Haïti : la Force de répression des gangs accélère son déploiement avant les élections de décembre

Date:

PORT-AU-PRINCE, 17 août 2026 — La Force de répression des gangs (FRG), créée par le Conseil de sécurité des Nations unies pour succéder à la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), poursuit sa montée en puissance en Haïti avec pour objectif d’atteindre sa capacité opérationnelle complète à l’automne, selon plusieurs sources internationales.

Le Conseil de sécurité avait autorisé, par sa résolution 2793 du 30 septembre 2025, la transformation de la mission multinationale en une Force de répression des gangs pour une période initiale de douze mois. La résolution fixe à 5 550 personnes le plafond autorisé de la nouvelle force, dont 5 500 militaires et policiers et 50 civils. (Digital Library)

La montée en puissance doit se faire progressivement, alors que la mission demeure encore très en deçà de son effectif théorique. Selon une analyse publiée en juillet par Security Council Report, environ 1 000 personnels se trouvaient alors sur le terrain, tandis que la pleine capacité opérationnelle de la FRG était attendue pour octobre 2026. (Security Council Report)

Un déploiement prévu par étapes

Le déploiement de la FRG s’inscrit dans une logique de renforcement progressif. Dès le mois d’avril, le Tchad a commencé à envoyer ses premiers éléments. Le président tchadien Mahamat Idriss Déby a ensuite annoncé la contribution de 1 500 militaires, répartis en deux bataillons de 750 hommes. Un premier contingent de 400 militaires était déjà présent en Haïti en avril.

Le Tchad constitue ainsi l’un des principaux contributeurs à la phase initiale de la nouvelle force. D’autres pays ont également engagé des préparatifs.

Le Sri Lanka, notamment, a engagé des négociations avec les Nations unies en vue de sa participation à la FRG. Des formations pré-déploiement ont été organisées pour des militaires sri-lankais, tandis que Colombo a discuté avec l’ONU des modalités opérationnelles, du commandement et des procédures de vérification des personnels.

En juillet, un contingent sri-lankais est effectivement arrivé à Port-au-Prince. Le nombre de personnels n’a toutefois pas été communiqué pour des raisons de sécurité opérationnelle. (BSS)

L’objectif des 5 500 personnels

L’objectif fixé par le mandat international est donc clairement établi : 5 500 militaires et policiers, auxquels s’ajoutent 50 civils.

Des documents budgétaires des Nations unies confirment également que les prévisions financières pour 2026-2027 sont construites autour d’une force de 5 500 personnels en uniforme. Les investissements logistiques doivent notamment permettre de soutenir cette montée en puissance et l’extension des infrastructures nécessaires au fonctionnement de la mission. (Digital Library)

Selon les informations disponibles publiquement, la pleine capacité de la force est désormais attendue en octobre 2026. Cette échéance est également rapportée par plusieurs analyses spécialisées consacrées au déploiement de la FRG. (The Ops Con)

Erdenebat Batsuuri prend le commandement opérationnel

La FRG est désormais placée sous le commandement du major général mongol Erdenebat Batsuuri.

Son arrivée en Haïti a été annoncée en mai 2026. Il dispose de plus de trois décennies d’expérience militaire et de missions internationales. Avant sa nomination à la tête de la FRG, il avait notamment commandé la Force des Nations unies chargée du maintien de la paix à Chypre (UNFICYP). (United Nations)

Le site officiel de la FRG confirme sa nomination comme Force Commander et présente son expérience dans plusieurs opérations de maintien de la paix des Nations unies. (Gang Suppression Force Haiti)

La dimension haïtienne de la chaîne de sécurité est, elle aussi, renforcée. Mario Andrésol, nommé ministre de la Défense en mars 2026, supervise notamment les questions liées aux Forces armées d’Haïti. (Ministère de la Défense d’Haïti)

Une force au mandat plus offensif

La FRG dispose d’un mandat plus robuste que celui de la précédente mission multinationale.

