PORTRAIT – L’équipe de football d’Haïti disputera la Coupe du monde 2026. À sa tête, le sélectionneur français Sébastien Migné, nouveau héros d’un pays plongé dans le chaos.
Ancien homme de l’ombre
À moins d’être un suiveur assidu du football africain, vous ne savez probablement rien de Sébastien Migné. Après une modeste carrière de joueur qui l’a emmené en Angleterre (Boreham Wood, Leyton Orient…), le Vendéen s’est reconverti comme entraîneur à la fin des années 1990. Il a occupé le rôle d’adjoint pendant 20 ans, y compris en Ligue 2 (Strasbourg) et Ligue 1 (Lens), avant d’écumer les sélections étrangères (Congo Brazzaville, RD Congo, Oman, Togo).
Migné a franchi le cap d’entraîneur N.1 en 2017 et s’est fait un nom avec le Kenya, qu’il a qualifié pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) pour la première fois de son histoire en 2019. Passé aussi par la Guinée équatoriale, un club sud-africain et un nouveau rôle d’adjoint au Cameroun, il a été nommé sélectionneur d’Haïti en mars 2024.Passer la publicité
Des liens forts avec Papin et Le Roy
Migné n’a fait qu’une saison au RC Strasbourg, celle d’une remontée expresse en Ligue 1 sous la houlette de Jean-Pierre Papin, dont il était l’adjoint (2006-07). «JPP, c’est la star de l’équipe. Mais l’homme a su rester simple et modeste. Notre complicité est forte et dépasse le terrain. Il m’apporte son vécu du très haut niveau», racontait celui qui découvrait le monde professionnel dans les colonnes de Ouest-France .
Le Vendéen a, par la suite, côtoyé «le sorcier blanc», Claude Le Roy, légendaire entraîneur français en Afrique. Il a été son N.2 sur les bancs de la RD Congo et du Togo. «Claude Le Roy a été comme un guide comme pour moi», louait-il après avoir posé ses valises au Cameroun en 2022 avec l’appui de son confrère. À la Coupe du monde 2026, il espère retrouver son «meilleur pote, Sébastien Desabre», sélectionneur du Congo qui disputera les barrages intercontinentaux en mars prochain.
Le Mondial 2026, même sa femme n’y croyait pas
Haïti à la Coupe du monde, c’est le projet fou dans lequel s’est embarqué Migné lorsqu’il a accepté le poste de sélectionneur, en mars 2024. «Ce n’est pas le contrat le plus attrayant que j’ai eu dans ma carrière, mais c’est incontestablement la mission la plus exaltante qu’on m’a offerte», développait-il deux mois après sa prise de fonctions, lui qui avait vécu le Mondial 2022 comme adjoint de Rigobert Song avec le Cameroun.
Pour hisser la 84e nation mondiale en Coupe du monde, il y a eu un parcours du combattant en éliminatoires. Des victoires sur de modestes équipes (Sainte-Lucie, Barbade, Nicaragua…), d’autres plus huppées comme le Costa Rica (1-0 le 13 novembre). «Quand je me suis lancé dans cette aventure, même mon épouse me disait : “Mais qu’est-ce que tu fais Seb ?”», a raconté Migné à l’AFP. Les «Grenadiers» profitent aussi de l’élargissement à 46 équipes participantes pour la prochaine édition du Mondial aux États-Unis, au Mexique et au Canada.Passer la publicité
Il n’est jamais allé à Haïti
Un an et demi qu’il est en poste, mais Sébastien Migné n’a jamais mis le pied sur le sol haïtien. «Je dois sans doute être un des très rares sélectionneurs à ne jamais avoir mis les pieds dans le pays pour lequel il travaille. Mais la situation est encore trop dangereuse, il est fortement déconseillé de se rendre à Haïti», confiait-il à So Foot en octobre dernier.
Cet État des Caraïbes, indépendant vis-à-vis de la France depuis 1804 et qui compte 11 millions d’habitants, est plongé dans le chaos depuis près de deux ans. Les gangs sèment terreur et violence aux alentours de Port-au-Prince, la capitale. En septembre, le Conseil de sécurité de l’ONU a validé la transformation de la mission multinationale de soutien à la police haïtienne en une force antigangs plus robuste pour espérer ramener calme et stabilité.







