Haïti- UN : la GSF dépasse les 2 000 hommes, mais les gangs défient toujours l’État et les élections s’enlisent

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NEW YORK, 19 octobre 2026 (Zile News) — Malgré le renforcement de la présence internationale et l’intensification des opérations contre les gangs armés, Haïti reste confrontée à une crise sécuritaire majeure. Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, lundi, les responsables onusiens ont reconnu les progrès réalisés par la Force de répression des gangs (GSF), tout en soulignant les contraintes logistiques qui freinent son déploiement, l’ampleur des violences et la nécessité de rendre crédible le processus électoral.

La réunion s’est également déroulée dans un contexte particulièrement tendu, après une embuscade visant des membres du contingent salvadorien de la GSF en Haïti, dimanche. Les circonstances de l’attaque et le sort des soldats signalés comme manquants demeuraient au cœur des préoccupations exprimées devant le Conseil.

La GSF dépasse les 2 000 hommes, mais reste loin de son objectif

Le représentant spécial de la GSF, Jack Christofides, a annoncé que les effectifs de la force avaient dépassé les 2 000 hommes, issus de six pays contributeurs. Ce niveau représente un peu plus du tiers des effectifs autorisés.

Mais, selon lui, le principal obstacle ne réside pas uniquement dans les engagements de déploiement des pays participants. Le transport des personnels et des équipements, les moyens de communication, ainsi que les capacités de renseignement, de surveillance et de reconnaissance constituent des contraintes déterminantes.

« Un contingent compte lorsqu’il peut se maintenir sur le terrain et contribuer aux opérations », a-t-il expliqué en substance, insistant sur la nécessité de fournir aux unités les moyens indispensables à leur efficacité.

L’enjeu est considérable : envoyer des soldats et des policiers sans les équipements nécessaires peut mettre en danger aussi bien les personnels internationaux que les civils haïtiens.

Christofides a indiqué que la GSF avait renforcé sa présence dans l’Artibonite et établi des bases opérationnelles avancées, notamment à Loba del Mar et au terminal de Véro. Les opérations comprennent des patrouilles autonomes ou conjointes avec la Police nationale d’Haïti (PNH), ainsi que le démantèlement de barricades et de points de contrôle installés par les gangs sur des axes stratégiques.

Des signes de réduction de l’influence des groupes armés seraient observés dans certaines zones où la force maintient une présence opérationnelle durable, notamment à Dalmane, dans la commune de Tabarre.

Le responsable a toutefois appelé à ne pas surestimer ces résultats.

Les incidents hostiles contre la force se multiplient

Les gangs continuent de tester les capacités de la GSF. Selon Christofides, les incidents hostiles visant la force sont passés de deux à quinze en un seul mois.

L’attaque contre les membres du contingent salvadorien, survenue dimanche dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, illustre les risques auxquels sont confrontés les personnels internationaux.

Les groupes armés adaptent également leurs tactiques, recourent davantage aux enlèvements et étendent leurs activités à d’autres territoires, notamment dans l’Artibonite et à Kenscoff.

Le représentant spécial a aussi évoqué des représailles contre des populations locales à la suite d’opérations conduites par la GSF et les forces de sécurité haïtiennes. La reconquête d’un territoire ne garantit donc pas, à elle seule, la protection durable de ses habitants.

« Nous ne pouvons pas être partout à la fois », a-t-il reconnu, soulignant la nécessité de concentrer les moyens sur les zones où des résultats durables peuvent être obtenus.

Cette réalité pose une question centrale : comment transformer des gains militaires ponctuels en une présence effective et permanente de l’État ?

Pour Christofides, le succès de la mission ne se mesurera pas uniquement aux territoires repris aux gangs, mais à la capacité des institutions haïtiennes à y rétablir les services publics, la sécurité et les possibilités économiques.

La GSF, a-t-il rappelé, a été créée pour aider les autorités haïtiennes à reprendre l’initiative, et non pour se substituer à l’État.

26 personnes arrêtées, 18 libérées : le défi judiciaire

Au-delà des opérations sur le terrain, la faiblesse des capacités judiciaires constitue un autre obstacle à la lutte contre les gangs.

Christofides a indiqué que la GSF avait appréhendé 26 personnes dans le cadre de ses opérations. Toutes ont été transférées aux autorités haïtiennes selon les procédures établies. Dix-huit ont ensuite été libérées.

