Pas de blanc-seing pour Alix Didier Fils-Aimé, explique l’ambassadeur du Canada en Haïti

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Si le Premier ministre est actuellement seul aux commandes à la tête du pays, c’est grâce à des acteurs puissants de la communauté internationale, dont les États-Unis, le Canada et la France qui s’étaient farouchement opposés quand une majorité au CPT voulait l’éjecter.

Si le Premier ministre est actuellement seul aux commandes à la tête du pays, c’est grâce à des acteurs puissants de la communauté internationale, dont les États-Unis, le Canada et la France qui s’étaient farouchement opposés quand une majorité au CPT voulait l’éjecter. L’ambassadeur du Canada en Haïti le confirme et indique à Alix Didier Fils-Aimé qu’ils ne lui ont pas donné un blanc-seing. Le chef du gouvernement a maintenant plus de pouvoirs et aussi plus de responsabilités, souligne le diplomate…

Dans une interview exclusive accordée cette semaine au Nouvelliste et à Radio Magik9, sans langue de bois, André François Giroux  a exprimé le soutien du Canada au Premier ministre, mais aussi ses attentes. 

Quand le journaliste Roberson Alphonse lui a demandé si c’était un blanc-seing que la communauté internationale a donné à M. Fils-Aimé, l’ambassadeur du Canada a répondu sans hésiter : « Pas du tout. Avec plus de pouvoirs viennent plus de responsabilités. Je sais qu’il en est bien conscient mais je peux vous dire de notre côté, la seule chose… ce qui a guidé et qui continuera à guider l’engagement et l’action du Canada c’est le bien-être du peuple haïtien, sa sécurité et son droit constitutionnel de choisir ses dirigeants. »

« … je pense que M. Fils-Aimé, avec la masse critique d’appui qu’il a, s’est engagé dans cette direction. Donc, nous l’encourageons à maintenir le cap et à livrer sur les principaux chantiers de la transition », a ajouté le diplomate canadien. 

Des gens qui ont demandé à l’ambassadeur de les maintenir au pouvoir…

Le Nouvelliste avait appris que certains membres de l’ancien Conseil présidentiel de transition manœuvraient pour rester en poste après la fin de leur mandat le 7 février. Ce qu’on ne savait pas c’est qu’ils chercheraient la bonne grâce des ambassadeurs pour garder le pouvoir. 

Interrogé sur le Pacte national de stabilité signé entre le Premier ministre et des acteurs haïtiens, le représentant du Canada à Port-au-Prince a répondu en ces termes : « Ce que j’ai dit, je continue à le dire à ceux qui sont venus nous voir en disant : « S’il vous plaît, prolongez… S’il vous plaît choisissez-nous… S’il vous plaît …. », voilà, notre point de vue a toujours été : vous avez choisi votre cheval de bataille (Rire) maintenant votre rôle c’est de l’appuyer. Donc les politiques qui critiquent la structure, ce que je leur dis, c’est : « Vous voulez vous débarrasser de cette structure, appuyez-la.  Donnez-lui l’appui nécessaire pour qu’elle puisse livrer. Et plus vite, vous livrez la sécurité, plus vite vous aurez vos élections, plus vite vous pourrez choisir vos dirigeants. Donc, on s’entend… Tant et aussi longtemps qu’on ne redonnera pas au peuple haïtien sa sécurité et son droit souverain et constitutionnel de choisir ses dirigeants, on aura échoué. »

S’agissant des leçons à tirer sur l’échec des deux premières phases de la transition, l’ambassadeur du Canada affirme que « s’il y a des leçons à retirer de tout cela c’est qu’on veut une structure qui a un objectif très clair et c’est avec l’appui de tous qu’elle réussira à livrer, parce qu’on s’entend, la sécurité ne peut pas se faire sans l’appui de tous les acteurs parce qu’on sait très bien en Haïti, pour deux personnes qui avancent devant il y a deux qui veulent des croque-en-jambe. »

« Donc ces gens-là doivent maintenant se rallier et faciliter justement ces efforts de façon à arriver à ces élections et gagner, gagner de façon démocratique, par vote populaire leur droit à la parole, leur droit à être assis à la table des décisions », lance le diplomate. 

Les élections sont-elles possibles cette année?

Est-ce que vous êtes optimiste en considérant la situation sécuritaire, les défis logistiques, managériaux, et tout ce qui a autour des élections à mettre en place ?

« Écoutez, moi, je suis un éternel optimiste mais un optimiste lucide. Ce que je peux vous dire, c’est que nous avons aujourd’hui une structure politique mobilisée, appuyée par une masse critique d’acteurs qui viennent tant du secteur politique, des affaires que de la société civile. À cela s’ajoute, une Police nationale qui est de plus en plus équipée, capable, compétente, elle l’a toujours été mais elle l’est davantage et davantage. Il y a ce programme de former de nouveaux policiers à l’ordre de cohorte d’a peu près 1 000 policiers en 3 mois donc, elle se renforce, elle grandit. À cela s’ajoute, une Force de répression des gangs (FRG) avec un mandat beaucoup plus robuste, cinq fois la force actuelle, qui est en cours de déploiement, qui sera au rendez-vous à partir d’avril et qui sera sur le terrain, efficace », a répondu l’ambassadeur Giroux. 

Le diplomate ajoute : « Donc, quand on met tous ces éléments-là ensemble, on a toutes les raisons d’être optimiste. Mais il faut être vigilant, il faut être vigilant, parce qu’autant qu’on parle de l’importance de mettre fin à l’impunité, de mettre fin à la corruption, on sait très bien qu’il y a des acteurs politiques et des acteurs économiques en Haïti qui vont tout faire pour faire échouer cette justice, car ils veulent, ils s’accrochent à l’impunité qu’ils se sont payés. Donc, il faut être vigilant, il faut s’unir derrière les structures en place et il ne faut pas hésiter à dénoncer ces acteurs mafieux, qui malheureusement, trop souvent, réussissent à créer du chaos… »

L’ambassadeur Giroux souligne que son pays n’est pas attaché à des individus mais à des objectifs, à la démocratie, au retour au fonctionnement des institutions prévu par la Constitution haïtienne. « Tous les individus, tous les acteurs qui sont en jeu actuellement, ils sont là pour faire un travail, ils sont la pour défendre un principe, ils sont là pour avancer. C’est vraiment, le collectif qui doit prendre le relais. On doit y croire, mais on doit l’appuyer aussi », a-t-il dit. 

Jonasson Odigène et Robenson Geffrard

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