PORT-AU-PRINCE, 14 octobre 2026 — Des hommes armés ont tenté d’aborder le MV National Glory, un navire battant pavillon américain, dans la nuit du 10 au 11 octobre, alors qu’il était au mouillage dans la baie de Port-au-Prince. L’intervention des garde-côtes haïtiens a permis de repousser les assaillants. Les quelque vingt membres d’équipage sont sortis indemnes de l’incident, selon des responsables maritimes.
L’attaque s’est produite vers 22 heures, selon Jean Pedro Mars, responsable de la direction des garde-côtes d’Haïti. Les assaillants, arrivés à bord d’une petite embarcation, ont tenté de monter sur le navire. Les membres d’équipage se sont alors réfugiés dans une zone sécurisée, tandis que le capitaine alertait les autorités maritimes.
À l’arrivée des garde-côtes, les hommes armés ont ouvert le feu avant d’être repoussés, a indiqué Jean Pedro Mars au média haïtien.
Le navire est resté sous protection jusqu’à son retour à quai le lendemain. Wilfrid Fleursaint, coordinateur du Service maritime et de navigation d’Haïti (SEMANAH), a confirmé que l’équipage était sorti indemne de l’incident. Le bâtiment a pu accoster, décharger sa cargaison et repartir, selon ce responsable, qui attendait encore un rapport sur les faits au moment de la publication .
Un navire enregistré au nom d’une société américaine
Le MV National Glory, identifié par le numéro IMO 8302246, est enregistré au nom de la société américaine R&D Investments Inc., selon la base de données maritime MagicPort.
L’escale du navire en Haïti aurait été organisée par Enmarcolda, une agence maritime locale, selon une source du secteur portuaire interrogée par le média.
Sollicités par AyiboPost, le propriétaire du navire, l’agence maritime et l’Autorité portuaire nationale (APN) n’avaient pas réagi au moment de la publication de l’article.
Les auteurs de l’attaque n’ont pas été formellement identifiés. Jean Pedro Mars a toutefois indiqué que le secteur où se trouvait le navire était contrôlé par des membres de gangs opérant à partir de Mariani. Aucun élément rendu public ne permet, à ce stade, d’attribuer avec certitude l’opération à un groupe armé déterminé.
Une nouvelle attaque dans une baie sous pression
Cet incident intervient dans un contexte de multiplication des attaques contre les embarcations commerciales et de transport dans la baie de Port-au-Prince.
En mai 2026, des hommes armés avaient pris d’assaut un cargo ancré dans la baie et enlevé des membres d’équipage de nationalités turque et russe, selon une source informée du dossier citée par AyiboPost. Les ravisseurs auraient réclamé une rançon de 500 000 dollars américains pour leur libération.
Des attaques contre de petites embarcations pratiquant le cabotage avaient également été documentées les années précédentes. En 2023, AyiboPost avait notamment rapporté des opérations attribuées au gang « 5 Segond », dirigé par Johnson « Izo » André, contre des bateaux reliant différentes zones côtières de la région métropolitaine de Port-au-Prince.
La répétition de ces incidents soulève des interrogations sur la capacité des autorités à sécuriser les voies maritimes, alors que les groupes armés étendent leur emprise sur plusieurs axes stratégiques du pays.
Washington a déjà renforcé les exigences de sécurité maritime
L’attaque survient alors que les États-Unis ont durci leurs exigences de sécurité concernant les navires commerciaux ayant fait escale dans les ports haïtiens.
Selon AyiboPost, les garde-côtes américains ont annoncé le 5 juin 2026 de nouvelles conditions d’entrée aux États-Unis pour les navires concernés. Ces mesures sont entrées en vigueur le 22 juin et reposent sur l’évaluation américaine selon laquelle les ports haïtiens ne disposent pas de mesures antiterroristes suffisantes.
Un nouvel incident impliquant un navire battant pavillon américain pourrait raviver les préoccupations des armateurs et des assureurs concernant les risques opérationnels dans les eaux haïtiennes.
Une source du secteur portuaire s’est inquiétée de possibles restrictions supplémentaires et d’un éventuel retrait de certaines compagnies maritimes desservant Haïti. Aucune nouvelle mesure américaine consécutive à l’attaque du MV National Glory n’avait toutefois été annoncée dans les informations disponibles au moment de la publication.
Des enjeux économiques majeurs
La sécurité maritime représente un enjeu crucial pour Haïti, dont l’approvisionnement dépend largement des importations. Le port de Port-au-Prince constitue également une source essentielle de recettes pour les finances publiques.
Au deuxième trimestre de l’exercice fiscal 2025-2026, le bureau de douane de Port-au-Prince a collecté plus de 28,27 milliards de gourdes, soit 82 % des recettes douanières enregistrées sur la période.
Une dégradation durable de la sécurité maritime pourrait entraîner une hausse des coûts d’assurance et de transport, des retards d’approvisionnement ou une réorganisation des escales commerciales. Ces conséquences demeurent toutefois hypothétiques et dépendront notamment de l’évaluation des risques par les compagnies maritimes.
Les autorités haïtiennes n’avaient pas encore rendu public un rapport complet sur l’attaque au moment de la publication d’AyiboPost. Le média indiquait également avoir sollicité des commentaires auprès de la Police nationale d’Haïti, de la Force de répression des gangs et de Vectus Global.
L’identification des assaillants, la reconstitution précise du déroulement de l’opération et l’évaluation des éventuelles défaillances de sécurité restent les principales questions en suspens.

