22 mai 2026
Par Sylvain Barral, PAM, Port-au-Prince, Haïti
Environ 30.000 personnes ont été contraintes de fuir leur domicile dans la capitale haïtienne, Port-au-Prince, et ses environs, à la suite d’une nouvelle vague d’attaques violentes et d’atrocités perpétrées par des gangs armés au cours des dix derniers jours.
Une grande partie des violences s’est concentrée à Cité Soleil, un quartier défavorisé de la capitale, où les travailleurs humanitaires tentent désormais de fournir une assistance vitale.
Le pays caribéen demeure confronté à une insécurité chronique, à une pauvreté endémique, ainsi qu’à l’effondrement de l’économie et à une crise politique aggravée depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en 2021.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a recueilli les récits de deux femmes contraintes de fuir les violences.
À Cité Soleil, en Haïti, la flambée de violence a déplacé plus de 30.000 personnes en une semaine. @WFP_Haiti a fourni une aide d’urgence à 8.500 personnes nouvellement déplacées. pic.twitter.com/miaiE5oHV3
— ONU Info (@ONUinfo) May 21, 2026
Anidette Saint Fleur, de Quartier Blanchard (Cité Soleil)
« Il y avait des tirs partout. Ensuite, ils ont mis le feu tout près de chez nous et nous avons fui avec toute la famille.

Nous ne sommes pas retournés chez nous. Les gangs sont partout dans la zone. Nous avons seulement eu le temps de partir avec nos pièces d’identité. Nous n’y sommes jamais retournés depuis.
Je garde toujours un sac prêt, au cas où. Quand j’entends des tirs nourris, je prends mon sac et je m’enfuis avec tout le monde.
Je venais juste de payer mon loyer et nous avons dû fuir. Maintenant, nous n’avons plus rien — plus d’argent, plus de toit — et nous ne savons ni si ni quand nous pourrons revenir. S’il vous plaît, aidez-nous.
Le plus difficile pour nous en ce moment, c’est de ne pas avoir de toit pour dormir ni de nourriture pour les enfants. »
Dorlean Boudin, habitante de Sarthe, Carrefour Vincent, près de Cité Soleil
« Il y avait des hommes armés de machettes qui mettaient le feu aux maisons avec des gens à l’intérieur. Ils brûlaient, décapitaient, tiraient, tuaient — et si vous aviez un commerce, ils pillaient tout.

La situation était déjà très difficile pour moi, j’avais très peu d’argent. Je ne pouvais pas acheter de nourriture parce que je devais économiser en cas d’urgence, pour pouvoir fuir. Nous sommes restés sans manger afin d’économiser de quoi payer le transport pour nous échapper.
J’ai besoin de relancer une petite activité pour élever les enfants. J’ai besoin d’aide alimentaire pour les nourrir, ainsi que d’argent pour acheter de l’eau, parce que nous n’en avons pas. »
Une aide d’urgence pour les déplacés
Le PAM a déjà fourni une aide alimentaire d’urgence à 8.500 personnes récemment déplacées de Cité Soleil, tandis que neuf écoles soutenues par l’agence, accueillant environ 12.000 élèves, ont été contraintes de suspendre la distribution de repas.
Selon Janvier Muhima, du PAM, les déplacés reçoivent notamment du riz, des légumineuses, de l’huile et de la farine enrichie afin de pouvoir se nourrir pendant cette période de déplacement.
À l’échelle du pays, plus de 1,4 million de personnes — soit plus de 12 % de la population — ont été contraintes de quitter leur domicile, principalement en raison des violences criminelles.
Port-au-Prince est devenue l’épicentre de la violence, jusqu’à 90 % de la ville étant considérés comme sous le contrôle de gangs.
Le recrutement d’enfants aurait fortement augmenté, certaines estimations indiquant qu’ils représentent désormais entre 30 % et 50 % des membres de certains gangs.


