Le monde traverse aujourd’hui un bouleversement technologique d’une ampleur inédite. Intelligence artificielle, robotique, données massives, satellites, biotechnologies : jamais l’humanité n’a connu une accélération aussi vertigineuse des transformations économiques et sociales.
Et au cœur de cette mutation se trouve une question fondamentale : que doit enseigner l’école ?
Pendant des décennies, l’école – et plus encore l’université – préparait à des métiers clairement identifiés : médecin, agronome, avocat, ingénieur, enseignant. On formait pour des professions existantes, aux contours relativement stables.
Aujourd’hui, une réalité nouvelle s’impose à nous : nous formons pour des métiers qui n’existent pas encore. Cela ne signifie pas que les métiers vont disparaître. Cela signifie que plus aucun métier ne sera exercé demain comme il l’était hier. Les technologies évoluent si rapidement que les compétences requises se transforment en permanence. Ce que l’on croyait essentiel hier devient secondaire aujourd’hui ; ce qui semblait marginal devient stratégique.
Qui aurait pu imaginer, il y a seulement quelques années, que la maîtrise des données satellitaires deviendrait déterminante pour l’agriculture ? Que la programmation informatique influencerait la médecine ? Que l’intelligence artificielle assisterait les juristes, les architectes, les journalistes ?
Le monde change. Et il change vite.
Pour un pays comme Haïti – et pour la plupart des petits États – ce bouleversement n’est pas un simple défi académique. C’est une question de survie.
Les grandes puissances disposent de capitaux, d’infrastructures, de centres de recherche capables d’absorber les chocs technologiques. Les petits pays, eux, ne peuvent se permettre le retard. Dans un monde dominé par la connaissance, l’innovation et la maîtrise des technologies, l’absence d’adaptation conduit à l’effacement progressif.
Se réinventer devient une nécessité vitale.
Cela exige une transformation profonde de notre système éducatif, en particulier universitaire. Il ne s’agit plus seulement de transmettre des savoirs figés, mais de former des esprits capables d’apprendre, de désapprendre et de réapprendre. Il faut développer la pensée critique, la capacité d’adaptation, la créativité, la maîtrise des outils numériques, la culture scientifique et technologique.
Former pour l’inconnu demande du courage politique et de la vision stratégique. Cela implique de repenser les curricula, de renforcer la recherche, d’investir dans les sciences, les technologies, l’ingénierie, les mathématiques, mais aussi dans les sciences humaines capables d’éclairer les mutations en cours.
L’enjeu dépasse l’école. Il touche à la souveraineté.
Un pays qui ne maîtrise pas les technologies qu’il utilise devient dépendant de ceux qui les produisent. Un pays qui ne forme pas ses jeunes aux compétences de demain les condamne à l’exclusion économique. Un pays qui ne pense pas l’avenir finit par le subir.
Haïti ne peut plus se contenter d’imiter des modèles éducatifs conçus pour d’autres réalités. Elle doit inventer le sien, adapté à ses ressources, à ses contraintes, à ses ambitions.
Le véritable débat national ne devrait pas seulement porter sur l’urgence du présent, mais sur la préparation de l’avenir. Quel Haïti voulons-nous dans vingt ou trente ans ? Un pays consommateur de technologies étrangères ou un pays capable d’innovation adaptée à ses besoins ?
L’école prépare aujourd’hui pour des métiers qui n’existent pas encore. Mais elle doit surtout préparer à une chose essentielle : la capacité de créer l’avenir au lieu de le subir.
C’est un appel à la lucidité.
C’est un appel à la responsabilité collective.
C’est un appel à la réinvention nationale.
Car dans le monde qui vient, les nations qui ne se transforment pas disparaissent lentement. Et celles qui osent se repenser écrivent leur propre destin.


