Haïti : à l’ONU, la communauté internationale presse le déploiement de la GSF et lie sécurité, élections et reconstruction (Vidéo)

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NEW YORK, 24 septembre 2026 — Réunie jeudi au niveau ministériel à New York, en marge des travaux des Nations unies, la communauté internationale a affiché un rare consensus sur Haïti : la Gang Suppression Force (GSF) doit désormais passer rapidement de la phase de constitution à une capacité opérationnelle suffisante sur le terrain, tandis que chaque territoire repris aux groupes armés devra être immédiatement accompagné d’un retour de l’État, de la justice, des services publics et de l’activité économique.

Au cours de la réunion ministérielle du Groupe consultatif ad hoc de l’ECOSOC sur Haïti, plusieurs délégations ont également établi un lien direct entre l’amélioration de la sécurité et la possibilité d’organiser les élections dont le premier tour reste officiellement fixé au 13 décembre 2026.

Mais derrière le soutien réaffirmé au processus électoral, plusieurs interventions ont souligné une réalité désormais difficile à contourner : sans amélioration substantielle et rapide des conditions de sécurité et de circulation sur le territoire, la tenue d’élections crédibles restera confrontée à des obstacles majeurs.

La GSF au cœur du dispositif international

Le représentant spécial du secrétaire général de l’ONU en Haïti et chef du BINUH, Carlos Ruiz Massieu, a placé la sécurité au point de départ de toute stratégie de stabilisation.

Alors que le Conseil de sécurité doit examiner le renouvellement du mandat de la GSF avant la fin du mois, il a estimé que ce renouvellement était « fondamental », tout en avertissant qu’il ne constituait qu’une partie de l’équation.

La force doit atteindre aussi rapidement que possible son plein déploiement et sa capacité opérationnelle, parallèlement au renforcement des forces de sécurité haïtiennes.

Mais le responsable onusien a surtout insisté sur l’après-opération militaire.

Lorsqu’une zone redevient accessible, a-t-il expliqué, l’État et les services essentiels doivent suivre immédiatement : police, autorités locales, écoles, justice et activités économiques. À défaut, le vide laissé sur le terrain peut permettre aux gangs de revenir.

Cette doctrine — reprendre, tenir et rétablir l’État — s’est imposée comme l’un des fils conducteurs de la réunion.

Washington : 17 000 personnels proposés pour 5 500 postes

L’intervention américaine a fourni l’une des mises à jour les plus significatives de la réunion.

Le représentant des États-Unis a indiqué que plus de 17 000 personnels avaient désormais été proposés pour les 5 500 postes autorisés au sein de la GSF, soit plus de trois fois l’effectif prévu.

Selon les chiffres présentés jeudi, environ 1 200 personnels sont actuellement sur le terrain, tandis que 2 500 devraient être déployés dans les prochains mois, avec pour objectif de progresser vers l’effectif autorisé de 5 500.

Washington affirme également que la force a commencé à s’attaquer aux axes routiers utilisés par les gangs comme sources de revenus, à démanteler certains mécanismes de financement et à sécuriser des infrastructures stratégiques.

Les États-Unis ont toutefois averti que les promesses doivent désormais se transformer en déploiements et en financements effectifs.

Le renouvellement du mandat de la GSF fait actuellement l’objet de négociations au Conseil de sécurité. Washington a clairement appelé à ne pas remettre en cause le dispositif construit au cours de l’année écoulée.

Mario Andrésol : renforcer durablement les forces haïtiennes

Pour le ministre haïtien de la Défense, Mario Andrésol, la réponse ne peut cependant pas reposer indéfiniment sur une force internationale.

Il a défendu une stratégie visant à consolider progressivement les zones revenues sous contrôle de l’État tout en renforçant simultanément la Police nationale d’Haïti et les Forces armées d’Haïti.

Le ministre a également insisté sur les trafics transfrontaliers d’armes, de munitions et de stupéfiants qui alimentent les groupes armés, plaidant pour un renforcement de la surveillance maritime et terrestre ainsi que de la coopération régionale.

Le gouvernement entend parallèlement accroître considérablement les capacités militaires nationales.

Mario Andrésol a indiqué que 1 500 militaires avaient été formés et diplômés, tandis qu’un projet pluriannuel beaucoup plus ambitieux de renforcement des effectifs est envisagé. Une nouvelle doctrine militaire est également en cours de finalisation afin d’adapter les missions des forces haïtiennes aux menaces contemporaines et d’améliorer la coordination entre les institutions de sécurité.

L’objectif affiché est clair : permettre progressivement à Haïti de disposer des moyens humains, matériels et opérationnels nécessaires pour assurer elle-même sa défense et sa sécurité.

Élections : le 13 décembre maintenu, mais sous condition sécuritaire

La question électorale a occupé une place importante dans les interventions.

La CARICOM a rappelé que le calendrier publié par les autorités électorales prévoit un premier tour le 13 décembre 2026 et un second tour le 21 février 2027, tout en appelant la communauté internationale à fournir l’assistance technique, financière et logistique nécessaire.

Mais la secrétaire générale de la CARICOM, Carla Barnett, a livré une appréciation beaucoup plus concrète des difficultés sur le terrain.

Elle a reconnu les progrès accomplis par le Conseil électoral provisoire, tout en soulignant les obstacles rencontrés par les électeurs pour s’inscrire et par les candidats pour remplir les conditions de participation.

Surtout, elle a relevé qu’il demeure très difficile pour les électeurs et les candidats de circuler en sécurité, plusieurs grands axes routiers étant sous le contrôle de groupes armés.

