Abinader remanie son gouvernement avec 22 nominations, des changements à surveiller pour Haïti

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À mi-parcours de son second et dernier mandat, Luis Abinader a engagé une vaste réorganisation touchant la diplomatie, la migration, l’armée, la police, les ports, l’aviation et la gestion des urgences. Le remplacement de Roberto Álvarez par Víctor « Ito » Bisonó aux Affaires étrangères place un interlocuteur familier des échanges frontaliers au cœur de la relation avec Haïti, sans qu’un changement de politique soit pour autant établi.

Le président dominicain Luis Abinader a profité du 16 août, date anniversaire de la Restauration de la République et traditionnel moment de renouvellement administratif, pour redistribuer plusieurs postes névralgiques de l’État. Sept décrets ont notamment modifié la direction de la diplomatie, de l’Institut national de la migration, de l’Armée, de la Police nationale, de l’Autorité portuaire, de l’aviation civile et des organismes chargés des urgences. 

Cette recomposition intervient exactement à mi-chemin du second et dernier mandat constitutionnel d’Abinader, qui doit remettre le pouvoir le 16 août 2028. Elle combine des démissions, des transferts de responsables déjà présents dans l’administration et des promotions au sein des appareils militaire et policier. 

La présidence dominicaine la présente comme une « nouvelle étape » de réorganisation gouvernementale, sans annoncer de rupture doctrinale, à en croire le quotidien Diario Libre. Pour un observateur depuis Haïti, le changement le plus important est celui intervenu au ministère des Relations extérieures. Mais les nominations à l’Institut national de la migration et au sommet de l’Armée méritent aussi une attention particulière, tant les politiques dominicaines envers le voisin haïtien mobilisent simultanément la diplomatie, la sécurité, le commerce et la gestion migratoire. 

Ito Bisonó, nouveau visage de la diplomatie dominicaine 

Par le décret 554-26, Abinader a nommé Víctor Orlando « Ito » Bisonó Haza ministre des Relations extérieures après la démission de Roberto Álvarez. Celui-ci, en poste depuis août 2020, a été désigné ambassadeur émérite conformément à la loi organique du ministère et du service extérieur. Aucune raison précise n’a été rendue publique pour expliquer son départ, et aucun élément ne permet de le présenter comme un limogeage ou le résultat d’un désaccord politique.  

Avec Roberto Álvarez, la République dominicaine avait fait de la crise haïtienne un axe central de son action multilatérale, en réclamant régulièrement une implication plus forte de la communauté internationale dans le rétablissement de la sécurité en Haïti. Sa gestion a aussi accompagné les tensions autour du canal construit sur la rivière Massacre, la fermeture de la frontière en 2023, le renforcement des contrôles migratoires et la défense internationale de la politique dominicaine de déportation. Son successeur présente un profil différent. Bisonó est moins un diplomate de carrière qu’un responsable politique et un gestionnaire économique. 

Ancien député pendant dix-huit ans, il a dirigé le ministère de l’Industrie, du Commerce et des PME d’août 2020 à janvier 2026. Il avait ensuite été transféré au ministère du Logement, de l’Habitat et des Bâtiments, où il n’est resté que sept mois. Il avait pris officiellement possession de ce poste le 15 janvier dernier. Cette expérience économique l’a placé directement au contact du dossier haïtien. 

Lors de la crise du canal en octobre 2023, Bisonó avait participé à la mise en œuvre de la réouverture partielle des échanges. Il avait annoncé l’établissement de corridors commerciaux piétonniers à Dajabón, tout en précisant que le passage migratoire resterait fermé et que certaines marchandises, dont les matériaux de construction, demeureraient interdites.  Son arrivée peut donc donner davantage de poids aux dimensions commerciales et économiques de la relation bilatérale. Lors de son investiture, lundi 17 août, le nouveau chancelier a promis de défendre les intérêts dominicains et de donner suite aux priorités diplomatiques définies par Abinader. Le premier signal officiel est ainsi celui de la continuité.  

