PORT-AU-PRINCE, 18 août 2026 — Le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, a achevé mardi à Port-au-Prince une mission de plusieurs jours consacrée à la situation politique, sécuritaire et humanitaire d’Haïti, ainsi qu’aux conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles et inclusives.
Le chef du gouvernement haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a pris part, à l’hôtel El Rancho, à Pétion-Ville, au cocktail de clôture de la mission, organisé par le ministère des Affaires étrangères et des Cultes. La rencontre a réuni des représentants du gouvernement, du corps diplomatique et de plusieurs partenaires internationaux engagés aux côtés d’Haïti.
Dans son intervention, le Premier ministre a salué la présence du secrétaire général de l’OEA et l’engagement de l’organisation interaméricaine en faveur d’Haïti.
« Haïti n’est pas seule et son redressement demeure une cause portée par toute la région », a déclaré Alix Didier Fils-Aimé, selon les éléments communiqués à l’issue de la rencontre.
Le chef du gouvernement a rappelé les quatre priorités de son administration : le rétablissement de la sécurité, la restauration de l’ordre constitutionnel, la relance de l’économie et le renforcement de la cohésion sociale.
Sécurité et élections au cœur des discussions
La question sécuritaire a occupé une place centrale dans les échanges de la délégation de l’OEA avec les autorités haïtiennes et les partenaires internationaux.
Pour l’organisation interaméricaine, l’amélioration de la situation sécuritaire demeure étroitement liée à la possibilité d’organiser un scrutin crédible. Lors de son intervention à l’Assemblée générale de l’OEA en juin, Albert Ramdin avait déjà souligné que la transition haïtienne devait conduire au rétablissement de la sécurité, au renforcement de la confiance dans les institutions et à la tenue d’élections crédibles, inclusives et pacifiques.
Cette position rejoint également celle du Conseil électoral provisoire (CEP), qui a publié le 27 juillet son calendrier électoral 2026-2027. Celui-ci prévoit le premier tour de l’élection présidentielle, des législatives ainsi que la ratification populaire des changements proposés à la Constitution le 13 décembre 2026. Le second tour de la présidentielle et des législatives, ainsi que les élections des collectivités territoriales, sont prévus pour le 21 février 2027.
Le CEP a toutefois assorti ce calendrier d’une réserve importante : le respect des échéances dépend notamment de l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable et de la disponibilité des ressources financières nécessaires à la poursuite des opérations électorales.
Nous avons rencontré aujourd’hui en #Haïti le Conseil électoral provisoire @cep_haiti, dans le cadre de la délégation de haut niveau conduite par l’OEA qui effectue une visite dans le pays cette semaine. Nous avons discuté des progrès réalisés dans la mise en œuvre du calendrier… pic.twitter.com/8ETqnN4Zjq
— Albert R. Ramdin – OAS Secretary General (@SG_OEA_OAS) August 19, 2026
Un dialogue élargi avec la communauté internationale
Avant la cérémonie de clôture, Albert Ramdin s’est entretenu avec des représentants de la communauté internationale présents en Haïti. La réunion a notamment rassemblé des représentants du Japon, du Canada, de l’Argentine, de l’Espagne, de la France, des États-Unis, de l’Union européenne, de la Suisse, du Brésil, du Chili, des Bahamas, de la République dominicaine, du Mexique, des Nations unies, de la Nonciature apostolique et du Programme alimentaire mondial.
Aujourd'hui, la Délégation de haut niveau en #Haiti, dirigée par l'@OEA_oficial, a rencontré des représentants de la communauté internationale pour discuter de la voie à suivre pour le pays.
— Albert R. Ramdin – OAS Secretary General (@SG_OEA_OAS) August 18, 2026
Nous avons accueilli des représentants du Japon @AmbJaponHaiti, du Canada @CanEmbHaiti,… pic.twitter.com/fV4c3bUMS7
Selon Albert Ramdin, les discussions ont porté en priorité sur les conditions nécessaires à la tenue d’élections crédibles et légitimes, notamment la sécurité, la stabilité politique, l’efficacité des institutions électorales et l’établissement d’un calendrier « clair et réaliste ».
