Les supporters de foot attendent avec impatience de pouvoir soutenir leur sélection nationale, à la Coupe du Monde 2026. Mais, concernant certains d’entre eux, Washington ne l’entend pas de cette oreille. Les Etats-Unis entendent filtrer drastiquement les ressortissants de certaines nationalités, dont quatre dont les équipes seront en compétition. Les Haïtiens, par exemple, sont interdits d’accès au territoire américain et ceux qui résident déjà sur place craignent les débordements de l’ICE.
Ils sont Haïtiens, Ivoiriens ou Sénégalais et ils rêvent d’assister aux matchs de leur sélection nationale, à la Coupe du monde de football 2026. Mais cette possibilité est suspendue à l’obtention d’un visa pour voyager aux Etats-Unis, un pays désormais beaucoup moins disposé à accueillir certaines nationalités.
Un comité sénégalais, dont le pays affrontera la France, le 16 juin prochain, à East Rutherford (New Jersey), exprime son inquiétude.
« Des difficultés sont en vue, si on se fie à ce que nous entendons et lisons dans la presse et nous sommes inquiets. »Djibril Guèye, président de « Allez Casa », un comité de supporters de l’équipe du Sénégal
Quatre nations qualifiées sur le banc de touche ?
En janvier, le gouvernement américain, qui a adopté une politique restrictive en matière d’immigration, a gelé les procédures de visas d’immigrant pour 75 pays, dont quatre nations qualifiées : Haïti, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et l’Iran.
Quant à la participation même de la sélection iranienne, censée jouer ses trois matches du premier tour sur la côte ouest des Etats-Unis, elle est remise en question depuis que l’opération militaire des Etats-Unis et d’Israël a été lancée contre le pays.
Pour le Mondial, la Maison Blanche a prévu des exceptions : joueurs et encadrement technique des sélections, ainsi que les membres de leurs familles, seront acceptés. Washington affirme que ce gel n’affecte pas les visas de tourisme. Le gouvernement américain a aussi mis en place un « pass Fifa » permettant aux supporters munis de billets d’obtenir plus rapidement un rendez-vous à l’ambassade américaine. Mais « votre billet n’est pas un visa« , a averti le chef de la diplomatie, Marco Rubio.
L’obligation de montrer patte blanche
Pour avoir le droit de fouler le sol américain, il faut ainsi « avoir des réservations de billets d’avion, un compte bancaire de plusieurs millions de francs CFA« , indique Djibril Guèye, soulignant que la majorité des supporters « n’ont pas ces moyens« , même si leurs déplacements sont organisés par le gouvernement qui paye « le transport, les billets d’entrée, l’hébergement« .
La Côte d’Ivoire organise également le voyage de ses supporters, via le Comité national des supporters des éléphants (CNSE), un organisme rattaché à l’Etat, qui centralise les demandes, envoie les demandes de visas à l’ambassade et aide à la logistique des déplacements. Selon le président du CNSE, Julien Adonis Kouadio, « 500 supporters » devraient participer à ce dispositif et, avec ceux déjà présents sur place, entre 1.500 et 2.000 fans sont espérés pour chaque match.
Ces supporters s’inquiètent, par ailleurs, de la présence autour des stades de la police de l’immigration (ICE), chargée d’arrêter, parfois violemment, les immigrants illégaux.
« Ce n’est pas l’arrivée à la douane qui nous inquiète le plus, parce que nous sommes structurés. Mais avec ce dispositif, on risque de ne pas se sentir dans la fête du football. Il ne faut pas mettre trop de contraintes, qui font que les gens ne vont pas se lâcher. »Adonis Kouadio, président du CNSE
Certains pourront toutefois vibrer au Canada, où la Côte d’Ivoire et le Sénégal disputeront un match de groupe.
Les Haïtiens laissés-pour-compte
Les Grenadiers haïtiens, qualifiés pour la première fois depuis 1974 pour une phase finale de Coupe du monde, joueront eux leurs matchs de groupe aux Etats-Unis. Ils devront compter sur le soutien de la diaspora car, en juin 2025, Washington a suspendu la délivrance de visas, même de tourisme, depuis Haïti.
Alphonse Occil, un ingénieur haïtien de 34 ans qui habite à New York, a obtenu au tirage au sort un billet pour Brésil-Haïti, le 19 juin, à Philadelphie.
« J’ai tenté ma chance et elle m’a souri. »Alphonse Occil, supporter haïtien
Mais à cause des raids de l’ICE, il redoute de se rendre au stade, même s’il est en situation régulière et a payé son billet 500 dollars.
« J’espère que les autorités vont prendre des mesures pour ne pas perturber l’ambiance. La tension devrait baisser. »Alphonse Occil, supporter haïtien
En 2024, la communauté haïtienne aux Etats-Unis comptait environ 850.000 personnes, selon les statistiques officielles. Elle est principalement implantée en Floride, dans le quartier de Miami surnommé « Little Haiti« , à New York ainsi que dans le Nord-Est (Delaware, Maryland) et dans le Nord (Ohio). Et une partie d’entre eux vit sous une épée de Damoclès, l’administration Trump souhaitant mettre fin à un statut de protection temporaire, qui empêche leur expulsion vers leur pays, parmi les plus pauvres au monde et ravagé par l’instabilité politique, la crise économique et la violence des gangs.

