PORT-AU-PRINCE, 31 octobre 2026. — La présence militaire salvadorienne en Haïti franchit une nouvelle étape avec les premières patrouilles effectuées dans la région métropolitaine de Port-au-Prince par un contingent de plus de 2 000 militaires. Alors que les forces déployées commencent à prendre position sur le terrain, une polémique portant sur de prétendus bombardements contre des civils a suscité une réaction ferme de la Force de répression des gangs (FRG), ainsi que du président salvadorien Nayib Bukele.
Les deux démentis sont sans équivoque. La FRG affirme que ses unités, y compris le contingent salvadorien et les aéronefs opérant sous son commandement, ne disposent pas d’engins explosifs pour leurs opérations. Bukele soutient, pour sa part, que les hélicoptères d’attaque salvadoriens ne sont arrivés en Haïti que le 29 octobre et qu’ils n’avaient effectué aucune mission de vol au moment de sa déclaration.
Cette controverse intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement grave, marqué par l’emprise des groupes armés sur de vastes territoires, les violences contre les populations et les déplacements forcés. Pour les autorités haïtiennes et leurs partenaires internationaux, l’enjeu central reste le rétablissement de la sécurité et la capacité à reprendre le contrôle des zones soumises à la violence des gangs.
La GSF clarifie les moyens utilisés par ses contingents
Dans une déclaration publiée sur ses comptes officiels en anglais et en créole haïtien, la Gang Suppression Force (GSF), appelée Force de répression des gangs en Haïti, indique avoir pris connaissance des informations faisant état d’une utilisation présumée d’engins explosifs et de bombardements aériens par des forces de sécurité opérant dans le pays.
La Force affirme ne pas utiliser d’engins explosifs dans ses opérations. Elle précise que cette interdiction concerne également le contingent salvadorien ainsi que les aéronefs opérant sous son commandement, lesquels, selon son communiqué, ne transportent pas d’engins explosifs.
La GSF rappelle que ses interventions sont conduites conformément à ses règles d’engagement, au droit international des droits de l’homme et aux normes applicables aux opérations de sécurité. Elle affirme que la réduction des risques pour les populations civiles constitue un principe central de chacune de ses opérations et qualifie d’infondées les allégations laissant entendre le contraire.
Cette mise au point vise à clarifier la nature des moyens engagés et le cadre opérationnel de la Force. Elle intervient alors que les premières images des patrouilles salvadoriennes circulent largement et que la présence d’hélicoptères dans le dispositif suscite des interrogations.
The Gang Suppression Force (GSF) is aware of recent reports alleging the use of explosive devices and aerial bombardments by security forces operating in Haiti, including claims involving helicopters. The GSF does not use explosive devices in its operations. This includes the Salvadoran contingent and aircraft operating under the GSF, which do not carry explosive devices. The GSF operates strictly within its Rules of Engagement, in full compliance with international human rights law and applicable law enforcement standards, under which the use of explosive devices is prohibited. Mitigating civilian harm is central to every operation the GSF conducts. Any suggestion to the contrary is without foundation.
— Gang Suppression Force – Haiti (@GSForceHaiti) November 1, 2026
Bukele oppose les dates aux accusations
Le président salvadorien Nayib Bukele a personnellement réagi sur X. Sa réponse repose sur un élément chronologique précis : les hélicoptères d’attaque de son pays ne seraient arrivés en Haïti que le 29 octobre.
« Des bombes ? Notre mission ne dispose même pas de bombes. Des bombardements aériens ? Des attaques d’hélicoptères armés ? Nos hélicoptères d’attaque ne sont arrivés en Haïti que le 29 octobre », affirme-t-il dans sa publication.
Bombs? Our mission doesn’t even have bombs at its disposal. Aerial bombardments? Helicopter gunship attacks? Our attack helicopters didn’t arrive in Haiti until October 29. Their arrival was widely covered by the media, with plenty of videos and social media posts documenting it. Yet this “report” was published a day before our helicopters even arrived. And as of today, they haven’t flown a single mission. These NGOs lie with impunity, while wielding enormous influence over international organizations. They are nothing more than lobbying firms for criminals and cartels, masquerading as humanitarian organizations.
