Quand les villes de province célèbrent le carnaval

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De Fort-Liberté aux Gonaïves, en passant par le Cap-Haïtien et Les Cayes, le carnaval 2026 a révélé une Haïti créative, résiliente et profondément attachée à ses traditions populaires.

Carnaval de Jacmel

Le carnaval continue de s’affirmer comme l’un des rares espaces où les villes de province haïtiennes se donnent à voir, à entendre et à ressentir dans toute leur diversité. En ce mois de février 2026, plusieurs communes ont vibré au rythme des défilés, des bandes à pied, des DJ et des groupes traditionnels, offrant un panorama vivant de la culture carnavalesque hors de Port-au-Prince, contrôlé à 85% par des gangs.

À Fort-Liberté, ville hôte du carnaval régional du Nord-Est, l’ouverture des festivités a été marquée par une forte implication du milieu scolaire. Les élèves de l’École Externat Saint-Joseph ont donné le ton lors du carnaval des étudiants, le vendredi 13 février. Déguisés aux couleurs du carnaval local, des plus petits aux plus grands, ils ont sillonné les rues du centre-ville avec enthousiasme, exécutant chorégraphies et exhibitions sous les applaudissements d’un public conquis. Cette présence juvénile a rehaussé l’éclat de l’événement, confirmant le rôle de l’école comme creuset de transmission culturelle.

Le carnaval des étudiants, institution désormais bien établie au Cap-Haïtien, a une fois de plus joué son rôle de prélude symbolique à la saison carnavalesque. Rassemblant des centaines d’écoliers et d’étudiants autour des méringues carnavalesques et des groupes Rara, cette édition du vendredi 13 février 2026 a dépassé les frontières de la cité christophienne, rappelant que le carnaval est aussi un espace d’apprentissage, de créativité et de socialisation.

De retour à Fort-Liberté, le dimanche 15 février a marqué le lancement officiel des trois jours gras de la deuxième édition du carnaval régional du Nord-Est. Sous l’impulsion du comité régional, avec l’appui du ministère de la Culture et de la Communication et de la mairie, les rues de la cité fort-dauphinoise ont accueilli groupes déguisés, bandes à pied et DJ locaux. Chorégraphies, parades et prestations artistiques ont rythmé cette première journée, donnant à voir le savoir-faire des artisans nordésiens, capables de transformer des matériaux simples en véritables œuvres d’éclat.

Plus au sud, aux Cayes, l’ambiance a été portée par la sortie remarquée de Vèkèlè Band, accompagnée de ses nombreux adeptes. Avec la participation des musiciens de Bel Plezi, venus de Jacmel, la bande a parcouru un long trajet lors du premier jour gras, livrant une performance saluée pour son énergie et sa cohésion. Malgré des moyens limités, la contribution volontaire d’acteurs culturels locaux a permis le maintien du défilé, organisé par la mairie autour du thème : « Ouvè peyi a pou kilti n vanse nan fyète ak sekirite ». La présidente de la commission municipale intérimaire, Claire Daphné France, a toutefois souligné l’absence de subventions étatiques, ce qui a restreint l’ampleur des activités.

Aux Gonaïves, la fête s’est voulue résolument populaire et urbaine. Soutenus par la mairie et le Chandelle Club, plusieurs DJ ont animé les rues à bord d’un char musical soigneusement aménagé. Les mix entraînants ont attiré une foule nombreuse, transformant cette première journée en un moment de partage et de convivialité. Dans la même veine, Tòtòt Band a enflammé les carnavaliers, vêtus de bleu et blanc, en suivant un parcours marqué par la discipline et l’organisation, preuve que la fête peut aussi rimer avec ordre et sécurité.

À Jacmel, la 34e édition du Carnaval a été officiellement lancée le dimanche 8 février lors d’une cérémonie organisée par la mairie en collaboration avec le comité du carnaval. Placée sous le thème « Jacmel dans nos rêves », cette édition rend hommage à l’écrivain jacmélien René Depestre. La cérémonie, tenue à la salle de conférence de la mairie en présence d’autorités locales, d’acteurs culturels et de représentants de la société civile, a été suivie du départ du cortège officiel vers le stand principal. Dans son allocution, la mairesse Loudie César a plaidé pour un carnaval mieux structuré et mieux valorisé, appelant les Jacméliens à unir « leur tête, leurs mains et leur cœur », tout en soulignant la nécessité d’anticiper les préparatifs et de diversifier les sources de financement.

Des milliers de carnavaliers, dont de nombreux membres de la diaspora, ont ensuite envahi l’avenue Barranquilla pour assister au défilé de troupes de danse, de groupes de mascarades et de seize bandes à pied, avant la clôture assurée par les groupes Krem et 2D. L’Université publique du Sud-Est à Jacmel a également pris part au cortège. Profitant de la tribune carnavalesque, certains participants ont exprimé des revendications politiques, notamment en faveur de la libération du maire Marky Kessa. Selon un bilan partiel de la Protection civile, 26 victimes ont été recensées, tandis que la Police du Sud-Est a procédé à plusieurs arrestations et à la saisie d’armes à feu, rappelant les enjeux sécuritaires qui accompagnent ces grandes manifestations populaires.

À Miragoâne, les festivités carnavalesques ont animé la ville les dimanche 15 et lundi 16 février, à l’occasion des deux premiers jours gras. Bandes à pied, chars musicaux et groupes de mascarade ont défilé dans les principales artères, sous les regards d’une foule nombreuse. Les carnavaliers ont répondu massivement à l’appel, confirmant l’attachement de la population à cette fête populaire, vécue comme un moment de rassemblement et de convivialité, en ces moments d’incertitude.

À Port-de-Paix, le Carnaval 2026 s’est déroulé sans incident majeur durant les trois jours gras, après l’interruption des activités précarnavalesques décidée par la mairie à la suite du décès tragique d’un jeune, le 1er février dernier. Le retour sur la scène carnavalesque des bandes Roulo Bande, Papaya, Seïko et Ziki Bande, absentes depuis plusieurs années, a fortement mobilisé la population. L’événement a ainsi confirmé l’attachement des Port-de-Paixiens à cette tradition culturelle majeure, malgré un contexte marqué par l’émotion et le recueillement.

À Hinche, la ville a vibré au rythme du carnaval le lundi 16 février, à l’occasion du deuxième jour gras. Transformée en vaste espace de fête, la principale commune du Plateau Central a vu défiler troupes de mardi gras, groupes masqués et formations carnavalesques le long des principales artères. Costumes élaborés, chorégraphies rythmées, tambours et slogans festifs ont animé l’espace public, sous les applaudissements d’une foule nombreuse.

À Jérémie, la cité des Poètes a relancé son carnaval sous le thème « Haïti Devant ! Ayiti devan ! », marquant un retour remarqué du parcours carnavalesque, une première depuis 2002. Lancées le 15 février lors d’une conférence de presse à Vertigo Village par le président de la commission municipale, Onel Jacinthe, les festivités ont été organisées dans un contexte budgétaire incertain, la mairie assumant le pari de fonctionner à crédit en attendant un appui promis par le ministère de la Culture.

Malgré ces contraintes, reines et rois sur chars allégoriques, bandes à pied, groupes de danse et enfants costumés ont envahi les rues, sous un dispositif sécuritaire mobilisant police, Protection civile, Croix-Rouge et brigadiers. Après plusieurs années de mise en veille, ce carnaval marque une volonté affichée de renouer avec la tradition et de redorer l’image culturelle de la ville.

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