Haïti -GSF: six mois pour passer du déploiement aux résultats

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NEW YORK / PORT-AU-PRINCE, 28 septembre 2026 — Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit se prononcer mardi 29 septembre sur la prolongation du mandat de la Gang Suppression Force (GSF) en Haïti.

Mais contrairement au mandat initial d’un an, les États-Unis et le Panama, co-rédacteurs du projet de résolution, ne proposent cette fois que six mois supplémentaires, jusqu’au 31 mars 2027.

Ce choix n’est pas anodin.

Un an après sa création, la GSF n’a toujours pas atteint sa pleine capacité opérationnelle. Le Conseil de sécurité s’apprête donc à prolonger une force dont il n’a pas encore réellement pu mesurer les résultats dans son format prévu.

Le texte maintient également le soutien logistique et opérationnel fourni par le Bureau d’appui des Nations Unies en Haïti (UNSOH).

Six mois, pas un an

La GSF avait été autorisée le 30 septembre 2025 par la résolution 2793 pour une période initiale de douze mois. Elle succédait à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MSS).

Cette fois, Washington et Panama ont délibérément opté pour un texte court, présenté dans les discussions diplomatiques comme un « technical rollover » : une prolongation temporaire du dispositif existant sans modification fondamentale de son mandat.

La raison est révélatrice : la GSF pourrait n’atteindre sa pleine capacité opérationnelle que vers la fin de l’année.

Au 8 juillet, elle ne comptait encore que 1 083 militaires et 16 personnels civils. L’UNSOH, chargé de lui fournir le soutien logistique indispensable, n’est lui-même pleinement opérationnel que depuis le 1er avril.

Le premier mandat de la GSF arrive ainsi à expiration alors que la force est encore en phase de montée en puissance.

Pékin et Moscou voulaient seulement trois mois

Les négociations ont été difficiles.

La Chine et la Russie souhaitaient limiter la prolongation à trois mois et demandaient parallèlement une évaluation stratégique indépendante de la situation en Haïti et de l’efficacité du soutien sécuritaire international, GSF comprise.

La majorité des membres du Conseil a considéré qu’une période aussi courte ne permettrait pas à la force d’atteindre sa pleine capacité et qu’il serait prématuré d’en évaluer l’efficacité avant son déploiement complet.

La Chine a finalement rompu la procédure de silence.

Mais les États-Unis et le Panama n’ont pas modifié leur choix : le projet final conserve les six mois et ne prévoit pas l’évaluation stratégique réclamée par Pékin et Moscou.

Le texte a été finalisé le 26 septembre dans sa version destinée au vote du Conseil de sécurité.

Le statut juridique de la GSF devient un enjeu

Un autre sujet sensible est apparu pendant les négociations : quel statut et quelles immunités accorder à une force multinationale qui n’est pas une mission des Nations Unies ?

Un accord a été signé le 27 juillet entre le gouvernement haïtien et la GSF concernant cette question. Il n’a pas été rendu public, mais aurait été communiqué aux membres du Conseil de sécurité.

La Grèce souhaitait initialement que les États soient appelés à reconnaître la personnalité juridique ainsi que les privilèges et immunités de la force.

Plusieurs membres du Conseil ont préféré une formulation moins contraignante, estimant notamment qu’une telle reconnaissance devait rester une décision de chaque État et qu’il fallait éviter de créer un précédent applicable à d’autres missions non onusiennes.

Le compromis est prudent : le projet encourage, plutôt qu’il n’impose, aux États de prendre les mesures appropriées pour reconnaître le statut juridique de la GSF et accorder à son personnel les protections nécessaires à l’exercice indépendant de ses fonctions.

Plus d’exigences sur la conduite des contingents

La question de la responsabilité des personnels internationaux a également été introduite plus explicitement.

À l’initiative notamment du Danemark, soutenu par la France, la Lettonie et le Royaume-Uni, le projet rappelle que la GSF doit exercer son mandat conformément au droit international applicable, notamment au droit international des droits humains.

Il réitère également la demande faite aux États participant à la force de garantir les normes les plus élevées de transparence, de conduite et de discipline pour leurs contingents.

Cette disposition revêt une importance particulière dans un pays marqué par les controverses et accusations d’abus ayant accompagné certaines interventions internationales antérieures.

