PORT-AU-PRINCE, 21 septembre 2026 — Le Conseil électoral provisoire (CEP) affirme que le processus électoral haïtien enregistre des « avancées significatives ». Mais les chiffres publiés lundi par l’institution donnent surtout la mesure du chemin qui reste à parcourir : 628 755 électeurs inscrits, soit un peu plus de 10 % de l’électorat potentiel selon le CEP, 1 285 centres d’inscription et de vote opérationnels, seulement 30 structures politiques ayant soumis leurs 30 000 membres et sept candidatures à la présidence enregistrées à ce stade.
Le tout intervient alors que le 13 décembre 2026 demeure officiellement la date du premier tour de la présidentielle et des législatives et que l’inscription des candidats vient encore d’être prolongée jusqu’au 9 octobre.
À moins de trois mois du scrutin annoncé, le nouveau bilan du CEP offre ainsi l’une des photographies les plus précises à ce jour de l’état réel de préparation des élections.
Et cette photographie fait apparaître un processus qui avance, mais dont plusieurs étapes déterminantes restent simultanément ouvertes.
628 755 électeurs : le chiffre qui interpelle
Les inscriptions électorales ont commencé progressivement les 20 et 21 juillet dans neuf départements, puis le 30 juillet dans l’Ouest.
Près de deux mois plus tard, 628 755 électeurs ont été enregistrés.
Le chiffre est important, mais le CEP lui-même en donne immédiatement la mesure : il représente « plus de 10 % de l’électorat potentiel », que l’institution définit comme les citoyens détenteurs d’une Carte d’identification nationale.
Cette donnée ne signifie pas que près de 90 % des Haïtiens seraient dépourvus de toute inscription électorale antérieure. Elle mesure les inscriptions comptabilisées dans l’opération en cours par rapport à l’électorat potentiel retenu par le CEP.
Mais elle montre qu’à ce stade, l’effort d’enregistrement reste considérable.
Les disparités territoriales sont également importantes.
Le Sud-Est atteint un taux d’inscription de 16 % de sa population en âge de voter, la Grand’Anse 15 % et les Nippes 14,5 %. Le CEP ne fournit pas, dans cette note, le taux correspondant pour l’Ouest, département qui concentre une part majeure de la population et où la crise sécuritaire affecte plusieurs communes.
1 285 centres opérationnels : l’Ouest reste un enjeu majeur
Le CEP annonce par ailleurs 1 285 Centres d’inscription et de vote (CIV) opérationnels à travers le territoire.
Certains départements dépassent 95 % de centres fonctionnels : la Grand’Anse en compte 117, le Sud-Est 132, le Sud 168, les Nippes 105 et le Nord-Est 104.
L’Ouest, lui, dispose actuellement de 148 CIV opérationnels.
Ce chiffre prend une importance particulière compte tenu des contraintes sécuritaires qui touchent Port-au-Prince et plusieurs communes environnantes.
Le CEP a d’ailleurs déjà dû aménager certaines procédures de dépôt des candidatures pour des circonscriptions affectées par l’insécurité, permettant à des candidats de déposer leurs dossiers en dehors de leur zone électorale.
La question n’est donc plus uniquement de savoir combien de centres figurent sur la carte électorale, mais combien pourront effectivement fonctionner dans des conditions permettant l’inscription puis le vote.
Sur les structures politiques agréées, 30 ont soumis leurs 30 000 membres
Autre chiffre révélateur du bilan : 30 structures politiques seulement ont, à ce jour, soumis sur la plateforme électorale leur liste de 30 000 membres, adhérents ou sympathisants.
Elles comprennent 18 partis et 12 groupements politiques.
Le CEP avait pourtant agréé un nombre beaucoup plus important de structures pour participer au processus.
Le chiffre du 21 septembre montre donc qu’entre l’agrément politique et la capacité à franchir les exigences permettant de poursuivre le processus électoral, une sélection importante s’est opérée.
