PORT-AU-PRINCE, 28 septembre 2026 — Le constat est désormais difficile à contourner : Haïti s’apprête à enregistrer une huitième année consécutive de contraction de son économie.
Dans son évaluation publiée ce lundi 28 septembre, à l’issue de la quatrième revue du programme de référence conclu avec les autorités haïtiennes, le Fonds monétaire international décrit une économie confrontée à une conjoncture « exceptionnellement difficile ».
Derrière le vocabulaire technique de l’institution de Washington apparaît une réalité beaucoup plus brutale : depuis huit ans, Haïti ne parvient plus à retrouver le chemin de la croissance.
Huit années de contraction : une crise devenue structurelle
Le FMI prévoit une nouvelle contraction de l’activité économique pour l’exercice fiscal 2026. L’insécurité persistante continue de paralyser l’activité, tandis que la hausse des cours du pétrole et les faibles perspectives des secteurs du textile et de l’habillement accentuent la pression.
Plus préoccupant encore : l’intermédiation financière reste atone et l’incertitude compromet l’investissement privé.
Autrement dit, la crise sécuritaire n’est plus seulement une crise humanitaire ou institutionnelle. Elle détruit directement les capacités de production, décourage l’investissement et réduit progressivement l’espace économique du pays.
Le FMI souligne également le niveau « exceptionnellement faible » des recettes publiques, au moment même où l’État doit financer des besoins considérables en matière de sécurité, d’aide humanitaire et de développement.
Le paradoxe haïtien : une macroéconomie qui résiste encore
Le tableau n’est pourtant pas celui d’un effondrement monétaire généralisé.
L’inflation devrait s’établir autour de 16 % en glissement annuel en 2026, contre un pic supérieur à 32 % en octobre 2025. Les réserves internationales nettes atteignaient environ 1,9 milliard de dollars à fin juin, tandis que les réserves internationales brutes représentaient environ sept mois d’importations projetées.
Le compte courant devrait également rester excédentaire malgré la faiblesse persistante de la balance commerciale.
C’est tout le paradoxe haïtien : les grands équilibres financiers résistent mieux que l’économie réelle.
Cette résistance repose notamment sur les transferts privés venus de l’étranger. Et c’est précisément là qu’apparaît l’une des nouvelles menaces identifiées par le FMI.
Le choc potentiel du TPS
La fin du Temporary Protected Status accordé aux ressortissants haïtiens aux États-Unis pourrait, avertit le Fonds, entraîner une diminution des transferts privés et aggraver les vulnérabilités économiques et humanitaires.
Pour Haïti, le sujet dépasse largement la question migratoire.
Les transferts de la diaspora constituent l’un des amortisseurs essentiels d’une économie dont la production intérieure s’est continuellement contractée. Une diminution significative de ces flux toucherait directement la consommation des ménages et fragiliserait l’un des mécanismes qui permettent encore à l’économie de tenir malgré l’effondrement de pans entiers de l’activité nationale.
Sécurité, économie et élections : les trois crises se rejoignent
Le passage le plus politique du communiqué du FMI concerne cependant les élections.
Le Fonds constate que la transition politique demeure fragile et affirme clairement que le bon déroulement du processus électoral dépend de l’amélioration des conditions de sécurité, d’un financement adéquat et du maintien de l’appui international.
Cette observation intervient alors que le calendrier électoral prévoit toujours une première échéance présidentielle et législative en décembre 2026.
Le FMI ne se prononce évidemment pas sur la faisabilité du calendrier. Mais son diagnostic économique montre à quel point les élections ne peuvent plus être examinées séparément du reste de la crise haïtienne.
Sécurité, financement public, fonctionnement des institutions, déplacements de population, investissement et activité économique sont désormais étroitement imbriqués.
Une amélioration sécuritaire comme condition de la reprise
Le Fonds identifie d’ailleurs parmi les facteurs susceptibles de favoriser une reprise des progrès plus importants en matière de sécurité et un processus électoral réduisant l’incertitude et renforçant la confiance.
À l’inverse, de nouveaux revers sécuritaires, une hausse durable des cours du pétrole, une diminution des transferts de la diaspora ou encore une éventuelle sécheresse liée à El Niño pourraient accentuer les difficultés.
Le FMI place ainsi la sécurité au cœur même de l’équation économique : sans amélioration durable des conditions sécuritaires, la reprise restera extrêmement difficile.
L’État doit maintenant trouver de l’argent
Le message adressé aux autorités est tout aussi clair.
Haïti doit accroître ses recettes, renforcer ses administrations fiscale et douanière, améliorer la gestion de la trésorerie, contrôler davantage la masse salariale publique et hiérarchiser ses dépenses.
Le nouveau Code fiscal, dont l’entrée en vigueur est prévue le 1er octobre 2026, constituera à cet égard un test important.
Le FMI insiste parallèlement sur la gouvernance et l’intégrité financière : lutte contre la corruption, blanchiment, criminalité organisée, transparence sur la propriété effective, traçabilité et récupération des actifs.
Il appelle également les partenaires internationaux à privilégier des dons et financements concessionnels, accompagnés d’exigences strictes de transparence.
Le programme tient. Le pays, beaucoup moins.
Il faut cependant relever un élément essentiel : malgré cet environnement, Haïti a respecté à fin juin la quasi-totalité des objectifs quantitatifs et indicatifs du programme du FMI. L’exception concernait des arriérés extérieurs temporairement accumulés, puis rapidement apurés.
Le programme de réformes continue donc d’avancer, même avec certains retards.
C’est peut-être là que se trouve le contraste le plus saisissant du rapport publié ce 28 septembre.
Les indicateurs macroéconomiques ne racontent pas exactement la même histoire que la réalité économique vécue par la population.
Haïti dispose encore de réserves internationales. L’inflation ralentit. Certains objectifs budgétaires et monétaires sont respectés.
Mais le pays entre dans sa huitième année consécutive de contraction économique.
À ce stade, la question n’est donc plus seulement de savoir si Haïti peut préserver sa stabilité macroéconomique.
Elle est de savoir combien de temps une stabilité financière relative peut encore coexister avec une économie réelle qui, année après année, continue de se contracter.

