Haïti au bord du gouffre : il faut que ça change, et vite 

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Nous sommes à un moment charnière de notre histoire. Et, hélas, nous semblons prendre toutes les mauvaises décisions. La classe politique est dépassée, la société civile sans repères, le secteur privé à bout de souffle. 

Quant à la jeunesse, elle paie le prix de la maladresse, de l’incompétence et parfois même de l’indifférence des générations précédentes. Notre société est aujourd’hui aussi désorientée que la classe politique l’était à la fin des années 1980, après le départ des Duvalier. Nous avons une élite politique figée dans les réflexes d’un autre temps, incapable de comprendre les enjeux du présent, encore moins ceux de l’avenir. 

Une classe politique inadaptée à 2025. Elle est de plus en plus médiocre. Elle ne maîtrise ni la technologie, ni la science, ni la géopolitique du monde nouveau. Quand on compare le niveau intellectuel, moral et patriotique de nos parlementaires d’hier à celui de ceux d’aujourd’hui, on ne peut qu’être consterné. 

Comment espérer bâtir un État moderne avec des dirigeants qui se complaisent dans la médiocrité, la démagogie et les promesses creuses ? 

Le monde avance à une vitesse vertigineuse. Les pays qui se respectent investissent massivement dans la recherche, la technologie, l’intelligence artificielle. Pendant ce temps, nous, nous débattons encore pour savoir qui aura le micro, qui passera à la télévision, qui fera le prochain « live » sur TikTok. 

Notre classe politique ne pense pas à trente ans. Elle pense à quinze jours — au prochain tweet, à la prochaine apparition, à la prochaine manœuvre. Mais ce n’est pas ainsi qu’on construit l’avenir d’un pays. Ce n’est pas ainsi qu’on prépare Haïti pour 2050. 

Une jeunesse en quête de sens. Et pourtant, l’énergie existe. La jeunesse haïtienne, malgré tout, reste vivante, créative, lucide. Elle veut agir, bâtir, innover. Mais elle ne trouve ni espace, ni écoute, ni vision à laquelle se rallier. Ce fossé entre la génération du pouvoir et celle de l’avenir est devenu abyssal. Si rien ne change, nous perdrons une génération entière — celle qui aurait pu sauver le pays. 

Il faut un sursaut collectif. Haïti ne se redressera pas avec les mêmes hommes, les mêmes discours, les mêmes méthodes. Il faut un changement profond. Pas seulement de visages, mais de culture politique, de mentalité, de rapport au savoir. Il faut oser penser long terme. Il faut oser parler de 2050, pas seulement de demain matin. 

Comme le rappelait Winston Churchill : « La différence entre le politicien et l’homme d’État, c’est que le premier pense à la prochaine élection, le second à la prochaine génération. » Avant 1950, nous avons connu des dirigeants qui rêvaient d’une Haïti meilleure, qui savaient inspirer, qui pensaient au pays avant eux-mêmes. Ils ont donné de l’espoir à leurs successeurs. 

Aujourd’hui, il nous faut retrouver cet esprit — cette capacité à rêver collectivement, à servir sans calcul, à croire encore que l’avenir d’Haïti peut être reconstruit par le courage, l’intelligence et l’unité. Ce pays a déjà tout perdu, sauf une chose : la possibilité de se relever. 

Mais pour y parvenir, il faut une révolution morale, intellectuelle et technologique. Et cette révolution ne viendra pas d’en haut. Elle viendra d’en bas, de la jeunesse, des citoyens, de ceux qui refusent de renoncer. Haïti n’a pas besoin d’un nouveau slogan. Elle a besoin d’une vision. Et cette vision, c’est à nous de la construire. Maintenant. 

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