La classe moyenne haïtienne serait réduite à 2 % de la population aujourd’hui, « faute de modernité ».

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Lors de l’ouverture du forum de la Banque de la République d’Haïti (BRH) consacré à la digitalisation des paiements et à l’équité de genre, ce 3 octobre 2025, le ministre de l’Économie et des Finances, Alfred Metellus, a dressé un constat glaçant : en quinze ans, la classe moyenne haïtienne serait passée de 7 % à 2 % de la population. Selon ses critères, font partie de cette catégorie ceux dont les revenus mensuels oscillent entre 400 et 4 000 dollars américains. Autrement dit, moins d’un haïtien sur cinquante disposerait aujourd’hui de ressources lui permettant de se projeter dans l’avenir avec un minimum de sécurité économique.

La classe moyenne, dans toute société, est le socle de stabilité et le moteur de consommation. Elle porte l’investissement dans l’éducation, soutient l’activité culturelle et nourrit l’innovation. En Haïti, sa contraction n’est pas une donnée froide : elle révèle une désagrégation du tissu social. L’ascension sociale devient rare, et la pauvreté tend à engloutir les espaces intermédiaires. Cette érosion alimente l’exode, fragilise l’État et mine la confiance collective.

Pour Alfred Metellus, ce déclin est lié à l’archaïsme de l’économie nationale, encore dominée par l’informel, une faible productivité, une dépendance quasi exclusive aux importations et une finance qui profite essentiellement aux grands groupes établis. Tant que l’économie restera figée dans ces logiques, les inégalités continueront de se creuser : une minorité accapare les circuits formels tandis que la majorité survit dans des activités de subsistance.

Le ministre a souligné que la modernisation ne peut se faire sans la volonté manifeste voire la complicité des acteurs privés, particulièrement des banques. Le mot est fort : complicité. Il suggère que le secteur financier, au lieu de se cantonner dans une logique de rente et d’exclusion, devrait assumer un rôle de partenaire stratégique. La digitalisation des paiements, par exemple, n’a de sens que si elle ouvre un accès réel aux services bancaires pour des millions de citoyens aujourd’hui exclus.

Réduire l’inégalité ne revient pas uniquement à redistribuer. C’est d’abord transformer les règles du jeu : moderniser les infrastructures, encourager l’innovation, diversifier la production locale, élargir l’accès au crédit. L’État doit poser un cadre clair et stable, mais les banques, les entreprises et les investisseurs doivent accepter de prendre part à une dynamique qui dépasse le profit immédiat. La fracture sociale en Haïti est aussi une fracture de responsabilité : celle des élites économiques face à une population laissée pour compte.

Derrière les chiffres annoncés par Metellus se profile une question politique : quel projet de société les haïtiens veulent-ils ? Une société où 2 % vivraient « dans la moyenne » pendant que 98 % survivent ? Ou une société qui accepterait d’ouvrir ses circuits économiques pour créer une véritable base de prospérité partagée ? L’inégalité n’est pas une fatalité. Elle est le produit de choix. Et c’est ce que rappelle, avec force mais aussi avec inquiétude, le constat du ministre.

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