Sept candidats à la présidence, à ce stade
Le constat est encore plus frappant au niveau des candidatures.
À la date du 21 septembre, la plateforme électorale comptabilise :
- 7 candidatures à la présidence ;
- 162 candidatures au Sénat ;
- 419 candidatures à la députation.
Soit 588 candidatures enregistrées pour les trois niveaux de scrutin.
Ces chiffres restent provisoires.
Le CEP ne publie pas dans cette note les noms des sept présidentiables et une candidature enregistrée sur la plateforme ne signifie pas encore qu’elle sera définitivement admise à participer au scrutin. Les dossiers doivent passer par les procédures de dépôt, de vérification et, le cas échéant, de contentieux électoral.
Mais à moins de trois mois de la date annoncée du scrutin, la liste des candidats à la présidence n’est toujours pas constituée définitivement.
Les candidatures ouvertes jusqu’au 9 octobre
C’est probablement l’une des données les plus sensibles du calendrier.
Le processus d’enregistrement en ligne et de dépôt des pièces, commencé le 20 août, restera ouvert jusqu’au 9 octobre 2026.
Cette échéance laisse 65 jours entre la clôture annoncée des candidatures et le premier tour du 13 décembre.
Et la clôture des inscriptions ne constitue pas la fin du processus.
Après le dépôt viennent notamment l’examen des dossiers, les décisions sur leur recevabilité et les éventuels contentieux avant que la configuration définitive de la compétition puisse être établie.
Le calendrier se resserre donc mécaniquement à mesure que les étapes préparatoires se prolongent.
Une machine électorale qui se construit encore
Le CEP souligne parallèlement les progrès réalisés dans la constitution de son personnel.
Il indique avoir déjà recruté et formé 2 853 Agents du registre électoral (ADRE) et 4 643 Agents de sécurité électorale (ASE), soit 7 496 personnes pour ces deux catégories.
Plus de 1 000 commissaires au droit électoral et juges électoraux ont également participé à une série de formations sur le contentieux électoral dans neuf départements, achevée le 17 septembre.
Ces chiffres témoignent d’une mobilisation institutionnelle réelle.
Mais ils montrent également que, le 21 septembre, le CEP est toujours simultanément engagé dans l’inscription des électeurs, l’enregistrement des candidatures, le recrutement et la formation du personnel et la préparation du contentieux électoral.
Autrement dit, plusieurs composantes essentielles de la machine électorale sont encore en construction alors que le compte à rebours vers décembre est déjà engagé.
Le 13 décembre toujours officiellement maintenu
Pour l’heure, le CEP n’annonce dans sa note du 21 septembre aucun nouveau report du premier tour.
La date du 13 décembre 2026 reste donc celle inscrite au calendrier électoral officiel.
C’est précisément ce qui donne aux nouvelles statistiques toute leur importance.
Le débat ne porte plus seulement sur la volonté politique d’organiser les élections, mais sur la capacité matérielle à faire converger, dans les prochaines semaines, plusieurs processus encore inachevés : inscription des électeurs, ouverture des centres, candidatures, contentieux, personnel électoral, logistique et sécurisation du scrutin.
Le CEP assure continuer à travailler à la « mise en place de la machine électorale » et réaffirme sa volonté de conduire le processus de manière « inclusive, impartiale et transparente ».
Mais les chiffres publiés par l’institution deviennent désormais eux-mêmes les principaux indicateurs permettant de mesurer la faisabilité de son calendrier.
Au 21 septembre, ils sont sans ambiguïté sur un point : la machine électorale avance, mais elle est encore loin d’être entièrement en place.
Avec 628 755 électeurs inscrits, sept présidentiables enregistrés à ce stade, des candidatures ouvertes jusqu’au 9 octobre et une situation sécuritaire qui impose déjà des aménagements territoriaux, les prochaines semaines seront décisives pour déterminer si le calendrier affiché par le CEP peut effectivement être exécuté dans les délais prévus.