La résolution 2793 lui permet notamment de conduire, en coopération avec les autorités haïtiennes, des opérations ciblées fondées sur le renseignement contre les groupes armés, de contribuer à la sécurisation des infrastructures critiques et des axes de transport, de protéger les populations vulnérables et de faciliter l’accès humanitaire. (United Nations)

Cette évolution répond à l’un des principaux enseignements tirés de la MMAS, dont le déploiement était resté largement inférieur à l’objectif initial et qui avait souffert de difficultés persistantes en matière d’effectifs, de financement et d’équipements.

Plusieurs pays engagés dans la montée en puissance

Le dispositif international repose sur une coalition beaucoup plus large que le seul contingent tchadien.

Le Bangladesh fait partie des pays ayant préparé une contribution à la FRG. Les autorités bangladaises ont encore approuvé en juillet 2026 le déplacement de responsables chargés de négocier avec les États-Unis les modalités d’un déploiement de policiers bangladais au sein de la force. (স্বরাষ্ট্র মন্ত্রণালয়)

Le Sri Lanka prépare également une contribution substantielle, avec des unités militaires et policières formées spécifiquement pour la mission haïtienne. (Amnesty International)

Dans les Caraïbes et en Amérique centrale, des personnels des Bahamas, de la Jamaïque, du Guatemala et du Salvador ont déjà participé à la précédente mission multinationale ou à la transition vers la nouvelle architecture sécuritaire. La Royal Bahamas Defence Force confirme notamment la participation de ses personnels aux opérations internationales en Haïti. (Royal Bahamas Defence Force)

La composition définitive des contingents et leur calendrier précis de déploiement restent toutefois susceptibles d’évoluer. Les sources publiques disponibles ne permettent pas de confirmer, à ce stade, un tableau détaillé attribuant à chaque pays une date précise d’arrivée en août, septembre ou octobre.

Un calendrier sécuritaire désormais lié au calendrier électoral

La montée en puissance de la FRG intervient parallèlement à l’accélération du processus électoral haïtien.

Le CEP a officiellement fixé au 13 décembre 2026 le premier tour des élections présidentielle et législatives, ainsi que la ratification populaire des modifications proposées à la Constitution. Le second tour est prévu le 21 février 2027. (Cephaiti)

Le calendrier électoral prévoit notamment la poursuite de l’inscription des électeurs jusqu’au 13 octobre, l’enregistrement des candidatures jusqu’au 2 octobre, puis le début de la campagne électorale le 5 octobre. (HaitiDocs)

Le CEP souligne cependant que le respect de ces échéances reste conditionné à l’établissement d’un climat sécuritaire acceptable et à la disponibilité des ressources financières nécessaires à la poursuite des opérations électorales. (Cephaiti)

Octobre, un mois charnière

L’automne s’annonce ainsi comme une période particulièrement stratégique pour Haïti. D’un côté, la FRG doit poursuivre son déploiement jusqu’à atteindre son plafond opérationnel autorisé. De l’autre, le processus électoral entrera dans une phase décisive avec l’enregistrement des candidatures, le lancement de la campagne et la préparation matérielle du scrutin.

La réussite de cette montée en puissance constituera donc un élément important de l’équation sécuritaire entourant les élections de décembre. Mais l’effectif ne constituera pas à lui seul une garantie de succès : la capacité opérationnelle réelle de la FRG dépendra également de la disponibilité des équipements, de la coordination avec la Police nationale d’Haïti et les Forces armées d’Haïti, du renseignement, de la logistique et de la capacité à maintenir une présence durable sur les principaux axes et zones affectés par les groupes armés.

À moins de quatre mois du premier tour, la transition entre une force encore partiellement déployée et une FRG pleinement opérationnelle apparaît donc comme l’un des principaux enjeux sécuritaires de la préparation électorale haïtienne.

Calendrier des déploiements :

Août 2026 : (Consolidation et sécurisation routière)

Objectif : Atteindre un seuil intermédiaire de 2,000 à 2,500 soldat et policiers sur le terrain.

Contingents attendus : Arrivée de la seconde moitié du contingent du Tchad (complétant l’objectif de 1,500 soldats promis) et des premières unités spécialisées du Sri Lanka.

Priorité tactique : Sécurisation définitive de la Route Nationale 1 et renforcement des patrouilles conjointes avec la PNH dans les communes de Tabarre, Liancourt et Petite-Rivière.

