N’DJAMENA/PORT-AU-PRINCE, 19 septembre 2026 — Le Tchad a envoyé un nouveau contingent de 350 militaires destiné à renforcer la Force de répression des gangs (FRG) en Haïti, au moment où la mission internationale poursuit difficilement sa montée en puissance face aux groupes armés qui contrôlent une partie importante de Port-au-Prince.
Les 350 militaires tchadiens ont quitté N’Djamena vendredi 18 septembre pour rejoindre la Force de répression des gangs, selon l’Agence tchadienne de presse et d’édition (ATPE), média officiel du pays. (ATPE)
La FRG avait annoncé séparément l’arrivée en Haïti, jeudi 17 septembre, d’un nouveau contingent tchadien sans en préciser publiquement l’effectif, selon des informations relayant sa communication officielle.
Additional military personnel from #Chad 🇹🇩 arrived in #Haiti 🇭🇹 on 17 September to join the #GSF, reinforcing personnel already on the ground and supporting the Force’s continued build-up and deployment.#HaitiSecure pic.twitter.com/3nratlmFZN
— Gang Suppression Force – Haiti (@GSForceHaiti) September 18, 2026
Ce nouveau déploiement marque une étape supplémentaire dans l’engagement du Tchad au sein de la force internationale chargée d’appuyer les autorités haïtiennes dans leur lutte contre les groupes armés.
Au total, 750 membres des forces de défense et de sécurité tchadiennes doivent participer à la mission en Haïti, selon l’ATPE. (ATPE)
Un contingent préparé aux réalités haïtiennes
Le déploiement des militaires tchadiens a fait l’objet de plusieurs semaines de préparation.
Le 3 juillet, l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) avait annoncé l’achèvement, à Koundoul, au sud de N’Djamena, d’un programme de formation destiné à 350 militaires de l’Armée nationale tchadienne appelés à rejoindre la FRG à Port-au-Prince.
Cette préparation, organisée avec l’Armée tchadienne et l’Institut des Nations unies pour la formation et la recherche (UNITAR), avec le soutien du Canada et de la France, comprenait notamment une formation linguistique en créole haïtien ainsi qu’une préparation interculturelle destinée à familiariser les militaires avec les réalités sociales, historiques et culturelles d’Haïti. (Francophonie)
Selon l’ATPE, N’Djamena voit également dans cette mission l’occasion pour ses forces d’acquérir une expérience opérationnelle dans un environnement urbain complexe, de développer leur interopérabilité avec d’autres contingents et de renforcer la coopération sécuritaire internationale du Tchad. (ATPE)
Une FRG encore loin de son effectif prévu
L’arrivée de nouveaux militaires est particulièrement importante pour une force qui reste encore incomplètement déployée.
La FRG a été autorisée par le Conseil de sécurité des Nations unies le 30 septembre 2025, par la résolution 2793, pour succéder à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), dont le contingent principal était fourni par le Kenya.
Contrairement à une opération de maintien de la paix classique, la FRG n’est pas une force de l’ONU. Elle est une mission multinationale autorisée par le Conseil de sécurité, dotée de sa propre chaîne de commandement. Un Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (BINUH/UNSOH) lui fournit en revanche un soutien logistique et opérationnel. (Binuh)
Son effectif maximal autorisé est de 5 550 personnes, dont 5 500 militaires et policiers et 50 civils. Son mandat est sensiblement plus robuste que celui du dispositif qui l’a précédée : il prévoit des opérations contre les gangs, la sécurisation d’infrastructures stratégiques et des opérations conjointes avec la Police nationale d’Haïti (PNH) et les Forces armées d’Haïti (FAd’H). (United Nations)
Mais la montée en puissance reste lente.
Selon le dernier rapport du secrétaire général de l’ONU cité par Security Council Report, la composante militaire de la FRG comptait 1 083 personnels au 8 juillet, auxquels s’ajoutaient 16 civils. La force a officiellement commencé ses opérations le 1er juin mais fonctionnait encore à capacité limitée. Sa pleine capacité opérationnelle est désormais attendue entre octobre et la fin de l’année. (Security Council Report)
Les nouveaux renforts tchadiens doivent donc contribuer à réduire cet important déficit d’effectifs.
Le Tchad, parmi les principaux contributeurs
Le Tchad apparaît désormais comme l’un des contributeurs importants de la nouvelle architecture sécuritaire internationale en Haïti.
Le premier déploiement tchadien avait commencé en avril, lorsque les premiers éléments étaient arrivés à Port-au-Prince au moment de l’entrée en fonction du Bureau d’appui des Nations unies.
L’ONU avait alors confirmé que la responsable du BANUH, Daniela Kroslak, avait pris ses fonctions à Port-au-Prince le 1er avril, le même jour que l’arrivée du premier contingent tchadien. D’autres contingents devaient suivre ceux du Salvador et du Guatemala déjà présents. (United Nations)
Depuis le retrait en avril des forces kényanes qui constituaient l’essentiel de l’ancienne MMAS, la nouvelle FRG s’est progressivement constituée avec des contributions provenant notamment du Tchad, de la Jamaïque, de la Mongolie et du Sri Lanka. (Security Council Report)
Une force attendue sur le terrain
Le renforcement intervient alors que la situation sécuritaire reste extrêmement fragile.
Des groupes armés continuent de contrôler ou de contester de vastes secteurs de la région métropolitaine de Port-au-Prince et ont étendu leurs opérations à plusieurs régions situées au-delà de la capitale.
La question n’est donc plus seulement de constituer la FRG, mais de déterminer à quelle vitesse les nouveaux effectifs pourront devenir réellement opérationnels.
La stratégie officielle de la force fixe trois objectifs principaux : réduire le contrôle territorial des gangs, sécuriser les infrastructures critiques et permettre aux autorités haïtiennes de développer leur propre capacité à contenir durablement la violence armée. L’état final recherché est fixé au 30 septembre 2028, sans que cela signifie pour autant une stabilisation complète du pays.
Cette montée en puissance intervient également dans un contexte particulièrement sensible pour la mission.
Un récent rapport du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH), consacré au massacre de Kenscoff, a notamment interrogé la visibilité et l’impact opérationnel de la FRG sur le terrain. Selon Associated Press, le rapport estime que la contribution de la force aux opérations de sécurité reste difficile à identifier. (AP News)
Le mandat de la FRG bientôt devant le Conseil de sécurité
Le calendrier ajoute une pression supplémentaire.
L’autorisation initiale accordée à la FRG arrive à échéance à la fin du mois de septembre. Les États-Unis et le Panama, corédacteurs du dossier haïtien au Conseil de sécurité, doivent chercher à obtenir son renouvellement. (Security Council Report)
Le déploiement des nouveaux militaires tchadiens intervient donc à un moment charnière : la force doit simultanément augmenter rapidement ses effectifs, démontrer sa capacité opérationnelle et convaincre de son utilité sur le terrain.
Pour Haïti, l’enjeu dépasse cependant le nombre de militaires étrangers présents dans le pays.
Les 350 nouveaux soldats tchadiens viennent renforcer une force dont l’objectif final reste de créer les conditions permettant à la Police nationale d’Haïti et aux Forces armées d’Haïti de reprendre durablement le contrôle des territoires et infrastructures aujourd’hui disputés ou contrôlés par les groupes armés.
Après des mois consacrés à la constitution de la nouvelle mission, l’attention devrait désormais se déplacer vers un indicateur beaucoup plus concret : les résultats obtenus sur le terrain.

