HAÏTI | TECHNOLOGIE: Haïti prépare une feuille de route nationale pour une intelligence artificielle responsable

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PORT-AU-PRINCE, 11 août 2026 — Haïti franchit une nouvelle étape dans sa réflexion sur l’intelligence artificielle (IA). Banj, à travers le programme ProAI soutenu par la Banque interaméricaine de développement (BID), l’Internet Society Haïti Chapter (ISOC Haïti), l’École supérieure d’infotronique d’Haïti (ESIH) et l’Association for Responsible AI (ARAI) ont signé, lundi 10 août à Port-au-Prince, un protocole de collaboration destiné à élaborer une feuille de route nationale pour l’adoption responsable de l’intelligence artificielle en Haïti.

Le protocole établit le cadre de coopération entre les quatre organisations, leurs responsabilités respectives ainsi que les modalités de travail et de décision pour la préparation de cette feuille de route. Selon les informations communiquées par les partenaires, l’accord organise leur coopération opérationnelle sans créer d’obligation financière ni de relation contractuelle entre les signataires.

Une démarche centrée sur les réalités haïtiennes

Les quatre organisations défendent une approche fondée sur une adoption de l’IA souveraine, responsable, réaliste et progressive, tenant compte à la fois des capacités existantes du pays et de ses contraintes.

L’objectif n’est donc pas de reproduire mécaniquement les modèles de gouvernance développés dans les pays disposant de ressources technologiques et institutionnelles beaucoup plus importantes.

La démarche entend plutôt identifier ce qui peut être applicable au contexte haïtien et définir progressivement les conditions permettant au pays de tirer parti de l’IA tout en maîtrisant ses risques.

Cette orientation s’inscrit dans le programme ProAI, lancé le 11 mars 2026 par la BID et Banj. Le programme, prévu sur trois ans, repose sur quatre axes : formation en intelligence artificielle, réseau ProAI, campagnes nationales de sensibilisation et élaboration d’une feuille de route nationale. (William Boamson Brumaire)


Plus de 40 acteurs identifiés dans l’écosystème haïtien

La signature du protocole a également été l’occasion de présenter une première version de deux documents destinés à servir de base aux travaux futurs.

Le premier est un mapping de l’écosystème de l’intelligence artificielle en Haïti.

Selon les informations présentées par les partenaires, cette cartographie identifie plus de 40 acteurs et les répartit autour de huit piliers organisés en trois grandes catégories :

  • les fondations, comprenant notamment le secteur public, les infrastructures et les données ;
  • les moteurs, regroupant l’enseignement et la recherche, l’entrepreneuriat et le secteur privé ainsi que le capital-risque ;
  • les amplificateurs, parmi lesquels la diaspora, la société civile, les médias et l’environnement.

Le document identifie également huit secteurs prioritaires pour l’adoption de l’IA : la santé, l’agriculture, la fintech, l’éducation, la gestion des risques, le commerce, la gouvernance et l’énergie.

Cette cartographie vise ainsi à donner une première représentation structurée d’un écosystème encore dispersé et à identifier les capacités déjà présentes sur le territoire.


Un guide pour les pays disposant de ressources limitées

Le deuxième document présenté est un guide international de référence destiné à l’élaboration d’une stratégie nationale d’intelligence artificielle dans les pays à ressources limitées.

Élaboré conjointement par ISOC Haïti, l’ESIH et l’ARAI, avec l’appui de ProAI, le document s’adresse principalement aux décideurs publics et aux bailleurs de fonds.

Son point de départ est pragmatique : comment un État disposant de ressources limitées peut-il gouverner et orienter l’utilisation de l’IA sans attendre de disposer de capacités institutionnelles, humaines ou technologiques qu’il ne possède pas encore ?

Le guide propose une approche de gouvernance agile, fondée sur l’expérimentation, l’apprentissage et l’ajustement progressif.

Son architecture repose notamment sur cinq éléments :

  • un cadre stratégique reposant sur la gouvernance des données et le renforcement des capacités institutionnelles ;
  • une architecture par paliers accompagnée d’un mécanisme d’exécution ;
  • la priorisation des cas d’usage ;
  • une gouvernance éthique proportionnée ;
  • un mécanisme de suivi, évaluation et apprentissage.

L’ambition affichée n’est pas de produire un catalogue de solutions technologiques ou un programme d’investissements lourds, mais de fournir un outil de gouvernance publique.


Haïti veut éviter une stratégie déconnectée de ses capacités

L’un des intérêts de la démarche réside précisément dans cette volonté d’adapter la réflexion aux contraintes d’un pays comme Haïti.

Le guide s’appuie notamment sur l’expérience de plusieurs pays, dont le Rwanda, le Bénin et l’Égypte, et entend mettre ces enseignements en perspective avec les réalités haïtiennes.

Les travaux doivent également être articulés avec la Stratégie numérique nationale d’Haïti 2025-2035 et la feuille de route de l’UNESCO consacrée à l’intelligence artificielle dans les Caraïbes, selon les éléments communiqués par les partenaires.

Cette approche rejoint l’objectif initial de ProAI : structurer l’écosystème national, renforcer les compétences locales et créer un cadre permettant une adoption plus organisée de l’IA. Le programme prévoit notamment la formation d’au moins 125 professionnels issus de différents secteurs. (William Boamson Brumaire)


Des documents encore ouverts aux contributions

Les deux documents présentés lundi ne constituent pas encore la version définitive de la future stratégie nationale.

Ils sont présentés comme des documents de travail évolutifs, ouverts aux commentaires et aux contributions des acteurs concernés.

Les institutions publiques et privées, les établissements d’enseignement, les entreprises, les organisations de la société civile, les médias, les membres de la diaspora et les experts sont appelés à contribuer aux travaux.

Cette phase participative doit permettre d’enrichir les documents avant leur consolidation et la préparation de la feuille de route nationale.

Selon le calendrier présenté, les contributions doivent être recueillies au cours des mois d’août et septembre 2026, tandis que les consultations avec les acteurs de l’écosystème doivent se poursuivre jusqu’en 2027, avant la consolidation des travaux et la préparation de la feuille de route nationale prévue pour 2027-2028.


De la technologie à la politique publique

Au-delà de la technologie elle-même, l’initiative pose une question plus large : quelle place Haïti veut-elle donner à l’intelligence artificielle dans son développement ?

L’IA peut concerner aussi bien l’éducation et la santé que l’agriculture, les services financiers, la gestion des risques, l’énergie ou encore les services publics.

Mais son adoption soulève également des questions de données, de protection des droits, de responsabilité, de compétences et de gouvernance.

C’est précisément sur ce terrain que les promoteurs de ProAI souhaitent positionner la future feuille de route : non pas comme un simple document technologique, mais comme un cadre permettant de déterminer où, comment et à quelles conditions l’intelligence artificielle peut être utile à Haïti.

Le lancement de ProAI en mars avait déjà placé la formation, la sensibilisation, la mise en réseau des acteurs et l’élaboration d’une feuille de route parmi les quatre priorités du programme. (William Boamson Brumaire)

La signature du protocole du 10 août marque désormais le passage à une phase plus structurée de cette réflexion.

Pour Haïti, l’enjeu n’est plus seulement de savoir si l’intelligence artificielle arrivera dans le pays. Elle est déjà là. La question est désormais de savoir comment le pays choisira de l’adopter, de la gouverner et de l’utiliser au service de son développement.

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