Ce chiffre illustre les difficultés de suivi judiciaire dans un système confronté à d’importantes contraintes de capacité.

Le responsable a précisé que les personnes interpellées étaient prises en charge dans le respect des procédures, avec des dispositifs de détention de courte durée destinés à protéger leurs droits et à permettre la conservation des éléments de preuve avant leur transfert aux autorités haïtiennes.

Il a également affirmé que les opérations étaient conduites dans un cadre de maintien de l’ordre respectueux des normes applicables en matière de droits humains. Les allégations d’inconduite, a-t-il assuré, sont traitées selon les procédures appropriées.

La question de la responsabilité des personnes arrêtées demeure néanmoins cruciale : sans enquêtes, poursuites et décisions judiciaires effectives, les opérations de sécurité risquent de produire des résultats limités dans la durée.

Plus de 1 000 morts en trois mois, près de 1,5 million de déplacés

Le chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), Carlos Ruiz Massieu, a dressé un tableau alarmant de la situation.

Entre juillet et septembre 2026, plus de 1 000 personnes ont été tuées et plus de 100 victimes d’enlèvement ont été recensées, selon les données présentées au Conseil. Les violences sexuelles restent particulièrement préoccupantes, tandis que les attaques contre les communautés se propagent au-delà de la capitale.

Le bilan humanitaire s’alourdit également. Plus de 17 000 personnes ont été déplacées au cours des trois derniers mois en raison de la recrudescence des violences. Le nombre total de déplacés internes approche désormais 1,5 million, dont environ la moitié sont des enfants.

La situation économique aggrave encore la crise. L’économie haïtienne devrait enregistrer une septième année consécutive de contraction en 2026, tandis que les besoins humanitaires dépassent les ressources disponibles. Moins de la moitié des financements nécessaires au plan de réponse humanitaire de l’année avaient été mobilisés au moment de la réunion.

Pour les Nations unies, les opérations sécuritaires ne peuvent donc constituer une réponse suffisante. Elles doivent s’accompagner d’efforts de désarmement, de démantèlement et de réintégration, de programmes de réduction de la violence communautaire et d’investissements dans la justice et la relance socioéconomique.

Élections : l’ONU met en garde contre des échéances irréalistes

Sur le plan politique, Ruiz Massieu a relevé une avancée des préparatifs électoraux, avec l’inscription de plus de 35 partis et groupements politiques ainsi que de plus de 3 500 candidats sur les listes électorales.

Le décret électoral révisé, publié le 6 octobre, prévoit notamment une prolongation de la période d’inscription des candidats, des dispositions destinées à faciliter la participation des femmes et l’introduction de l’inscription en ligne des électeurs.

Ces avancées ne dissipent cependant pas les incertitudes entourant le calendrier.

Le représentant spécial a averti que l’annonce répétée de dates électorales sans évaluation sérieuse de leur crédibilité et de leur faisabilité risquait d’affaiblir davantage la confiance dans les institutions haïtiennes.

Les autorités électorales examinent actuellement le calendrier à la lumière des contraintes sécuritaires et logistiques. Le processus doit rester réaliste, inclusif et crédible, a-t-il insisté.

La question de l’éligibilité des candidats concernés par des sanctions bilatérales ou régionales a également alimenté le débat national et international. Pour Ruiz Massieu, cette controverse souligne la nécessité de mécanismes internationaux robustes permettant de traiter les allégations de criminalité et de corruption, ainsi que de renforcer l’État de droit et le système judiciaire.

L’enjeu dépasse donc la seule organisation matérielle du scrutin : il concerne aussi l’intégrité du processus, l’égalité entre les acteurs politiques et la capacité des institutions à inspirer confiance.

Le représentant de l’ONU a également souligné l’importance d’une application effective des mesures adoptées pour garantir l’impartialité des autorités publiques, notamment lorsque des ressources de l’État sont susceptibles d’être utilisées à des fins électorales.

Les sanctions et le contrôle des armes au centre des préoccupations

Les membres du Conseil ont insisté sur la nécessité de couper les voies d’approvisionnement des gangs en armes et en munitions.

