NEW YORK — À quelques jours de l’expiration de son mandat, la Gang Suppression Force (GSF) est au centre d’une mobilisation diplomatique aux Nations unies. Washington, les responsables de l’ONU et les États de la région poussent au renouvellement d’une Force qui commence à s’installer sur le terrain, mais reste encore très loin de son format prévu.
Le Conseil de sécurité doit se prononcer avant la fin septembre sur la prolongation de la GSF, autorisée le 30 septembre 2025 par la résolution 2793 pour une période initiale de douze mois.
Cette résolution avait fixé un plafond de 5 550 personnels — 5 500 militaires et policiers et 50 civils — et créé le Bureau d’appui des Nations unies en Haïti (UNSOH), chargé notamment d’assurer le soutien logistique de la Force. Le texte avait été adopté par 12 voix, avec les abstentions de la Chine, de la Russie et du Pakistan.
Un an plus tard, la question centrale est celle de la montée en puissance du dispositif.
Kroslak : la Force prend forme sur le terrain
Daniela Kroslak, Sous-Secrétaire générale des Nations unies et cheffe de l’UNSOH, a livré cette semaine l’un des bilans les plus précis de la situation.
Depuis avril, l’UNSOH soutient près de 1 600 personnels de la GSF répartis sur plusieurs sites. Le Camp Vertières constitue son principal centre opérationnel à Port-au-Prince, complété par des installations près de l’aéroport et du port.
La Force a également effectué son premier déploiement hors de la capitale, aux Gonaïves, signe d’une extension progressive de son rayon d’action.
D’ici la fin de l’année, Kroslak estime que l’UNSOH devrait être en mesure de soutenir près de trois fois les effectifs actuels, à Port-au-Prince comme dans le reste du pays.
Le financement commence lui aussi à se structurer : 225,7 millions de dollars ont été promis au fonds fiduciaire des Nations unies, dont 194,2 millions déjà versés par quinze États.
Mais la responsable onusienne avertit que l’expansion des groupes armés vers de nouvelles zones impose d’accélérer encore le dispositif.
Son message, à quelques jours du vote, est sans équivoque :
« Now is the time for more international support to Haiti, not less. »
Waltz : les engagements doivent maintenant devenir des hommes sur le terrain
Le soutien américain au renouvellement est tout aussi explicite.
L’ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, Mike Waltz, récemment en Haïti, a qualifié la GSF de « the real deal », estimant qu’elle commençait à sécuriser des infrastructures critiques.
Mais Washington insiste désormais sur l’exécution des engagements pris par les États.
« As pleased as we were with the pledges, we need all of the countries to follow through », a déclaré Waltz à New York.
Le message vise directement l’un des problèmes qui avait affaibli la précédente Mission multinationale d’appui à la sécurité : l’écart entre les annonces internationales et les capacités effectivement déployées.
Waltz avait déjà demandé aux pays disposant de capacités de transport aérien d’aider à acheminer les contingents et équipements promis à la GSF, notamment ceux provenant du Bangladesh, du Sri Lanka et de Côte d’Ivoire.
Pour Washington, le prochain défi n’est donc plus de convaincre les États de soutenir la Force sur le principe, mais de transformer leurs promesses en effectifs, équipements et capacités opérationnelles.
Ruiz Massieu : « It all starts with security »
Carlos Ruiz Massieu, Représentant spécial du Secrétaire général et chef du BINUH, place lui aussi la GSF au cœur de la réponse internationale.
« It all starts with security », a-t-il déclaré le 24 septembre, appelant à préserver l’unité internationale autour du dispositif.
Après les violences meurtrières de Kenscoff en août, Ruiz Massieu avait déjà demandé le déploiement rapide et complet de la Force et une coordination étroite avec la Police nationale d’Haïti et les Forces armées d’Haïti.
Son intervention rappelle un principe essentiel de la nouvelle architecture : la GSF ne doit pas se substituer durablement aux institutions haïtiennes, mais créer les conditions permettant à celles-ci de reprendre progressivement le contrôle du territoire.
Un soutien régional désormais affiché
La mobilisation dépasse le Conseil de sécurité.
Le 25 septembre, les 32 États membres actifs de l’Organisation des États américains ont appelé collectivement au renouvellement du mandat, tout en demandant que la Force dispose des personnels, financements, équipements et moyens logistiques nécessaires à son déploiement.
La République dominicaine a également plaidé pour son renforcement, estimant que les progrès sécuritaires resteraient fragiles tant que les contingents prévus ne seraient pas effectivement présents.
Ce soutien régional intervient au moment où les négociations entrent dans leur phase décisive à New York.
Une force conçue pour combattre, pas pour maintenir une paix inexistante
La particularité de la GSF réside aussi dans sa conception.
Elle n’est pas une opération traditionnelle de maintien de la paix des Nations unies. Elle dispose de sa propre chaîne de commandement et a pour mission de réduire directement la capacité opérationnelle et territoriale des groupes armés.
L’UNSOH lui apporte l’infrastructure dont avait cruellement manqué le dispositif précédent : logistique, mobilité, soutien médical, installations et capacités administratives.
La stratégie transmise au Conseil de sécurité repose sur trois objectifs : réduire le contrôle territorial des gangs, sécuriser les infrastructures critiques et renforcer la capacité des autorités haïtiennes à contenir durablement la violence armée.
C’est précisément cette articulation entre une force offensive, un soutien logistique onusien et les institutions sécuritaires haïtiennes qui distingue le nouveau modèle de celui de la MSS.
Le renouvellement, premier véritable test politique
Le vote attendu au Conseil de sécurité constitue maintenant le premier grand test politique de cette architecture.
Lors de l’adoption de la résolution 2793, la Chine, la Russie et le Pakistan s’étaient abstenus, exprimant notamment des interrogations sur le financement, les règles d’engagement, la supervision et les mécanismes de responsabilité.
Le contexte est aujourd’hui différent.
La GSF existe sur le terrain. Ses premières bases sont opérationnelles. Elle commence à sortir de Port-au-Prince. L’UNSOH fonctionne. Les financements arrivent et de nouveaux contingents sont attendus.
Mais la Force demeure encore dans une phase de construction.
C’est tout l’enjeu des négociations de New York : passer d’une force autorisée par le Conseil de sécurité à une force capable d’opérer à l’échelle du défi auquel elle doit répondre.
Le renouvellement du mandat ne constituerait donc pas l’aboutissement du dispositif, mais le début de sa véritable épreuve opérationnelle.
Après l’échec de la MSS à atteindre les effectifs et les capacités qui lui avaient été promis, les Nations unies et les États qui soutiennent la GSF savent désormais que la crédibilité de cette nouvelle architecture se mesurera moins aux résolutions adoptées à New York qu’aux hommes, aux équipements et aux résultats obtenus sur le terrain en Haïti.