Sa conclusion est sans ambiguïté : un niveau minimal de sécurité effective doit être atteint pour permettre aux citoyens et aux candidats de participer au processus électoral.

La Jamaïque a tenu un discours similaire, estimant qu’une amélioration significative de l’environnement sécuritaire sera nécessaire pour créer les conditions d’un processus électoral crédible, inclusif et pacifique.

La République dominicaine a également rappelé que le CEP a lui-même lié son calendrier à l’existence d’un environnement sécuritaire acceptable et à la disponibilité des ressources financières nécessaires.

Sécurité, DDR et justice : « avancer ensemble »

Au-delà du renforcement militaire, la réunion a marqué une insistance particulière sur le désarmement, le démantèlement et la réintégration (DDR).

Pour Carlos Ruiz Massieu, le DDR ne peut attendre que la sécurité soit entièrement rétablie. Il doit fonctionner parallèlement à la pression exercée contre les gangs, notamment afin de créer des voies de sortie crédibles pour ceux qui souhaitent abandonner la violence et des mécanismes spécifiques pour les enfants recrutés par les groupes armés.

Il a cependant pris soin de distinguer réintégration et impunité : les communautés victimes des gangs doivent pouvoir constater que les responsables de crimes graves répondent de leurs actes.

Sécurité, DDR et justice doivent donc progresser simultanément.

La secrétaire générale adjointe de l’ONU, Amina Mohammed, a repris cette logique : contenir la violence n’est que la première étape ; empêcher son retour suppose de reconstruire les institutions, renforcer l’État de droit et offrir aux jeunes de véritables alternatives au recrutement par les gangs.

Elle a appelé les partenaires internationaux qui ne peuvent pas contribuer directement à la GSF à financer les mécanismes de stabilisation et le « peace dividend fund ».

Des besoins très concrets : avions, équipements, navires et financement

La Jamaïque a détaillé les obstacles pratiques qui ralentissent encore le déploiement international.

Certains pays disposent de personnels prêts à être envoyés en Haïti mais ne possèdent pas les capacités de transport aérien nécessaires. D’autres peuvent fournir du renseignement mais manquent de logiciels adaptés. Des États disposent également de personnels navals ou de garde-côtes susceptibles d’être mobilisés, mais auraient besoin de bâtiments.

Le message jamaïcain a donc été particulièrement concret : financement, transport aérien et équipements peuvent accélérer fortement la montée en puissance opérationnelle de la GSF.

Les États-Unis ont, de leur côté, spécialement remercié l’Allemagne pour avoir répondu à une demande récente de transport aérien stratégique destiné à accélérer l’acheminement des contingents et de leur matériel.

Qatar : 30 millions de dollars annoncés

Le Qatar a confirmé une contribution volontaire de 30 millions de dollars au fonds des Nations unies destiné à soutenir la GSF et indiqué avoir rejoint son conseil consultatif.

Doha a également rappelé avoir consacré plus de 19 millions de dollars entre 2014 et 2024 à des projets éducatifs et programmes de bourses liés à Haïti.

L’Union européenne a pour sa part indiqué avoir fourni près de 600 millions d’euros d’aide humanitaire depuis 1994, dont 23 millions cette année, ainsi que 10 millions d’euros de soutien à la Police nationale d’Haïti et à la GSF.

L’urgence humanitaire reste entière

Les chiffres évoqués pendant la réunion montrent parallèlement que la crise sécuritaire continue d’alimenter une situation humanitaire extrêmement lourde.

Saint-Vincent-et-les-Grenadines a notamment évoqué 5,7 millions d’Haïtiens confrontés à une insécurité alimentaire aiguë et souligné que le plan de réponse humanitaire ne recevait toujours qu’une fraction des financements nécessaires.

L’Union européenne a particulièrement insisté sur le recrutement des enfants par les gangs, estimant que ceux-ci doivent être considérés comme des victimes et bénéficier de mécanismes permettant leur retour vers l’école et la société.

Un changement de logique : sécuriser, tenir, reconstruire

Au terme de près de deux heures d’interventions, une ligne commune se dégage : la sécurité n’est plus présentée comme une politique séparée de la reconstruction économique, institutionnelle et électorale.

L’idée dominante est désormais que chaque avancée sécuritaire doit produire immédiatement un dividende institutionnel et économique : retour de la police et de la justice, réouverture des écoles, restauration des services publics, reprise des activités commerciales et création d’opportunités pour les jeunes.

Autrement, ont averti plusieurs délégations, les territoires repris peuvent retomber sous le contrôle des groupes armés.

Cette approche place également les élections au cœur d’une équation particulièrement serrée.

Le calendrier officiel continue de fixer le premier tour au 13 décembre 2026. Mais les déclarations entendues jeudi à New York confirment que sa réalisation dépend directement de conditions qui restent à construire : liberté de circulation, accès des électeurs aux centres d’inscription et de vote, capacité des candidats à se déplacer, sécurisation des axes stratégiques, financement et présence effective de l’État.

Le message de la réunion est donc moins celui d’une nouvelle promesse internationale que celui d’une course contre le temps : transformer rapidement les engagements militaires et financiers en résultats mesurables sur le terrain, puis convertir ces gains sécuritaires en présence institutionnelle et en espace démocratique.

Pour Haïti, les prochaines semaines seront déterminantes. Le renouvellement du mandat de la GSF, son rythme réel de déploiement et l’évolution de la sécurité sur les principaux axes du pays pèseront directement sur la crédibilité du calendrier électoral et sur la capacité de l’État à reprendre durablement pied dans les territoires aujourd’hui disputés.

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