En Haïti, la «ville-refuge» de Cap-Haïtien est saturée

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Ces dernières années, la deuxième ville d’Haïti, Cap-Haïtien, a vu sa population augmenter de près de 30 %. La raison : l’arrivée massive de personnes déplacées qui ont fui les violences des gangs à Port-au-Prince et dans d’autres régions. Ces familles sont contraintes de tout recommencer, dans une ville qui n’a pourtant ni les moyens, ni les infrastructures pour les accueillir.

De nos envoyés spéciaux à Cap-Haïtien, RFI

Franz, chauffeur de minibus, s’apprête à prendre la route vers Port-au-Prince depuis la gare routière de Cap-Haïtien. À bord : quelques passagers, de la marchandise… et beaucoup d’inquiétude. Car pendant les huit heures de trajet, les dangers sont nombreux.

« Il n’y a aucune sécurité. Avant même d’arriver au soi-disant péage, des membres de gangs pointent leurs armes sur nous pour nous forcer à ralentir et à payer, s’inquiète Franz. Donc, non, on ne peut pas parler de sécurité. »

Et cette insécurité permanente a fait exploser le coût du transport. Il y a cinq ans, un billet Cap-Haïtien – Port-au-Prince coûtait 2 500 gourdes, environ 19 dollars. Aujourd’hui, il faut compter 6 000 gourdes, soit plus du double. Et près de la moitié de cette somme sert à payer les différents groupes armés qui bloquent les routes et l’accès à Port-au-Prince. 

« Les gangs de Mirebalais m’ont forcé à repartir de zéro »

Ce sont ces gangs qui ont obligé Franz à quitter sa maison, à Mirebalais, dans le centre du pays. Il y a neuf mois, il est venu à Cap-Haïtien, avec sa femme et ses enfants. « Avant, j’avais mon appartement, j’avais mon entreprise, regrette Franz. Aujourd’hui, on est six à vivre dans une seule pièce. Les gangs de Mirebalais m’ont forcé à repartir de zéro. »

Comme Franz, Saradjine Darius a elle aussi fui la violence. L’an dernier, la jeune fille de 22 ans a quitté Port-au-Prince avec sa famille pour venir s’installer à Cap-Haïtien. « Un soir, tout le monde dormait, un voisin est venu frapper à la porte, témoigne-t-elle. Il passait de maison en maison pour prévenir que des bandits avaient envahi la zone. On a réveillé les enfants en pleine nuit, pris quelques affaires et on est partis. »

Le défi de la gestion des déchets

L’arrivée massive de personnes déplacées depuis deux ans représente un défi immense pour Cap-Haïtien. Alors que la ville croulait déjà sous les déchets, leur volume a doublé en deux ans.

« Là, maintenant, avec la surpopulation, on a des constructions anarchiques partout, explique la mairesse Angeline Bell. Il y a aussi les constructions sur les ravines, les constructions dans les montagnes et donc, à cause de cela, quand il pleut, tous les débris, peu importe si on nettoie ou pas, descendent dans la ville. »

Ces dernières années, Cap-Haïtien est devenue une ville-refuge. Tant que la situation à Port-au-Prince et dans d’autres régions du pays ne s’améliorera pas, les déplacés continueront d’affluer dans une ville déjà saturée.

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