Le monde en flammes, Haïti en sursis – l’heure de la lucidité 

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Il est des époques où l’humanité semble retenir son souffle. Soixante-dix-neuf ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde retient le sien. Les experts, avec une gravité rare, évoquent ce que nos aînés redoutaient : la possibilité d’un troisième embrasement planétaire.  

Jamais dans l’histoire connue, notre espèce n’avait connu pareil paradoxe : plus de sept milliards d’âmes peuplant la Terre, pour des ressources que l’injustice rend toujours plus rares. Le Moyen-Orient est le volcan dont les coulées de lave viennent lécher nos portes, et dans cette tourmente, une question lancinante traverse nos esprits : que peut faire un petit pays comme Haïti, démuni, qui ne produit presque rien, pour ne pas être emporté par la tempête ? 

La réponse, aussi cruelle soit-elle, doit être dite : nous ne résisterons pas par la force brute, car nous n’en avons pas. Nous ne résisterons pas par la puissance financière, car nous n’en avons plus. Nous ne résisterons pas par la surabondance, car nous ne produisons même pas de quoi nourrir notre peuple. Notre salut, s’il existe, ne viendra ni de Washington, ni de Paris, ni de quelque puissance étrangère que ce soit, car dans une guerre mondiale, chaque nation regarde d’abord son propre nombril. 

La première lucidité est donc là : Haïti doit cesser de se regarder comme une victime potentielle pour se concevoir comme un sujet stratégique. Dans ce monde en crise, notre plus grande vulnérabilité n’est pas militaire – personne n’a d’intérêt à envahir un territoire aussi fragile – mais énergétique et alimentaire. Le baril de pétrole flambe sur le marché international, et chaque hausse est un couperet sur la gorge de notre économie. Nous importons presque tout, de notre riz à notre carburant. Dans un conflit mondial, les chaînes d’approvisionnement se briseront comme du verre. Ce n’est pas une hypothèse, c’est une certitude. 

Face à cette réalité, le comportement à adopter pour un petit pays n’est ni la soumission, ni l’isolement, mais la résilience par l’intelligence. Haïti n’a pas de chars d’assaut, mais elle a des racines profondes. Elle n’a pas de pétrole, mais elle a le soleil, le vent, l’eau.  

La crise énergétique annoncée doit être le déclic que nous attendions depuis des décennies pour briser le cercle vicieux de la dépendance. Il ne s’agit plus d’une option écologique de confort, mais d’une question de survie nationale : produisons notre propre énergie, décentralisons, passons aux sources renouvelables avec l’urgence d’un pays en état de siège. 

Ensuite, il nous faut un retour à l’essentiel : la production locale. Le monde qui vient sera un monde de fragmentation, où chaque nation comptera sur ses propres ressources. Haïti, ce petit pays qui « ne produit rien », doit inverser cette fatalité. Nous avons des terres arables, des bras, de l’ingéniosité. Dans un contexte de crise mondiale, celui qui sait produire sa nourriture conserve sa souveraineté. Celui qui ne le peut pas devient un mendiant géopolitique. 

Enfin, il y a le comportement diplomatique et moral. Dans un monde qui se prépare au choc, Haïti doit refuser d’être un champ de bataille des autres. Cela signifie une neutralité active, une politique étrangère qui ne se vend à aucune alliance, et surtout, une refondation de l’État de droit pour ne plus donner prétexte à des ingérences étrangères. La crise actuelle au Moyen-Orient nous montre que les grandes puissances n’hésitent plus à sacrifier les nations faibles sur l’autel de leurs intérêts. Pour ne pas être victime, il faut cesser d’être un espace de non-droit. 

Haïti a déjà connu la guerre mondiale, la faim, l’embargo. Nous sommes un peuple qui a traversé des catastrophes que d’autres n’imaginent pas. Mais cette fois, la menace est systémique : elle combine le choc climatique, l’explosion démographique, la guerre économique et le spectre nucléaire. Notre réponse doit être à la hauteur de ce défi. Il ne s’agit pas de se préparer à « résister » comme une forteresse assiégée, mais de se préparer à « durer » par la sobriété, la solidarité communautaire et l’inventivité. 

Le monde entre dans une ère de feu. Haïti, petit pays de pierre et de liberté, a le devoir d’être intelligent. Si nous attendons que la crise nous frappe pour agir, nous serons balayés. Si nous anticipons, si nous osons briser le modèle d’importation et de dépendance, alors peut-être, pour la première fois, notre faiblesse structurelle se transformera-t-elle en force : celle de ne rien avoir à perdre, et tout à reconstruire autrement. 

Le moment est venu. Il n’y a plus de temps pour les atermoiements. Haïti doit se préparer, non pas pour entrer en guerre, mais pour gagner la paix de la souveraineté. Car dans l’orage qui vient, les nations qui survivent ne seront pas les plus armées, mais les plus libres et les plus lucides. 

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