Pour une refondation constitutionnelle : l’impasse de l’exécutif bicéphale en Haïti 

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Cette semaine encore, la scène politique haïtienne a été marquée par une succession de rebondissements révélateurs d’un malaise profond. Les tensions récurrentes au sommet de l’État confirment une réalité que nul observateur sérieux ne peut désormais ignorer : l’expérience de l’exécutif à deux têtes, héritée de la Constitution de 1987, ne répond plus aux exigences de gouvernabilité, de stabilité et d’efficacité de l’État haïtien. 

Depuis près de quatre décennies, le pays est enfermé dans un schéma institutionnel où la Présidence et la Primature évoluent dans une relation structurellement conflictuelle. Loin de favoriser l’équilibre des pouvoirs, ce partage ambigu de l’exécutif a souvent conduit à des rivalités, à des blocages décisionnels et à une dilution des responsabilités politiques. Il est devenu pratiquement impossible pour un Président – ou aujourd’hui pour une instance présidentielle collégiale – de faire bon ménage avec un Premier ministre disposant d’une légitimité et de prérogatives concurrentes. 

Les récents différends opposant le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé à certains membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) illustrent parfaitement ces dérives. Désaccords sur l’orientation de l’action gouvernementale, conflits d’interprétation des compétences respectives, interférences dans la conduite de l’administration publique : autant de symptômes d’un exécutif désarticulé, où l’autorité de l’État se fragmente au lieu de s’affirmer. Ces tensions ne relèvent pas de simples querelles de personnes ; elles sont le produit direct d’une architecture constitutionnelle mal adaptée aux réalités politiques haïtiennes. 

Dans toute société où l’on prend le temps de réfléchir sur ce qui fonctionne et sur ce qui échoue, il arrive un moment où une halte s’impose. Une pause lucide, presque méditative, pour accepter l’évidence et envisager, ne serait-ce qu’une fois, un changement de cap. La conjoncture actuelle que traverse Haïti — marquée par l’insécurité, la fragilité institutionnelle et la crise de légitimité — nous oblige précisément à cet exercice de vérité. 

Changer la Constitution de 1987 ne doit plus être perçu comme un sacrilège, mais comme un acte de maturité politique. Près de quarante ans après son adoption, ce texte, conçu dans un contexte post-dictatorial particulier, montre aujourd’hui ses limites. Les institutions qu’il a engendrées apparaissent essoufflées, parfois moribondes, incapables de répondre efficacement aux défis contemporains de l’État haïtien. 

Il devient donc impératif d’ouvrir un débat national sérieux, inclusif et responsable sur la refondation de notre pacte constitutionnel. Une réforme qui clarifierait l’exercice du pouvoir exécutif, renforcerait la responsabilité politique et redonnerait cohérence et autorité à l’action de l’État. Donner une nouvelle jeunesse à nos institutions n’est pas un luxe ; c’est une nécessité historique. 

Haïti ne pourra sortir durablement de la crise sans une rupture assumée avec les mécanismes institutionnels qui, année après année, reproduisent l’instabilité. Le changement de Constitution n’est pas une fin en soi, mais il constitue une étape incontournable vers la reconstruction d’un État fonctionnel, crédible et au service de l’intérêt général. 

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