Les armes : un autre désaccord avec la Chine

Pékin souhaitait également renforcer considérablement les dispositions relatives au trafic illicite d’armes vers Haïti.

La Chine proposait notamment que le Conseil rappelle la nécessité d’empêcher « à la source » le transfert d’armes et de matériels connexes vers les acteurs non étatiques alimentant la violence des gangs.

Le sujet est particulièrement sensible : le rapport de juillet 2026 de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime cité dans les négociations identifie le corridor États-Unis–Haïti comme la principale filière extérieure documentée d’approvisionnement illicite en armes, notamment par les circuits de fret maritime.

Cette formulation chinoise n’a pas été retenue.

Le projet souligne plutôt la responsabilité première des autorités haïtiennes, notamment pour lutter contre la corruption, mener les réformes nécessaires et combattre les flux illégaux d’armes entrant dans le pays.

Les co-rédacteurs ont estimé que la question du trafic d’armes devrait être approfondie lors du renouvellement du régime de sanctions sur Haïti prévu en octobre.

Les enfants recrutés par les gangs davantage pris en compte

À la demande de la République démocratique du Congo, du Liberia et de la Somalie, le projet accorde également davantage d’attention aux enfants recrutés et utilisés par les gangs.

Il reconnaît qu’une proportion importante des membres des gangs sont des enfants, conséquence de campagnes systématiques de recrutement, et souligne la nécessité de programmes de réintégration, de soutien psychosocial et d’accès à l’éducation pour ceux qui quittent ces groupes.

Une demande visant à imposer au Secrétaire général un rapport spécifique sur les mesures de protection de l’enfance mises en œuvre par la GSF n’a toutefois pas été retenue.

La France obtient un suivi des responsabilités haïtiennes

Une modification moins spectaculaire pourrait être l’une des plus importantes à long terme.

Sur proposition française, le projet demande au Secrétaire général de rendre compte au Conseil, tous les six mois, des progrès réalisés par les autorités haïtiennes au regard des objectifs fixés par la résolution 2793.

Il s’agit notamment de renforcer les capacités des forces de sécurité haïtiennes, d’améliorer le contrôle des frontières terrestres, maritimes et aériennes et des ports, et de combattre les trafics d’armes, de munitions et de stupéfiants.

La finalité est clairement définie : préparer le transfert progressif des tâches et responsabilités aux autorités haïtiennes.

La question n’est donc plus seulement de savoir ce que la GSF doit accomplir pour Haïti, mais ce que l’État haïtien doit progressivement devenir capable d’assumer lui-même.

Mars 2027 : l’heure du premier véritable bilan ?

Le choix d’une prolongation de six mois place désormais le 31 mars 2027 au centre du calendrier.

Cette échéance interviendra quelques mois seulement après la date actuellement annoncée du 13 décembre 2026 pour le premier tour des élections présidentielle et législatives.

Dans le même temps, la stratégie générale de la GSF se projette jusqu’au 30 septembre 2028 pour atteindre l’état final recherché.

Les calendriers ne coïncident donc pas.

Le calendrier électoral se compte en mois.
Le déploiement sécuritaire se construit progressivement.
La stratégie de stabilisation, elle, se projette sur plusieurs années.

C’est précisément ce décalage qui donne au vote du 29 septembre toute son importance.

Le Conseil de sécurité ne décidera pas mardi si la GSF a réussi ou échoué. La force n’est pas encore suffisamment déployée pour permettre une telle conclusion.

Il lui accordera surtout six mois supplémentaires pour passer de la montée en puissance à une phase où ses résultats pourront être davantage mesurés.

Et lorsque le Conseil reviendra sur Haïti en mars 2027, la question sera nécessairement plus concrète : évolution du contrôle territorial des gangs, sécurisation des infrastructures, capacité opérationnelle de la PNH et des FAd’H, contrôle des frontières et progression du transfert des responsabilités aux institutions haïtiennes.

Après le temps du déploiement viendra celui de l’évaluation.

Pour la GSF comme pour les autorités haïtiennes, les six prochains mois seront donc une période déterminante pour documenter les progrès, ou leur absence, au regard des objectifs fixés par le Conseil de sécurité.

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