Un examen croisé des registres d’inscription électorale, des textes légaux de délimitation territoriale et des cartes administratives de référence met au jour des discordances qui touchent quelques communes du pays, à l’approche d’un nouveau cycle électoral.
PORT-AU-PRINCE, 24 août 2026 — À quelques mois d’un nouveau cycle électoral, Haïti aborde le scrutin avec une carte administrative que l’État lui-même n’est plus en mesure de certifier avec exactitude. Un examen des données d’inscription du Conseil électoral provisoire (CEP), confronté aux textes légaux créant ou modifiant les communes du pays, révèle des divergences qui pourraient orienter certains électeurs vers la mauvaise circonscription ou priver certains candidats de la reconnaissance légale de leur base territoriale.
Le problème tient à un désalignement structurel entre trois référentiels qui devraient en principe coïncider : le découpage légal du territoire, fixé par décret ou par loi ; le registre électoral tenu par les bureaux du CEP (BCEC, BCED, BCEN) ; et la nomenclature utilisée par le ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) pour la statistique publique. L’analyse croisée des trois sources montre qu’aucune section communale ne devrait, en théorie, relever de deux registres différents à la fois et que plusieurs en relèvent pourtant.
Des sections communales rattachées à la mauvaise commune
Les données publiques d’inscription du CEP (plateforme cephaiti.ht) montrent que les sections communales de Lazarre et d’Anse-à-Drick sont enregistrées sous la commune de Port-Salut, alors que le découpage administratif officiel les rattache à la commune voisine d’Arniquet. Un électeur résidant dans l’une de ces deux sections s’inscrit donc, de fait, sous une circonscription électorale différente de sa commune légale de résidence.
Un problème identifié depuis au moins 2000, jamais tranché
Le MPCE recensait déjà en l’an 2000 une liste de communes aux limites contestées, parmi lesquelles Gressier, Carrefour, Chantal, Torbeck, Ouanaminthe, Capotille, Pétion-Ville et Kenscoff. Un quart de siècle plus tard, plusieurs de ces zones grises n’ont toujours pas de résolution officielle : Carrefour et Gressier comptent chacune, dans leur découpage respectif, une section communale portant le même nom de « Morne Chandelle » ,un doublon toponymique qui illustre, à lui seul, l’absence de référentiel territorial unique et vérifié.
Aucune structure de l’État n’a pour mandat exclusif de trancher ce type de litige territorial. Aucun texte ne confère au CEP compétence pour arbitrer les limites communales, une prérogative qui relève en principe du pouvoir exécutif et législatif. En l’absence d’un mécanisme de conciliation entre carte électorale et carte administrative, chaque bureau électoral communal ou départemental tend à appliquer sa propre version du découpage, au gré des données disponibles localement.
Ce qui est en jeu pour le prochain scrutin
Ces divergences font peser, sur le prochain cycle électoral, un triple risque : des électeurs orientés vers un bureau de vote ne correspondant pas à leur commune légale de résidence ; des contestations de résultats fondées sur le périmètre même de la circonscription ; et des difficultés, pour des candidats à des postes communaux ou de section communale, à faire certifier leur éligibilité territoriale. S’y ajoute un risque plus diffus : celui d’éroder la confiance du corps électoral dans la fiabilité du recensement territorial sur lequel repose, en dernier ressort, l’ensemble du processus.
À l’heure où les autorités haïtiennes se préparent à organiser de nouvelles échéances électorales, la question dépasse la seule technique cartographique : elle touche à la capacité de l’État à produire, et à maintenir à jour, un référentiel territorial unique et partagé, condition de base pour qu’un scrutin soit incontestable sur le seul terrain qui devrait l’être, celui du décompte des voix.

