Alors qu’il est manifeste que les élections ne peuvent pas se tenir dans les six mois qui viennent parce que les conditions ne sont pas encore réunies, particulièrement les conditions sécuritaires, il y a des remous dans l’actualité qui laissent croire que tel ou tel secteur entrave la marche vers le premier retour aux urnes après dix ans.
Frantz Duval
Alors qu’il est manifeste que les élections ne peuvent pas se tenir dans les six mois qui viennent parce que les conditions ne sont pas encore réunies, particulièrement les conditions sécuritaires, il y a des remous dans l’actualité qui laissent croire que tel ou tel secteur entrave la marche vers le premier retour aux urnes après dix ans.
Il y a d’abord la bataille autour du budget destiné à l’organisation des prochaines élections. Le Conseil électoral y est allé d’une prévision de deux cent cinquante millions de dollars. Le Premier ministre a déclaré que c’était inacceptable. Premier sujet de friction.
Le deuxième point concerne les modifications que le gouvernement Fils-Aimé souhaite apporter à la Constitution en vigueur. Le flou le plus total règne sur la manière dont le pouvoir en place compte s’y prendre.
Troisième élément de blocage : la représentativité des partis politiques appelés à concourir aux prochaines joutes électorales. Doivent-ils se conformer à la loi actuelle sur les partis politiques ou aux exigences d’un nouveau texte ?
A ce jour, ledit texte n’existe pas encore. Tantôt il est dit que chaque parti ou regroupement devra certifier avoir trente mille membres tantôt cent mille. Cela fait une différence considérable dans un pays où selon la loi actuelle vingt personnes peuvent fonder un parti politique.
Autre point en discussion : le sort des sanctionnés. Il existe une catégorie de responsables politiques qui, au cours des dernières années, ont été frappés par des décisions de l’Organisation des Nations unies, de l’Union européenne ou de pays amis d’Haïti. Pourront-ils être candidats ? La question est cruciale pour eux, mais aussi pour ceux qui les ont sanctionnés et qui se démènent pour ramener Haïti sur le chemin de la démocratie.
Enfin, il y a cette rumeur qui prête au gouvernement l’intention de nommer un directeur général du Conseil électoral provisoire. Depuis sa création en 1987, comme toutes les autres institutions indépendantes créées par la constitution, le CEP n’a jamais eu de directeur général. Son indépendance est aussi à ce prix.
La prochaine crise électorale peut naître de chacun des points évoqués ci-dessus. Le gouvernement peut, à lui seul, en être le déclencheur. Le CEP, en entrant en confrontation avec le gouvernement, peut également basculer le pays dans la crise. Quant à la classe politique, en opposition aux intentions du gouvernement ou du CEP, elle peut, elle aussi, contribuer à alimenter une nouvelle impasse électorale.
Depuis 1987, date de la tentative d’organiser les premières élections démocratiques en Haïti, les crises électorales avant, pendant ou après les scrutins, se sont succédé. Rares sont les élections sans crises et les crises sans une élection au bout des aventures. L’une nourrissant l’autre pour donner naissance à nos insatiables transitions.
Il est encore temps d’éviter la prochaine catastrophe électorale. Pour cela, il faudra de la pédagogie, de la simplification et des institutions au-dessus de tout soupçon. Pas d’approximation, pas d’omission, pas d’arrière-pensée.




