L’intervention décidée par le président Donald Trump au Venezuela appelle avant tout à la lucidité et au pragmatisme, en particulier de la part des pays les plus fragiles. Comme lors des réactions à l’opération américaine en Iran en juin dernier, les hésitations, les condamnations de façade et les postures moralisantes traduisent une forme d’hypocrisie collective. Beaucoup dénoncent, peu agissent, et presque personne n’assume les conséquences.
Il faut également avoir le courage de nommer les responsabilités. Nicolas Maduro, il faut l’admettre, n’a gouverné qu’avec une seule obsession: se maintenir au pouvoir. Pour y parvenir, il a méthodiquement opprimé son peuple, confisqué les libertés et piétiné les aspirations légitimes des Vénézuéliens à une vie digne et libre. Disons-le sans détour : ce qui s’est produit au Venezuela est aussi l’aboutissement tragique d’un régime qui a refusé de gouverner pour son peuple.
Pour autant, l’essentiel dans les jours et les mois à venir doit rester clair : ce n’est ni la victoire géopolitique d’une puissance, ni la sécurisation d’intérêts économiques ou pétroliers qui doivent primer, mais bien la liberté et l’avenir du peuple vénézuélien. Toute autre lecture serait une trahison morale.
Regardons la réalité en face : ces événements constituent un signal supplémentaire d’un basculement profond de l’ordre mondial. Nous entrons dans un monde où la force redevient la norme, où le rapport de puissance supplante le droit, et où les règles patiemment construites après la Seconde Guerre mondiale s’effritent sous nos yeux.
Dans ce monde plus brutal, les États qui continuent de croire au droit international ont, certes, des valeurs à défendre. Mais trop souvent, ils le font aujourd’hui en spectateurs impuissants, prisonniers d’institutions dépassées et de principes qu’ils sont seuls à respecter. Défendre mécaniquement la Charte des Nations unies ou les règles de l’OMC sans disposer des moyens de les faire respecter, c’est faire preuve de cohérence historique, mais aussi accepter l’effacement politique.
Il faut donc le dire clairement aux responsables des États animés de bonnes intentions mais démunis de leviers réels : nous n’avons plus le luxe des indignations sans effet. Le monde avance sans nous. Ni Washington, ni Pékin, ni Moscou, ni les nouvelles puissances émergentes n’attendent l’approbation morale de ceux qui ont renoncé à peser.
C’est une mauvaise nouvelle pour l’humanité. La force est redevenue la boussole des grandes puissances, et le monde glisse dangereusement vers un désordre durable que notre génération pourrait amèrement regretter.
Pourtant, rien n’est irréversible. Ce basculement peut et doit être corrigé. Les démocraties doivent retrouver le courage politique, la cohérence stratégique et la volonté collective nécessaires pour que le droit international cesse d’être un simple discours et redevienne une réalité. À défaut, elles devront assumer leur marginalisation dans le monde qui se dessine.


