NEW YORK, 17 octobre 2026 (Zile News) — Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra lundi 19 octobre une séance publique consacrée à Haïti, suivie de consultations à huis clos, avec au programme la dégradation de la situation sécuritaire, le déploiement de la Force de répression des gangs (GSF) et les incertitudes entourant l’organisation des prochaines élections.
Selon Security Council Report, publié le 16 octobre, trois responsables onusiens sont susceptibles de présenter un état des lieux : Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) ; Jack Christofides, représentant spécial pour la GSF ; et Daniela Kroslak, secrétaire générale adjointe et cheffe du Bureau de soutien des Nations unies en Haïti (UNSOH), dont la participation au briefing reste possible.
Carlos Ruiz Massieu attendu sur la situation politique et sécuritaire
Le chef du BINUH devrait présenter les derniers développements en Haïti et les principales conclusions du rapport du secrétaire général référencé S/2026/800, couvrant la période du 15 juillet au 12 octobre.
Ce document fait état de 1 123 personnes tuées et de 440 blessées en trois mois. Il recense notamment 659 membres de gangs parmi les personnes tuées et indique que 808 des pertes humaines enregistrées sont associées aux opérations de sécurité, dont 148 personnes qui n’étaient pas liées à des gangs.
Carlos Ruiz Massieu devrait également attirer l’attention sur la capacité des groupes armés à poursuivre leurs attaques, leurs enlèvements et leurs extorsions, ainsi que sur les violences sexuelles et les autres violations des droits humains. Les représailles contre la population après certaines opérations de sécurité devraient également figurer parmi les préoccupations soulevées.
Le responsable onusien devrait par ailleurs faire le point sur les préparatifs électoraux. Après les modifications du décret électoral adoptées en Conseil des ministres le 6 octobre, le Conseil électoral provisoire (CEP) a prolongé jusqu’au 31 octobre le délai d’inscription des candidats et de dépôt des pièces justificatives, tout en reportant la campagne électorale.
Le premier tour des élections présidentielles et législatives reste fixé au 13 décembre dans le calendrier initial, mais aucun calendrier révisé n’avait été publié au moment de l’analyse de Security Council Report. La possibilité d’organiser un scrutin inclusif, sûr et crédible dans les délais prévus devrait donc être au centre des échanges.
Jack Christofides appelé à faire le point sur le déploiement de la GSF
Le représentant spécial pour la Force de répression des gangs devrait présenter un bilan des opérations, des effectifs déployés et des priorités à court terme de la mission.
Au 12 octobre, les composantes en uniforme de la GSF comptaient 1 563 personnes, selon le rapport du secrétaire général, alors que la résolution 2793 du Conseil de sécurité avait fixé un objectif de 5 500 personnels. La force reste donc très en deçà des effectifs prévus.
Cette situation devrait alimenter les discussions sur l’accélération du déploiement, le renforcement des capacités opérationnelles et les moyens nécessaires pour soutenir les forces de sécurité haïtiennes.
Le Conseil de sécurité avait adopté le 29 septembre la résolution 2829, prolongeant de six mois, jusqu’au 31 mars 2027, le mandat de la GSF et celui de l’UNSOH. Cette prolongation intervient alors que la force n’a pas encore atteint sa pleine capacité opérationnelle.
Les échanges pourraient également porter sur la nécessité de maintenir des standards élevés de conduite et de discipline et de veiller au respect du droit international des droits de l’homme pendant les opérations.
Daniela Kroslak pourrait présenter les besoins logistiques de la mission
La secrétaire générale adjointe et cheffe de l’UNSOH pourrait intervenir sur le soutien logistique apporté à la GSF.
Selon le rapport du secrétaire général, les deux structures examinent les moyens de consolider la présence de la mission à Port-au-Prince et d’étendre ses activités à d’autres zones, notamment grâce à la création de bases opérationnelles avancées.
Les besoins en équipements et en ressources devraient également être abordés, dans un contexte où le déploiement de la force demeure inférieur aux objectifs fixés par le Conseil.
Les membres du Conseil devraient insister sur la protection des civils
Au cours des échanges, les membres du Conseil devraient exprimer leur inquiétude face à la poursuite des violences des gangs, aux violences sexuelles et fondées sur le genre, ainsi qu’au recrutement et à l’utilisation d’enfants par les groupes armés.
Le rapport final du Groupe d’experts chargé d’assister le Comité des sanctions contre Haïti, publié le 3 septembre, relève une augmentation préoccupante du recrutement d’enfants. Il fait également état de signalements d’exécutions sommaires d’enfants soupçonnés d’être associés à des gangs, imputées à des forces de sécurité et à des groupes d’autodéfense.
Plusieurs membres du Conseil pourraient appeler à un déploiement plus rapide de la GSF et à un soutien accru à la Police nationale d’Haïti et aux Forces armées d’Haïti. Ils pourraient aussi insister sur la nécessité de compléter les opérations de sécurité par des mesures contre les flux d’armes, la corruption et l’impunité.
La poursuite des initiatives de désarmement, de démantèlement et de réintégration, ainsi que des programmes de réduction de la violence communautaire, devrait également figurer parmi les pistes évoquées. Le Fonds pour les dividendes de la paix en Haïti, récemment lancé sous la direction conjointe du gouvernement haïtien et des Nations unies, s’inscrit dans cette approche.
Une crise humanitaire et un financement insuffisant
Les discussions devraient également aborder les conséquences humanitaires de l’insécurité. Selon le rapport du secrétaire général, plus de 17 000 personnes ont été déplacées à la suite d’incidents de violence armée dans les départements de l’Ouest et de l’Artibonite durant la période étudiée.
Au 16 octobre, le Plan de réponse humanitaire des Nations unies pour 2026 n’était financé qu’à hauteur de 49,1 % des 880,3 millions de dollars nécessaires.
Les membres du Conseil pourraient souligner l’importance de mobiliser davantage de ressources pour répondre aux besoins des populations touchées et renforcer les mécanismes de protection des personnes vulnérables.
Le régime de sanctions des Nations unies contre Haïti, notamment l’embargo sur les armes, devrait également être évoqué. Il a été renouvelé le 14 octobre par la résolution 2831.
Des consultations à huis clos après la séance publique
La réunion de lundi sera suivie de consultations à huis clos permettant aux membres du Conseil de poursuivre leurs échanges sur la situation haïtienne et sur les prochaines étapes de l’engagement international.
Les discussions devraient notamment mettre en évidence les liens entre l’amélioration de la sécurité, la progression des préparatifs électoraux et le rétablissement d’une gouvernance démocratique.
Les interventions des responsables onusiens et les positions exprimées par les membres du Conseil seront particulièrement suivies, alors que la GSF reste loin de ses effectifs prévus, que les violences continuent de provoquer des pertes humaines et des déplacements de population et que le calendrier électoral attend une révision.
La séance du 19 octobre doit ainsi permettre au Conseil de sécurité de faire le point sur les moyens mobilisés face à la crise haïtienne et sur les conditions nécessaires à une stabilisation durable du pays.
Source : Security Council Report, « Haiti: Briefing and Consultations », 16 octobre 2026.

