Les mercenaires de Vectus Global en Haïti depuis un an: bilan mitigé et contrat toujours tenu secret

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Le 1er mars 2025, les habitants de Port-au-Prince entendaient pour la première fois les détonations de drones explosifs opérés par des mercenaires de Vectus Global, société fondée par l’américain Erik Prince, ancien patron de Blackwater. Un peu plus d’un an après, les organisations de défense des droits humains dressent un bilan mitigé de la présence des mercenaires et pointent l’opacité du contrat qui lie Vectus Global à l’État haïtien.

Les premiers drones explosifs opérés par les hommes de Vectus Global ont été entendus à Port-au-Prince, le 1er mars 2025. Les mercenaires, qui travaillent avec la task force placée sous les ordres du Premier ministre, devaient aider les forces de sécurité haïtienne à faire reculer les gangs qui contrôlent plus de 80% de la capitale haïtienne et progressent de plus en plus dans l’Artibonite.

Mais un an après, le bilan est mitigé, estime Gédéon Jean, le directeur exécutif du Centre d’analyse et de recherche en droits de l’homme, le Cardh : «Il y a eu des progrès – par exemple la police a connu moins de défaites lors de ses opérations, des zones de la région métropolitaine ont été récupérées comme le Champ de mars et une partie du centre-ville. Cependant il faut souligner que ces avancées restent fragiles : la police n’a pas la capacité de consolider toutes les zones récupérées dans cette période transitoire.»  Car après le passage des drones il n’y a pas suffisamment de patrouilles régulières sur place. Autre précision : aucun chef important de groupe armé n’a été arrêté et aucune route stratégique n’a été récupérée non plus.

Victimes civiles des drones 

Des organisations de défense des droits humains alertent aussi sur le nombre de victimes civiles des drones. Au moins 60 personnes qui ne faisaient pas parties de gangs ont été tuées depuis un an, dont une quinzaine d’enfants, alertait le mois dernier Human Rights Watch, à partir de chiffres des Nations Unies et d’associations haïtiennes. Des habitants qui n’ont généralement pas d’autre choix que de cohabiter avec les gangs et qui vivent à la fois dans la peur des groupes armés et la crainte des opérations de police.

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Gédéon Jean estime que la situation sécuritaire justifie des restrictions à certains droits fondamentaux, pour pouvoir mener les opérations antigangs. Mais qu’il faut que cela soit clairement encadré et que des comptes puissent être demandés aux mercenaires. D’autant que l’usage de drones explosifs n’est pas légal en Haïti actuellement rappelle Diego Da Rin, chercheur pour l’International Crisis Group, et spécialiste d’Haïti :  «Dans le cadre légal qui régit la crise de sécurité aujourd’hui en Haïti (qui n’est pas reconnue officiellement comme un conflit armé), on ne peut faire usage de la force qu’en dernier recours, pour sauver une vie qui est en danger imminent. Dans ce cadre là, [l’usage des] drones explosifs déployés pour frapper les gangs à l’intérieur de leurs bastions et alors qu’ils ne sont pas en combat, est illégal ».

C’est l’une des raisons qui explique le silence quasi total des autorités haïtiennes sur la présence des mercenaires de Vectus Global dans le pays.

Un contrat secret

Jusqu’à maintenant, le contrat qui lie Vectus Global à l’État haïtien n’a jamais été rendu public. « On en sait très très peu sur ce contrat, sur la quantité de personnes que [Vectus Global] aurait sur le terrain, les missions de cette compagnie, le coût du contrat et leurs objectifs pour être capable de mesurer le succès de leurs opérations », regrette Diego Da Rin. La fondation Je Klere assure avoir consulté un brouillon du contrat. Dans un rapport publié en mars l’organisation haïtienne parle d’une centaine d’hommes déployés, pour environ 50 millions de dollars sur un an, via une société basée aux Émirats arabes unis.

Un montant qui, d’après la fondation, aurait pu permettre de payer l’équivalent de 17 000 policiers haïtiens sur la même période. La société d’Erik Prince a aussi obtenu l’an dernier un autre contrat, pour améliorer la collecte des taxes à la frontière haïtienne, sur une période de 10 ans.

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