Migration : un changement à ne pas mal interpréter 

José Benedicto Hernández Tejada a été nommé directeur exécutif de l’Institut national de la migration par le décret 553-26. Ancien député de Santiago, administrateur de formation, il a travaillé pendant plus de 25 ans dans les zones franches, le commerce et les régimes douaniers. Il a notamment été cadre du Conseil national des zones franches et conseiller auprès de la Direction générale des douanes. Son parcours public disponible ne fait pas apparaître, à ce stade, une doctrine personnelle clairement établie sur la migration haïtienne. Surtout, l’Institut national de la migration n’est pas la Direction générale de la migration. Le premier conduit des recherches, forme des agents et formule des recommandations de politique publique. La seconde contrôle les entrées et les séjours, conduit les opérations d’interdiction et exécute les déportations. La nomination de Hernández Tejada peut donc influencer, à terme, la production de données et la doctrine migratoire. Elle ne modifie pas immédiatement la chaîne opérationnelle des arrestations et des rapatriements, puisque la direction de l’organisme chargé de ces opérations n’a pas été changée dans cette série de décrets. 

De nouveaux chefs pour l’Armée et la Police 

La réorganisation a également atteint le cœur de l’appareil sécuritaire. Le décret 557-26 nomme le major général Jimmy Arias Grullón commandant général de l’Armée et le major général Enmanuel Marcelino Souffront Tamayo à la tête de l’Armée de l’air. Jorge Iván Camino Pérez devient inspecteur général des Forces armées, tandis que plusieurs postes liés à la sécurité présidentielle changent de titulaire.  

Arias Grullón a exercé des responsabilités dans la formation militaire, le commandement opérationnel et le Corps de sécurité présidentielle. Son expérience publique paraît davantage liée à la sécurité de l’État et au commandement qu’à une spécialisation documentée sur Haïti. Mais la surveillance de la frontière, le soutien aux opérations migratoires et la lutte contre les trafics feront nécessairement partie de ses responsabilités. L’Armée appuie en effet la Direction générale de la migration et participe au contrôle de la frontière terrestre. Le défi du nouveau commandant sera moins de définir la politique migratoire que d’en encadrer l’exécution militaire, notamment en matière de discipline, de respect des procédures et de lutte contre le trafic de personnes, d’armes et de marchandises.  

Par le décret 558-26, Abinader a par ailleurs promu Ernesto Rafael Rodríguez García au rang de major général et l’a nommé directeur général de la Police nationale. Ancien inspecteur général de l’institution, il succède à Andrés Modesto Cruz Cruz, placé à la retraite après seulement six mois à ce poste. 

Ports, transports et urgences également concernés 

La réorganisation touche aussi l’Autorité portuaire dominicaine, désormais dirigée par Francisco Alejandro Campos Álvarez, ainsi que la Commission de l’aviation civile et le Département aéroportuaire. Ces institutions jouent un rôle dans les échanges régionaux, mais aucun élément concret ne permet encore d’établir que ces nominations modifieront le commerce, le transit maritime ou les liaisons aériennes avec Haïti. Dans la gestion des catastrophes, Erdwin Robert Olivares Luciano, jusque-là directeur adjoint des opérations, prend la tête du Centre des opérations d’urgence. Carlos Manuel Paulino Cárdenas devient directeur exécutif de la Défense civile. Leur connaissance interne des mécanismes dominicains laisse davantage entrevoir une continuité opérationnelle qu’une rupture. 

Ces changements pourraient néanmoins intéresser Haïti dans un domaine où les deux États sont exposés aux mêmes cyclones, séismes et risques hydrométéorologiques. Une coopération plus structurée demeure possible, mais elle n’a pas été annoncée dans le cadre du remaniement. En définitive, Abinader a changé plusieurs interlocuteurs appelés à intervenir, directement ou indirectement, dans les rapports avec Haïti. Il n’a pas encore changé la politique. Le véritable test viendra des premières décisions d’Ito Bisonó, de l’orientation donnée aux études migratoires et des méthodes adoptées par les nouveaux chefs militaires et policiers. Pour Port-au-Prince, il s’agit moins d’un tournant acquis que d’une recomposition à observer de près.

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