ChapoBa – Jean Coulanges, quand la mémoire se lève et refuse de mourir 

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Il venait d’Haïti, terre de liberté, ce lieu d’où naissent souvent les grandes consciences. Mais Jean Coulanges appartenait à bien plus qu’un territoire : il appartenait à la mémoire profonde de la Nation. Le 5 janvier 2026, à 84 ans, il a quitté la scène des vivants. Avec lui, ce n’est pas seulement un homme qui s’éteint, c’est une voix patiente, une oreille attentive, une présence rare qui savait écouter le pays respirer. 

Jean Coulanges était de ces intellectuels qui ne regardent jamais le peuple de haut, mais qui s’en approchent avec humilité pour mieux l’entendre. Anthropologue rigoureux, musicien habité, il allait là où l’histoire officielle détourne trop souvent les yeux : dans les chants anciens, les rythmes sacrés, les croyances populaires, les gestes hérités. Il savait — comme savent les anciens — que l’âme d’une nation se cache moins dans les archives que dans les tambours, moins dans les discours que dans les voix fragiles mais persistantes de la transmission. 

Avec Anonse, publié en 2013, Jean Coulanges n’a pas simplement réalisé un album : il a posé un acte de fidélité et de reconnaissance. Onze chants puisés dans le vodou, le folklore et la spiritualité haïtienne, non pour exotiser, mais pour affirmer, pour dire au monde et à nous-mêmes : ceci est à nous, ceci est digne, ceci est vivant. Sa musique ne criait pas ; elle affirmait avec calme et gravité que nous existons par ce que nous osons transmettre. 

Frère aîné d’Amos Coulanges, autre artisan majeur de la musique haïtienne, Jean Coulanges portait une conviction simple et exigeante : le savoir qui ne circule pas s’éteint. À l’Université, à l’Unesco — où il fut secrétaire permanent de la Commission nationale haïtienne — comme à l’Institut haïtien pour le développement économique et social qu’il contribua à fonder, il a semé sans tapage, avec constance, patience et une foi profonde dans l’intelligence collective. 

Il fuyait le bruit et les postures. Sa pensée avançait lentement, mais profondément, comme une rivière souterraine qui nourrit sans se montrer. Il croyait que la culture est un socle, que sans mémoire partagée aucun développement n’est durable, qu’aucune souveraineté n’est réelle sans reconnaissance de soi. Jean Coulanges fut un passeur : entre l’Université et le lakou, entre l’institution et la tradition, entre l’hier blessé et l’avenir possible. 

Aujourd’hui, Haïti perd un intellectuel, un musicien, un gardien de l’invisible. Mais Haiti gagne un ancêtre. Et avec lui, nous héritons d’une responsabilité : celle de ne pas laisser s’éteindre ce qu’il a protégé toute sa vie. 

Car les hommes de cette trempe ne disparaissent jamais vraiment. Ils deviennent des voix intérieures, des repères silencieux, des tambours lointains qui nous rappellent, dans les heures de doute, qui nous sommes et d’où nous venons. Jean Coulanges a vécu pour que la culture haïtienne soit respectée. À nous, désormais, de la faire vivre. 

ChapoBa Jean ! 

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