Les participants ont également abordé la coordination de l’aide internationale, les besoins humanitaires, la relance économique, la création d’emplois et les perspectives offertes aux jeunes.
Le secrétaire général de l’OEA a insisté sur la nécessité de passer des engagements aux résultats concrets, en appelant à des actions coordonnées, à une définition claire des responsabilités et à des résultats mesurables, tout en soulignant l’importance de l’appropriation nationale du processus.
L’appui de l’OEA au processus électoral
L’organisation interaméricaine dispose déjà de plusieurs programmes en appui aux institutions haïtiennes. Dans le cadre de son Programme universel d’identité civile dans les Amériques (PUICA), l’OEA soutient notamment l’Office national d’identification (ONI). Albert Ramdin avait indiqué en juin que plus de 600 000 cartes d’identification avaient été distribuées au cours des mois précédents, un effort considéré comme essentiel à la préparation du processus électoral.
Aujourd'hui à Port-au-Prince, lors de la visite de notre Délégation interaméricaine de haut niveau, j'ai signé un nouvel accord de coopération de 3 millions de dollars avec l'Ambassadeur du Japon @AmbJaponHaiti, Nishiuchi Kazuhiko, pour développer les services d'identification en… https://t.co/dcLuNxjAKQ
— Albert R. Ramdin – OAS Secretary General (@SG_OEA_OAS) August 18, 2026
Le cadre juridique électoral a par ailleurs été renforcé avec la publication du décret électoral du 2 juin 2026, amendé par un décret du 2 juillet. Le CEP présente ce texte comme le cadre juridique régissant l’organisation du processus devant conduire aux élections générales.
Le décret prévoit notamment les règles relatives à l’inscription des électeurs, à la participation des partis politiques, aux candidatures, aux opérations de vote, au dépouillement et au contentieux électoral. Le texte modificatif de juillet précise également les mécanismes de vérification des listes de membres, adhérents ou sympathisants fournies par les partis et regroupements politiques, notamment afin d’éviter les doublons et de contrôler la validité des NINU.
Une mission inscrite dans une stratégie régionale
La visite d’Albert Ramdin s’inscrit dans une volonté affichée de l’OEA de renforcer la coordination régionale autour de la crise haïtienne. L’organisation travaille notamment avec Haïti, la Communauté des Caraïbes (CARICOM), les Nations unies et d’autres partenaires internationaux.
Lors de sa prise de fonction, Albert Ramdin, premier ressortissant d’un État membre de la CARICOM à accéder au poste de secrétaire général de l’OEA, a placé le dialogue, la recherche de consensus et le renforcement des institutions démocratiques au cœur de son mandat.
L’OEA avait déjà indiqué, en juin, qu’elle entendait jouer un rôle de coordination dans le dossier haïtien et qu’elle avait engagé une mission spéciale, tout en désignant un représentant spécial pour Haïti.
Au terme de sa mission, le message porté par Albert Ramdin apparaît ainsi centré moins sur la seule tenue d’une date électorale que sur les conditions permettant de garantir la crédibilité, la légitimité et l’inclusivité du scrutin.
Pour les autorités haïtiennes, l’enjeu est désormais de transformer le calendrier électoral en opérations concrètes, dans un contexte où la sécurité, le financement du processus, l’identification des électeurs, la capacité des institutions électorales et la participation des acteurs politiques demeurent des facteurs déterminants.
À moins de quatre mois de la date annoncée du 13 décembre, la question centrale reste donc celle de la capacité des acteurs haïtiens et de leurs partenaires internationaux à réunir, dans les délais, les conditions politiques, sécuritaires, institutionnelles et logistiques nécessaires à la tenue du scrutin.