La résolution 2831, adoptée le 14 octobre, a renouvelé le régime de sanctions des Nations unies concernant Haïti. Sa mise en œuvre effective, notamment l’application de l’embargo sur les armes, a été présentée comme un levier essentiel pour réduire les capacités des groupes armés.

Le représentant d’Haïti a lui-même souligné que les armes utilisées par les gangs ne sont pas fabriquées dans le pays et que les réseaux criminels transnationaux continuent d’alimenter la violence.

Il a appelé à une meilleure coordination entre la PNH, les Forces armées d’Haïti, la GSF, le BINUH et les mécanismes de sanctions, tout en rappelant la nécessité de respecter les mandats distincts de chaque acteur.

Plusieurs délégations ont également insisté sur la lutte contre la corruption, l’impunité et les liens éventuels entre les réseaux criminels et des acteurs politiques.

Le message du Conseil est clair : la lutte contre les gangs ne peut se limiter à des opérations armées si les circuits d’approvisionnement, de financement et de protection des groupes criminels restent actifs.

Les enfants recrutés par les gangs, une urgence nationale

Les intervenants ont par ailleurs attiré l’attention sur le recrutement et l’utilisation d’enfants par les groupes armés, ainsi que sur les violences sexuelles et sexistes.

Les efforts de désarmement et de réintégration doivent accorder une place centrale à la protection des mineurs, à leur accompagnement psychosocial, à leur retour à l’école et à leur réintégration familiale et communautaire.

Le représentant haïtien a annoncé que la Commission nationale de désarmement, de démantèlement et de réintégration préparait un programme national de DDR ainsi qu’un programme de réduction de la violence communautaire.

Il a également appelé les partenaires internationaux à soutenir le Fonds de dividendes de paix en Haïti, lancé conjointement par le gouvernement haïtien et les Nations unies le 14 septembre.

Ce mécanisme vise à articuler les interventions sécuritaires avec des actions en faveur de la justice, de la stabilisation et de la reprise socioéconomique.

Port-au-Prince appelé à transformer les engagements en résultats

Lors de son intervention, le représentant d’Haïti a défendu les efforts du gouvernement pour renforcer les institutions de sécurité et de justice. Il a notamment évoqué les ressources prévues dans le budget national 2026-2027, la reconstitution de la Commission nationale de DDR et les préparatifs électoraux.

Il a aussi mis en avant la reprise, en juillet, d’un procès criminel avec jury à Port-au-Prince, une première depuis 2018, ainsi que les avancées concernant deux unités judiciaires spécialisées.

Ces mesures restent toutefois confrontées à des défis considérables : insuffisance des moyens d’enquête et de poursuite, détention préventive prolongée, violence persistante et défiance envers les institutions.

Le représentant haïtien a appelé les partenaires à soutenir les efforts nationaux, tout en reconnaissant la difficulté de la situation.

Le Mexique, pour sa part, a défendu une approche articulant sécurité, élections et relance socioéconomique. Il a également souligné que la participation des femmes au processus électoral restait insuffisante au regard du quota minimal de 30 % prévu par la législation haïtienne.

La Chine a appelé les autorités haïtiennes et les acteurs politiques à accélérer le processus électoral, tout en estimant que l’aide internationale ne saurait remplacer la responsabilité nationale dans la reconstruction de la gouvernance.

Une force internationale ne peut remplacer un État absent

Au terme des interventions, un constat s’impose : Haïti bénéficie d’un soutien international renforcé, mais les moyens mobilisés restent insuffisants au regard de l’ampleur de la crise.

La GSF doit encore accroître ses capacités opérationnelles et logistiques. Les gangs conservent une capacité de nuisance importante, tandis que les violences déplacent des milliers de personnes et que les institutions judiciaires peinent à assurer le suivi des arrestations.

Dans le même temps, les préparatifs électoraux avancent sans que les conditions de sécurité et le calendrier soient définitivement stabilisés.

Le défi consiste désormais à relier les opérations de sécurité à la restauration durable de l’autorité publique, à l’accès à la justice, à la protection des populations et à la tenue d’élections crédibles.

La question centrale posée par cette réunion du Conseil de sécurité reste entière : les progrès annoncés sur le terrain permettront-ils de créer les conditions d’un retour durable de l’État haïtien, ou les gangs continueront-ils à exploiter les faiblesses institutionnelles et les lenteurs de la réponse internationale ?

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