Septembre 2026 : (Diversification géographique)

Objectif : Déploiement massif de forces d’Amérique latine et d’Asie pour étendre le rayon d’action hors de Port-au-Prince.

Contingents attendus : Arrivée programmée des troupes de combat du Guatemala, du Salvador et de la Côte d’Ivoire.

Priorité tactique : Lancement des opérations ciblées basées sur le renseignement dans le département de l’Artibonite et protection renforcée des couloirs humanitaires.

Octobre 2026 : (Déploiement complet à 100%)

Objectif : Finalisation de la structure de force avec 5,500 militaires et policiers opérationnels (ainsi que 50 conseillers civils).

Contingents attendus : Arrivée du contingent majeur du Bangladesh et des forces de police des Bahamas et de la Jamaïque pour compléter l’effectif.

Priorité tactique : Maillage sécuritaire global du territoire en vue de stabiliser le pays pour la fermeture des listes électorales et la préparation du premier tour des élections prévu le 13 décembre 2026

Share post:

Les + Populaires

Plus d'Articles
Similaires

Haïti : élections, sécurité, sanctions et Global Gateway: Hélène Roos répond à 15 questions sur l’action de l’Équipe Europe

"De notre côté, comme partenaire, nous prenons nos responsabilités : l’Union européenne dispose d’un régime de mesures restrictives à l’encontre de personnes et d’entités considérées comme responsables d’actions menaçant la paix, la stabilité, ou la sécurité d’Haïti, ou portant atteinte à la démocratie et à l’État de droit. Ce régime n’est pas un instrument électoral et les sanctions européennes ne constituent pas, en elles-mêmes, des critères d’éligibilité au regard du droit haïtien. Elles consistent en revanche en une liste de personnes qui sont interdites d’entrée sur le territoire de l’Union européenne, soit dans ses 27 États membres, ainsi qu’en la possibilité degels d’avoirs. "...

Haïti : le Conseil de sécurité de l’ONU examine lundi la situation sécuritaire et les préparatifs électoraux

Le Conseil de sécurité des Nations unies tiendra lundi 19 octobre une séance publique consacrée à Haïti, suivie de consultations à huis clos, avec au programme la dégradation de la situation sécuritaire, le déploiement de la Force de répression des gangs (GSF) et les incertitudes entourant l’organisation des prochaines élections. Selon Security Council Report, publié le 16 octobre, trois responsables onusiens sont susceptibles de présenter un état des lieux : Carlos Ruiz Massieu, représentant spécial du secrétaire général et chef du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) ; Jack Christofides, représentant spécial pour la GSF ; et Daniela Kroslak, secrétaire générale adjointe et cheffe du Bureau de soutien des Nations unies en Haïti (UNSOH), dont la participation au briefing reste possible.

Martelly puts elections rumors to rest, registers to run for Haiti presidency

Former Haitian President Michel Martelly has registered to run for the presidency of the Caribbean nation, joining a growing list of candidates hoping to lead a troubled Haiti despite facing sanctions from the United States, Canada and the European Union — or in the case of the former singer, all three. Martelly’s name was among 16 listed Friday on the Provisional Electoral Council’s website as having preliminary registered to run. The list also includes another former president, Jocelerme Privert, and a former member of the lower house of Parliament, Gary Bodeau. Privert who oversaw the country’s last general elections in 2016, has been sanctioned by Canada. Bodeau has been sanctioned by the U.S. Treasury Department under a federal act that targets perpetrators of serious human rights abuse and corruption, and faces Canadian sanctions as well.

Exclusive: Inside Erik Prince’s secretive operation taking on Haiti’s gangs (CNN)

Prince would not disclose the annual fee he receives for work with the Task Force, claiming only that it is a “fraction” of the cost of the short-lived Multinational Security Support mission — an initiative backed financially and logistically by the United States, that once envisaged 5,500 foreign police in Port-au-Prince. “Our cost is one-sixth of what their annual camp cost was,” Prince said. The sum is likely in the tens of millions of dollars. His income will be augmented by a deal to help control Haiti’s porous border with the Dominican Republic for the next 10 years in return for 10% of any new customs revenue collected. The long-term contract has raised criticism locally of how Prime Minister Alix Didier Fils-Aimé is using his mandate as interim leader.