Les écrivains et poètes haïtiens produisent des écrits, beaucoup d’écrits, des témoignages de ce que vit le pays, des récits à taille humaine, sur la violence, la résilience, l’exil, la famille dans un contexte contraint. Ils évoquent la vie. Et les histoires qu’ils racontent séduisent et émeuvent à l’international.
Malgré la violence des gangs et la pauvreté, Haïti continue d’offrir une littérature et une poésie ardentes, comme l’illustre la sortie de plusieurs romans et recueils, qui attirent de fidèles lecteurs en France.
Lyonel Trouillot, un homme de Lettres demeuré à Port-au-Prince
« La situation sécuritaire est vraiment terrible à Port-au-Prince, mais elle n’empêche pas une certaine effervescence créatrice. »Lyonel Trouillot, écrivain
De passage à Paris pour présenter son nouveau livre « Bréviaire des anonymes » (Editions Actes Sud – 01/2026), le romancier, poète, journaliste et professeur de littérature française Lyonel Trouillot, âgé de 69 ans, habite toujours la capitale haïtienne, au contraire de nombreux intellectuels ayant choisi l’exil.
« Haïti a besoin de voix qui osent parler haut et fort de la situation. »Lyonel Trouillot, écrivain
Dans « Bréviaire des anonymes« , il donne la parole aux habitants ordinaires d’une petite ville côtière, où vient s’installer le narrateur, un jeune homme indécis, envoyé par son oncle, un ministre, inventorier une riche bibliothèque. S’entremêlent les récits d’une jeune femme bossue, d’un patron de bar esseulé et d’un ex-écolier talentueux mais malchanceux. Lyonel Trouillot a relié les destins de ces personnages qui « luttent contre l’oubli » dans une société haïtienne demeurant « extrêmement inégalitaire » et écartelée entre gangs et sectes évangélistes. Pour lui, les œuvres des écrivains et poètes haïtiens sont « très diverses sur la forme, mais partagent une même conscience sociale« , marquée notamment par la défiance vis-à-vis de l’Etat et des institutions internationales.
Des parutions à foison
Le poète James Noël rend, lui, hommage à « la résistance lumineuse » du peuple haïtien dans « Paons » (Editions Au diable Vauvert – 01/2026), un recueil de textes évoquant les gangs armés et la capitulation des autorités, mais aussi la beauté qui subsiste.
Dans « Fais du feu » (Editions Mémoire d’encrier – 09/2025), Rodney Saint-Eloi veut célébrer, « dans un monde incendié« , les « choses simples« , comme l’acte d’allumer un feu.
Ces auteurs se placent dans la lignée de l’un des plus célèbres poètes haïtiens, René Depestre, dont le centenaire, en août prochain, est célébré par la sortie d’une anthologie, « Rage de vivre » (Editions Seghers – 01/2007). Vivant en exil depuis 1946, l’auteur multi-primé se présente comme « un nomade enraciné partout« , après avoir combattu la dictature et rejoint le Cuba de Fidel Castro, avant de quitter l’île et de s’installer dans le sud de la France.
Parmi les écrivains reconnus figure aussi Yanick Lahens, récompensée en octobre par le Prix du roman de l’Académie française pour « Passagères de nuit » (Editions Sabine Wespieser – 08/2025), un hommage à deux de ses aïeules ayant lutté pour leur liberté et contre l’esclavage au XIXe siècle.
Également poète et romancier, Louis-Philippe Dalembert, 63 ans, sort un roman autobiographique, « Je n’ai jamais dit papa » (Editions Robert Laffont – 01/2026), une longue lettre au père qu’il n’a pas connu, ayant disparu alors que Haïti était sous le joug de la dictature de François Duvalier, surnommé « Papa Doc« .
Plus charnel et fantasque, Néhémy Pierre-Dahomey raconte dans « L’ordre immuable des choses » (Editions Seuil – 01/2026) les premiers émois sexuels d’un jeune Haïtien.




