Plus de 1 100 militaires et membres des forces de sécurité du Sri Lanka ont été envoyés en Haïti cet été. Leur arrivée au sein de la Force de répression des gangs suscite des critiques, près de vingt ans après des accusations d’exploitation et d’abus sexuels visant des soldats sri-lankais déployés dans le pays. L’armée assure que les nouveaux personnels ont été contrôlés avant leur départ.
Le retour de forces sri-lankaises en Haïti fait ressurgir un lourd passé. Au total, 1 132 membres de l’armée et de la Special Task Force (STF) ont été sélectionnés pour participer à la Force de répression des gangs (GSF). Ils ont quitté le Sri Lanka en juillet. Parmi eux figurent 43 femmes militaires.
Cette force internationale est chargée d’appuyer les forces haïtiennes dans la lutte contre les groupes armés. Elle a commencé à se déployer cette année et mène ses premières opérations sur le terrain.
Mais la présence de soldats sri-lankais suscite des inquiétudes en raison de faits survenus lors d’une précédente mission internationale en Haïti.
Des accusations d’abus sexuels en 2007
En 2007, des membres du contingent sri-lankais de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) avaient été accusés d’exploitation et d’abus sexuels.
À l’époque, l’ONU avait annoncé le rapatriement de 108 soldats pour des raisons disciplinaires. Le numéro deux du bataillon et deux commandants avaient également été renvoyés au Sri Lanka pour des manquements dans l’exercice de leurs responsabilités. L’ONU avait alors indiqué que les accusations concernaient des rapports sexuels en échange d’argent ou d’autres avantages, avec, dans certains cas, des mineurs.
Un rapport du Comité des Nations unies contre la torture a ensuite fait état de 114 membres du contingent sri-lankais rapatriés pour raisons disciplinaires. Le Comité regrettait de ne pas disposer d’informations précises sur les poursuites et les sanctions prises à leur encontre.
Près de vingt ans plus tard, l’armée sri-lankaise affirme que des sanctions ont bien été prises. Son porte-parole, le général de brigade Waruna Gamage, a déclaré au Sunday Times que les militaires accusés avaient été jugés par la justice militaire puis renvoyés de l’armée. Le journal ne donne toutefois pas de précisions sur leur nombre, les faits retenus contre eux ou les sanctions prononcées pour chaque cas.
Les nouveaux soldats contrôlés
La sélection des militaires envoyés cette année en Haïti est scrutée. L’armée sri-lankaise indique avoir elle-même contrôlé les antécédents des 1 132 personnes retenues. Selon son porte-parole, leurs noms ont ensuite été transmis au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme pour un contrôle supplémentaire, puis aux États-Unis.
Des défenseurs des droits humains contestent cependant les conditions dans lesquelles cette sélection a été menée. Ils regrettent notamment l’absence d’un mécanisme national indépendant chargé de contrôler les militaires avant leur départ. La Commission des droits de l’homme du Sri Lanka, qui jouait auparavant un rôle particulier dans cette procédure, s’est retirée en juin 2024.
Les règles de l’ONU prévoient que les pays qui fournissent des militaires doivent effectuer un contrôle de leurs personnels avant leur déploiement. L’Organisation affirme par ailleurs appliquer une politique de « tolérance zéro » face à l’exploitation et aux abus sexuels. Pour les militaires engagés dans des opérations de paix de l’ONU, les poursuites et les sanctions relèvent toutefois de leur pays d’origine.
Plus de 16 000 militaires sri-lankais ont déjà servi en Haïti
Le Sri Lanka connaît bien le terrain haïtien. Plus de 16 000 de ses militaires ont servi dans le pays entre 2004 et 2015, avant la fin de la participation sri-lankaise à la Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti).
Le nouveau déploiement intervient alors qu’Haïti reste confronté à une grave crise sécuritaire. La Force de répression des gangs a notamment pour mission de mener des opérations contre les groupes armés, de sécuriser des infrastructures importantes et de faciliter l’accès de l’aide humanitaire.

