Au Sommet de la Caricom, c’est à un exercice d’équilibriste que se prête le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, défenseur des méthodes musclées de Washington dans la Caraïbe pour, selon lui et son président, ramener l’ordre, lutter contre le narcotrafic, la circulation des armes et l’immigration clandestine. Marco Rubio est présent au lendemain d’un discours durant lequel Donald Trump a réaffirmé
Par Nadine Fadel, AFP
C’est aujourd’hui (mercredi 25 février 2026), que se tient, dans l’archipel de Saint-Christophe-et-Niévès, le sommet des chefs de gouvernement de la Communauté caribéenne (Caricom), dont Cuba ne fait pas partie, mais en sera l’un des sujets centraux.
Parmi les participants se trouve le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, confronté aux inquiétudes des dirigeants caribéens concernant Cuba, alors que Washington intensifie ses pressions sur l’île communiste. Marco Rubio, lui-même d’origine cubaine et farouche opposant au gouvernement de La Havane, a par ailleurs pour objectif d’établir une coopération durable sur le Venezuela, dont les Etats-Unis ont récemment destitué le président Nicolas Maduro, ainsi que sur Haïti, pays miné par la violence des gangs.
La Caraïbe, « chasse gardée des Etats-Unis » ?
Après avoir assisté au discours sur « l’état de l’union » du président Donald Trump devant le Congrès, Marco Rubio a pris un vol de nuit, pour se rendre au sommet dans une ancienne colonie britannique.
Pour l’anecdote, le chef de la diplomatie américaine est le plus haut responsable américain à avoir jamais visité Saint-Christophe-et-Niévès, lieu de naissance de l’un des pères fondateurs des Etats-Unis, Alexander Hamilton.
Dans son discours, mardi, le président américain s’est félicité d’avoir rétabli « la domination » des Etats-Unis en Amérique latine grâce à sa « doctrine Donroe« , une allusion à la politique du président américain James Munroe qui, en 1823, affirmait que la région était la chasse gardée des Etats-Unis.
Depuis la capture de Nicolas Maduro, lors d’une opération militaire américaine le 3 janvier, l’administration Trump a amorcé une normalisation des relations avec Caracas et la présidente par intérim Delcy Rodriguez.
Washington s’efforce aussi de faire main basse sur le pétrole vénézuélien, dont dépendent de nombreuses îles dans la région. C’est notamment le cas de Cuba, sous embargo américain. Les Etats-Unis imposent, depuis janvier, un blocus énergétique à Cuba, invoquant la « menace exceptionnelle » que ferait peser, sur la sécurité nationale américaine, cette île, située à seulement 150 km des côtes de la Floride.
Le président Trump estime que Cuba est une « nation en faillite » et exhorte La Havane à conclure un accord avec les Etats-Unis, tout en rejetant l’idée d’une opération visant à renverser le régime.
Cuba, une « souffrance » qui émeut
À l’ouverture du sommet de la Caricom, le Premier ministre jamaïcain Andrew Holness a averti, hier, qu’une nouvelle détérioration de la situation à Cuba aurait un impact sur la stabilité dans les Caraïbes. « La souffrance humanitaire ne sert personne« , a-t-il déclaré. « Une crise prolongée à Cuba ne restera pas confinée à Cuba« , a-t-il ajouté, appelant à fournir de « l’aide humanitaire » aux Cubains.
L’hôte du sommet, le premier ministre de Saint-Kitts-et-Nevis, Terrance Drew, a également demandé un soutien humanitaire à Cuba, déclarant : « Une Cuba déstabilisée nous déstabilisera tous« . Médecin de formation, Terrance Drew a étudié pendant sept ans à Cuba. « Je ne peux que ressentir la douleur de ceux qui m’ont si bien traité lorsque j’étais étudiant« , a-t-il affirmé.
La voix discordante de Trinité-et-Tobago, alliée des USA
À l’opposé, Kamla Persad-Bissessar, première ministre de Trinité-et-Tobago, a dit compatir avec le peuple cubain. Mais « nous ne pouvons pas préconiser que d’autres vivent sous le communisme et la dictature« , a-t-elle averti. Elle a également critiqué les pays de la Caricom pour leur réticence, du moins en public, à soutenir ce qu’elle a qualifié d' »éléphant dans la pièce » : l’intervention américaine au Venezuela. Pour rappel, Trinité-et-Tobago, dont la côte est visible depuis le Venezuela, a donné accès à l’armée américaine à l’approche de l’opération qui a renversé Nicolas Maduro. La Première ministre trinidadienne a également salué l’approche américaine dans les Caraïbes, en matière de lutte contre la drogue, l’immigration illégale et le trafic d’armes.
Les Etats-Unis ont mené des dizaines de frappes contre des embarcations transportant, selon Washington, de la drogue dans les Caraïbes et le Pacifique, faisant au moins 150 morts et soulevant des questions sur leur légalité, au regard du droit international.
La violence des gangs en Haïti sera un autre sujet, au sein de la Caricom. Haïti subit depuis de nombreuses années la violence des bandes criminelles, qui commettent meurtres, viols, pillages et enlèvements. Les Etats-Unis s’efforcent de finaliser la mise en place d’une Force internationale anti-gangs dans l’île.
🇭🇹 « La Force de répression des gangs se met en place. L'objectif de cette entité sera d'intervenir sur le terrain et de permettre aux autorités haïtiennes de reprendre le contrôle du territoire aux mains de ces gangs. » – Le @SecRubio pic.twitter.com/IKonptDMUK
— USA en Français (@USAenFrancais) February 26, 2026

