Haïti: la fin des arrangements de gouvernance en février place le pays dans une phase critique

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Le Conseil de sécurité s’est réuni, cet après-midi, pour examiner la situation en Haïti alors que les arrangements de gouvernance arriveront à leur terme le 7 février et que le renouvellement du mandat du Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) sera examiné fin janvier.  Dans ce contexte délicat de transition, la grave situation du pays sur les plans sécuritaire et humanitaire a inquiété les délégations, informées par le rapport du Secrétaire général et l’exposé de son Représentant spécial.

Si M. Carlos Ruiz Massieu, qui est à la tête du BINUH, a rappelé que la fin des arrangements de gouvernance place la transition institutionnelle dans une phase critique, le représentant d’Haïti a réaffirmé la volonté du Gouvernement haïtien de poursuivre un dialogue constructif et ouvert avec tous ses partenaires pour répondre aux aspirations légitimes du peuple haïtien.

« De fortes attentes portent sur des avancées concrètes sur les plans politique et sécuritaire en Haïti afin de mener la transition à son terme », a reconnu M. Ruiz Massieu invitant les responsables politiques à poursuivre les efforts en matière de sécurité.  L’engagement international doit rester ciblé et cohérent, a-t-il prié, avant de demander également aux acteurs nationaux de dépasser la fragmentation politique, de préserver la continuité de l’État et de se concentrer sur l’organisation d’élections crédibles.

Transition: éviter un vide institutionnel

Haïti, le Mexique, la France, le Royaume-Uni, la Barbade au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), les A3 (Libéria, République démocratique du Congo et Somalie), le Danemark, la Chine, le Pakistan, la Colombie et la Fédération de Russie ont tous insisté sur la nécessité d’éviter un vide institutionnel et de préserver la transition.  La Fédération de Russie a appelé les forces politiques haïtiennes à s’accorder sur les modalités de gouvernance de transition afin de garantir des élections libres, sans ingérences extérieures.  Ces mêmes délégations ont souligné que la transition et les élections doivent être menées et assumées par les Haïtiens eux-mêmes.

Les membres du Conseil ont pris note des avancées enregistrées avec l’adoption d’un décret électoral le 1er décembre 2025 et la publication d’un calendrier électoral le 23 décembre, offrant pour la première fois depuis des années un cadre opérationnel clair.  Haïti, le Mexique, la CARICOM, la France, le Royaume-Uni, le Danemark, les A3 et la Russie ont salué ces développements.  Ces pays ont martelé que la tenue d’élections crédibles en 2026 exigera des conditions de sécurité adéquates, un financement prévisible et une coordination institutionnelle soutenue.  Le Gouvernement haïtien, a assuré le représentant d’Haïti, a réaffirmé son engagement en faveur d’un dialogue inclusif, porté par le Conseil présidentiel de transition, afin de préparer un retour crédible à l’ordre constitutionnel.

Sécurité: maintenir la pression sur les gangs

La situation sécuritaire a grandement préoccupé les membres du Conseil et les pays voisins, notamment la République dominicaine.  Ils ont condamné la violence persistante des gangs armés, responsables d’attaques coordonnées, de massacres, d’enlèvements, de violences sexuelles et du recrutement forcé d’enfants.  En 2025, les homicides ont augmenté de près de 20% par rapport à 2024, année durant laquelle 7 574 meurtres avaient été recensés.  Présentant l’évaluation de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), M. John Brandolino, Directeur exécutif par intérim, a décrit la transformation des gangs en réseaux criminels structurés, organisés en coalitions telles que Viv Ansanm, contrôlant Port-au-Prince et plusieurs corridors stratégiques afin de financer leurs activités par l’extorsion et les trafics d’armes et de drogues.

À cet égard, les opérations récentes de la Police nationale d’Haïti, appuyée par les Forces armées d’Haïti, ont été saluées, car elles ont permis la reprise progressive de zones clefs, la réouverture de certains axes routiers et le rétablissement graduel de la présence de l’État autour du Champ de Mars. La priorité immédiate demeure la stabilité, a fait observer la Russie qui a appuyé la nécessité de renforcer les capacités de la Police nationale d’Haïti afin de lutter efficacement contre les acteurs criminels.

Les membres du Conseil, en vertu de la résolution 2793 (2025), ont soutenu la transition vers la Force de répression des gangs, y voyant une étape déterminante pour renforcer l’appui international à la sécurité.  Les États-Unis ont appelé les États Membres à contribuer au fonds d’affectation dédié à cette Force et à recourir aux sanctions, aux saisies d’armes et aux restrictions de visas pour lutter contre l’impunité.  La France, le Danemark, le Panama, les A3, la Chine et la Russie ont insisté sur l’application stricte de l’embargo sur les armes.  La Russie a appelé en particulier à des mesures concrètes de la part des pays sources, soulignant la responsabilité des États impliqués dans les flux illicites d’armes vers Haïti.

La délégation russe a toutefois exprimé des réserves quant à l’état d’avancement du déploiement de la Force, estimant que peu de changements ont été observés sur le terrain ces derniers mois.  Elle a pointé l’absence d’informations claires sur son opérationnalisation, aucun nouveau contingent n’ayant été déployé au-delà du contingent kényan.  Elle a plaidé pour que cette Force soit financée sur le budget ordinaire, marquant une différence d’approche avec les États-Unis, qui privilégient le recours aux contributions volontaires. Dans l’ensemble, les délégués ont souligné que les solutions exclusivement militaires ne permettront pas de stabiliser durablement le pays et ont appelé à s’attaquer aux causes profondes de la crise.

Le mandat du BINUH en pleine crise humanitaire

Préoccupées également par la crise humanitaire, les délégations ont été nombreuses à rappeler que 6,4 millions de personnes ont aujourd’hui besoin d’une assistance humanitaire en Haïti et que 880 millions de dollars seront nécessaires en 2026 pour venir en aide à 4,2 millions des personnes les plus vulnérables.  Plusieurs ont souligné que le déplacement de population atteint environ 1,4 million de personnes, soit près de 12% de la population du pays, en s’inquiétant de voir l’insécurité persistante entraver l’accès humanitaire et mettre à rude épreuve les capacités de réponse.

Concernant le BINUH, le Mexique, la France, le Royaume-Uni, la Chine, le Danemark, les A3, la CARICOM, le Pakistan et la Fédération de Russie ont plaidé pour le renouvellement de son mandat.  Ces membres du Conseil l’ont jugé indispensable pour prévenir un effondrement institutionnel, coordonner l’action internationale et accompagner les autorités haïtiennes dans la consolidation de la paix, le renforcement de l’état de droit et la préparation des élections.  Plusieurs, comme la France et le Danemark, ont appelé de leurs vœux un mandat renforcé, notamment en matière d’appui à la justice, de lutte contre l’impunité et la corruption, et de mise en œuvre de politiques de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR)et de réduction de la violence communautaire.

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