolution à New York. Il est de savoir si les sanctions peuvent effectivement atteindre les circuits financiers et les soutiens qui permettent aux groupes armés de poursuivre leurs activités. Sans résultats mesurables, le maintien du dispositif ne saurait, à lui seul, démontrer son efficacité.

