À sept jours de l’expiration du mandat de la Force de suppression des gangs, le président dominicain Luis Abinader a demandé à la communauté internationale de compléter son déploiement, de faire respecter l’embargo sur les armes et de sanctionner ceux qui financent ou protègent les gangs. Son message : les décisions ont été prises, il faut maintenant les exécuter.
NEW YORK, 23 septembre 2026 — Le président dominicain Luis Abinader a placé mercredi la crise haïtienne au cœur de son intervention devant la 81e Assemblée générale des Nations unies, avec un message particulièrement direct : Haïti n’a plus besoin de nouvelles promesses internationales, mais de l’exécution des décisions déjà adoptées.
« Renouveler les opérations de paix est, sans aucun doute, la tâche la plus urgente », a déclaré le chef de l’État dominicain, décrivant des réseaux criminels transnationaux qui contrôlent des territoires, trafiquent armes et personnes et recrutent des enfants. « Haïti, notre voisin, en est l’exemple le plus clair », a-t-il ajouté.
La déclaration officielle de la présidence dominicaine confirme que le discours était construit autour d’un appel à passer « des décisions à l’action » face à la crise haïtienne.
Une Force qui ne dispose que d’un cinquième de ses effectifs
Abinader a rappelé que la résolution 2793 du Conseil de sécurité avait autorisé la Force de suppression des gangs (GSF) et une structure d’appui des Nations unies.
Mais près d’un an plus tard, selon lui, la Force ne dispose encore que d’environ un cinquième des effectifs autorisés.
Le président dominicain a donc énoncé trois priorités : compléter le déploiement de la Force ; faire respecter l’embargo sur les armes et sanctionner ceux qui financent ou protègent les gangs ; enfin, renforcer la Police nationale, les Forces armées et la justice haïtiennes afin que la sécurité puisse à terme être assurée par les institutions nationales.
Son message intervient alors que le mandat de la Force arrive à expiration le 30 septembre.
Et c’est sur ce point qu’Abinader a prononcé l’une des phrases les plus fortes de son intervention :
« Renouveler sans compléter serait prolonger une promesse sans la tenir. »
Puis il a ajouté : « Rien de tout cela n’exige une nouvelle décision », appelant à appliquer ce qui a déjà été décidé « en mois et non en années, parce que le peuple haïtien n’attend pas ».
La pression exercée par Saint-Domingue ne porte donc plus seulement sur le renouvellement juridique du mandat. Abinader réclame son exécution effective : hommes, ressources et capacités opérationnelles.
Kenscoff comme symbole de l’urgence
Pour illustrer l’urgence, le président dominicain est revenu sur le massacre perpétré à Kenscoff en août.
Il a évoqué au moins 47 personnes tuées en une seule nuit, dont cinq enfants, ainsi que près de 1,5 million d’Haïtiens déplacés de leurs foyers.
« Cette Assemblée ne peut se résigner à ce que les massacres deviennent la normalité pour le peuple haïtien », a-t-il déclaré.
« La République dominicaine a fait sa part »
Mais le discours d’Abinader contenait également un second message, tout aussi explicite : Saint-Domingue considère avoir atteint les limites de ce qui relève de sa responsabilité.
« La République dominicaine a fait sa part », a déclaré le président.
Il a rappelé que son pays avait participé à la construction du consensus ayant permis l’adoption de la résolution, engagé une contribution financière au fonds de la Force, facilité depuis son territoire le transit et la logistique, coopéré avec le régime de sanctions et fourni une assistance hospitalière au personnel de la mission.
La République dominicaine et Haïti avaient d’ailleurs réaffirmé début septembre leur soutien au déploiement complet de la GSF et au renouvellement de son mandat, selon un communiqué officiel publié à l’issue de discussions bilatérales.
« Il n’existe pas de solution dominicaine à la crise haïtienne »
Abinader a ensuite tracé une ligne rouge.
« Il n’existe pas de solution dominicaine à la crise haïtienne », a-t-il déclaré, ajoutant qu’aucun État ni organisme international ne pouvait imposer à son pays d’assumer cette crise à la place d’Haïti.
Saint-Domingue continuera donc, a-t-il prévenu, à protéger sa frontière, appliquer ses lois migratoires et renforcer ses forces armées.
Cette déclaration inscrit clairement Haïti dans la doctrine de sécurité nationale dominicaine : soutien à l’intervention internationale sur le territoire haïtien, mais refus d’un transfert de la gestion de la crise vers la République dominicaine.
« La solution d’Haïti est en Haïti »
Abinader a résumé cette position par une autre formule appelée à retenir l’attention :
« La solution d’Haïti est en Haïti. »
Pour le président dominicain, la responsabilité de la communauté internationale consiste à créer en territoire haïtien les conditions permettant aux enfants de retourner à l’école, aux jeunes de construire leur avenir dans leur pays et, « dès que les conditions le permettront », aux Haïtiens de voter pour la première fois en une décennie.
Cette référence aux élections intervient alors qu’Haïti tente précisément de conduire un processus électoral sous une pression croissante du calendrier et de l’insécurité.
À sept jours d’une échéance décisive
Le discours d’Abinader intervient finalement à un moment particulièrement sensible.
Le 30 septembre, le Conseil de sécurité devra se prononcer sur la poursuite du dispositif international. Pour le président dominicain, cependant, une simple reconduction du mandat ne répondrait pas au problème si la Force reste très en dessous de ses capacités prévues.
Son intervention déplace ainsi la question.
Il ne demande plus à la communauté internationale quoi faire en Haïti.
Il considère que cette décision a déjà été prise.
Il lui demande désormais de fournir les soldats, les financements et les moyens nécessaires pour faire réellement ce qu’elle a décidé.
Et cette idée dépasse d’ailleurs le seul dossier haïtien. Dans la conclusion de son discours, Abinader a résumé sa conception du rôle des Nations unies : ce ne sont pas les résolutions adoptées qui permettront de juger l’organisation, mais celles qui seront effectivement appliquées.
Pour Haïti, le message adressé depuis la tribune de l’ONU est donc sans ambiguïté : à l’approche du 30 septembre, l’enjeu n’est plus seulement de renouveler la Force de suppression des gangs. Il est de savoir si la communauté internationale lui donnera enfin les moyens d’accomplir le mandat qu’elle lui a elle-même confié.
Déclaration officielle de la présidence de la République dominicaine

