En Haïti, les gangs s’adaptent face aux opérations policières selon des experts de l’ONU

Date:

Les opérations des forces de l’ordre en Haïti ont réussi à freiner l’expansion des gangs dans la capitale, mais les progrès restent « fragiles » face à des groupes violents qui ont déjà adapté leurs tactiques, selon un rapport d’experts de l’ONU publié mardi.

Le pays est ravagé par la violence des gangs qui multiplient attaques sanglantes, enlèvements et viols. Et la situation n’a cessé de se détériorer ces deux dernières années.

Toutefois, « le renforcement des mesures de sécurité mises en place par les autorités haïtiennes, associé aux frappes de drones menées depuis près d’un an par des sociétés privées internationales et aux activités des groupes d’autodéfense, a ralenti l’avancée des gangs dans la capitale » qu’ils contrôlent à 90%, estime le rapport des experts mandatés par le Conseil de sécurité de l’ONU pour surveiller l’application des sanctions en Haïti.

« Les acquis en matière de sécurité restent toutefois fragiles et risquent d’être réduits à néant si l’on ne maintient pas la pression », poursuit-il.

D’autant que les gangs, dont les principaux chefs sont toujours libres, « sont devenus plus prudents et ont modifié certaines de leurs tactiques ».

Ainsi, certains se sont retirés « vers des zones reculées et périurbaines, où ils peuvent mener leurs activités criminelles avec une certaine impunité ».

Les gangs ont d’autre part « adapté leurs méthodes de collecte de revenus ». Leurs « points de contrôle » installés sur les grands axes de circulation ayant été visés par la police, ils ont notamment resserré leur « emprise » autour des établissements où les Haïtiens viennent chercher l’argent transféré par la diaspora.

Au delà de leur efficacité limitée, les opérations anti-gangs ont fait de « nombreuses victimes », s’inquiètent les experts, décrivant des civils « pris au piège » dans les affrontements dans des zones densément peuplées, subissant « tirs incessants » et « frappes de drones ».

Selon le dernier rapport du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme publié fin mars, les violences liées aux gangs ont fait 5.519 morts entre le 1er mars 2025 et le 15 janvier 2026. Désormais, une majorité de ces décès sont consécutifs aux opérations anti-gangs : 3 497 tués, dont un grand nombre de membres de gangs, mais aussi civils.

Les gangs ont « profité » de ces « dommages collatéraux » pour renforcer leur contrôle sur la population, en payant enterrements ou frais médicaux, indiquent également les experts de l’ONU. Sans avoir abandonné pour autant violence directe et utilisation de la population « comme bouclier humain ».

Share post:

Les + Populaires

Plus d'Articles
Similaires

Le secrétaire d’État adjoint des États-Unis, Christopher Landau, reçu au Palais national

le secrétaire d’Etat américain a fait un compte rendu de sa visite en Haïti, en notant un changement notable de la situation sécuritaire. “Lorsque notre administration a pris ses fonctions il y a seize mois, Haïti était au bord du gouffre, menacée par de violents gangs criminels qui risquaient de prendre le contrôle du pays et de provoquer un effondrement social total ainsi qu'un nouvel afflux de migrants (qui s'ajouteraient à ceux que l'administration Biden avait activement encouragés à venir). La situation est aujourd'hui radicalement différente”, a-t-il fait remarquer.

U.S. Deputy Secretary of State Landau visits Haiti amid deadly surge in violence

Deputy U.S. Secretary of State Christopher Landau visited Port-au-Prince on Friday on a last-minute trip during which he observed a shooting exercise involving members of the newly created Gang Suppression Force, which has yet to be fully deployed, and met with Prime Minister Alix Didier Fils-Aimé. Landau’s visit comes at a particularly difficult moment for Fils-Aimé and residents of the capital and surrounding regions, where armed gangs have been tightening their grip and expanding their control; the country’s long-overdue elections increasingly look unlikely to take place this year.

Haïti et ses crises électorales

Depuis 1987, date de la tentative d’organiser les premières élections démocratiques en Haïti, les crises électorales avant, pendant ou après les scrutins, se sont succédé. Rares sont les élections sans crises et les crises sans une élection au bout des aventures. L’une nourrissant l’autre pour donner naissance à nos insatiables transitions.  Il est encore temps d’éviter la prochaine catastrophe électorale. Pour cela, il faudra de la pédagogie, de la simplification et des institutions au-dessus de tout soupçon. Pas d'approximation, pas d'omission, pas d’arrière-pensée.

La FRG annonce des opérations imminentes contre les gangs

La Force de répression des gangs (FRG) a annoncé qu’elle se trouve dans la phase finale de ses préparatifs avant le lancement de ses opérations en Haïti. Cette annonce intervient dans un contexte de détérioration continue de la situation sécuritaire, notamment à Port-au-Prince ainsi que dans plusieurs autres régions du pays, où les violences armées continuent de provoquer peur, déplacements de population et instabilité.