— Nayib Bukele (@nayibbukele) October 31, 2026
Le président ajoute que l’arrivée de ces appareils a été largement documentée et qu’ils n’avaient, au moment de son intervention, effectué aucune mission de vol. Il conteste ainsi leur implication dans des bombardements qui auraient été signalés avant leur arrivée.
Cette réaction fait suite à une dénonciation adressée au secrétaire général des Nations unies, António Guterres, par Harvey Dupiton, fondateur de l’association UNA-Haïti. La lettre évoquait des bombardements et des attaques impliquant des hélicoptères et des armes lourdes dans des zones habitées de Croix-des-Bouquets, de Canaan et de la Plaine du Cul-de-Sac.
Les déclarations de Bukele apportent une réponse directe à l’accusation concernant les hélicoptères d’attaque salvadoriens. Il convient toutefois de distinguer la chronologie de ces appareils des autres moyens aériens éventuellement engagés auparavant. Les éléments publics disponibles ne permettent pas encore de vérifier indépendamment l’ensemble des incidents allégués.
Le président salvadorien a également vivement critiqué les organisations non gouvernementales qu’il accuse de diffuser des informations mensongères et d’exercer une influence sur les organisations internationales. Ces accusations relèvent de sa position politique et ne constituent pas, en elles-mêmes, une démonstration des faits.
Plus de 2 000 militaires : les premières patrouilles à Tabarre et Clercine
Des dizaines de militaires salvadoriens ont effectué leurs premières patrouilles dans la commune de Tabarre, à proximité de Santo et du secteur de Croix-des-Bouquets, où quatre techniciens militaires salvadoriens avaient disparu après l’attaque du 18 octobre contre leur véhicule.
Des soldats ont également été observés dans le secteur de Clercine, près de l’aéroport international Toussaint-Louverture, à bord de camions et de véhicules blindés. Les images diffusées montrent un contingent équipé pour des opérations terrestres et bénéficiant d’un appui aérien.
Selon les informations, plus de 2 000 militaires salvadoriens se trouvent désormais en Haïti. Cette mobilisation constitue un renforcement majeur de la présence étrangère sur le terrain, alors que la Force de répression des gangs poursuit la mise en place de ses capacités opérationnelles.
Le déploiement fait suite à l’attaque du 18 octobre contre quatre techniciens militaires salvadoriens engagés dans le dispositif de la GSF. Leur disparition a conduit le gouvernement de Nayib Bukele à annoncer une opération destinée à les retrouver et à les ramener vivants.
Le président salvadorien a également adressé un message en créole haïtien aux chefs de gangs, leur demandant de libérer les quatre ressortissants. Il a présenté l’intervention comme une opération visant ses compatriotes et non comme une action dirigée contre le peuple haïtien.
La lutte contre les gangs ne doit pas être détournée de son objectif
Les groupes armés continuent de contrôler des axes stratégiques, de terroriser les habitants, de perturber les activités économiques et de provoquer des déplacements massifs de population. Dans plusieurs communes, les citoyens vivent sous la menace permanente des enlèvements, des tirs et des violences.
C’est cette réalité qui explique les attentes considérables suscitées par le renforcement des moyens internationaux. La population haïtienne attend des opérations capables de réduire effectivement la capacité de nuisance des gangs et de permettre aux habitants de retrouver progressivement leurs quartiers.
Dans ce contexte, les accusations non vérifiées ne doivent pas être transformées en faits établis ni servir à obscurcir le débat sur les objectifs de la mission. À l’inverse, les démentis officiels ne dispensent pas les forces engagées de rendre compte de leurs opérations. La protection des civils, la transparence et le respect des règles d’engagement doivent accompagner chaque intervention.
La priorité doit être de permettre aux forces haïtiennes et à leurs partenaires de disposer des moyens nécessaires pour combattre les organisations criminelles, tout en garantissant que les opérations se déroulent dans le respect du droit.

