
Le 12 janvier 2010, à 16h53, la terre a tremblé, et avec elle, le destin d’une nation. En moins d’une minute, Port-au-Prince et les régions voisines se sont effondrées sous le poids d’une violence tellurique inouïe. Des vies, des rêves, des histoires entières ont été ensevelies sous les décombres. Le monde a retenu son souffle, le cœur noué devant l’ampleur du désastre. 230 000 morts. 300 000 blessés. 1,5 million de sans-abri. Des chiffres qui, encore aujourd’hui, brûlent la mémoire et rappellent l’indicible.
Seize ans ont passé. Seize étés de souvenirs, de silences, et de cette douleur sourde qui ne quitte jamais complètement les regards. Nous nous recueillons aujourd’hui, non pas dans la seule tristesse, mais dans la fidélité. Fidélité à ceux qui sont partis, dont les rires résonnent encore dans le vent chaud des collines. Fidélité à la force insondable de ceux qui ont survécu, et qui, au milieu des ruines, ont cherché une main, un souffle, un espoir.

Car ce jour-là, au cœur même de l’apocalypse, est née une autre histoire : celle de la dignité inébranlable du peuple haïtien. Celle des mains qui ont creusé sans relâche, des épaules qui ont porté les blessés, des inconnus devenus frères et sœurs dans la détresse. La terre avait brisé les murs, mais elle n’a pas brisé l’âme collective. Cette âme qui puise sa force dans les profondeurs de l’histoire, et qui sait que chaque aube est une promesse de résurrection.
Aujourd’hui, le deuil et le souvenir ne doivent pas être un arrêt sur image, mais une impulsion. Se relever, c’est bien plus que reconstruire des bâtiments. C’est reconstruire une confiance. C’est ériger, pierre par pierre, une nouvelle mentalité fondée non sur la fatalité, mais sur la prévoyance. Non sur la vulnérabilité subie, mais sur la protection choisie. Non sur les cendres du passé, mais sur les fondations délibérées d’un futur plus juste et plus solide.
La reconstruction d’Haïti est un impératif moral et existentiel. Elle doit être celle d’un État qui protège, d’infrastructures qui résistent, d’écoles qui élèvent, d’hôpitaux qui soignent, et d’une économie qui émancipe. Il s’agit de tisser, enfin, ce filet de sécurité social et environnemental qui garantira que plus jamais une mère ne perdra son enfant sous un béton friable, qu’un père ne verra pas son gagne-pain anéanti en un clin d’œil.

Ce chantier est colossal. Il exige une unité qui transcende les divisions, une volonté politique farouche, et une solidarité nationale indéfectible. Il exige aussi que la communauté internationale honore, par des actes concrets et respectueux de la souveraineté haïtienne, les promesses souvent oubliées. Regardons devant nous. Dans les yeux des enfants nés après 2010, il y a toute la lumière d’un possible. Ils méritent un pays où la vie est sacrée, où l’avenir n’est pas une menace, mais un horizon.

Haïti se relève. Pas comme un phénix mythique, mais comme un peuple réel, meurtri mais debout, scarifié mais fier. Elle se reconstruit, jour après jour, par le courage de ses filles et de ses fils. En ce 12 janvier 2026, honorons les absents en bâtissant pour les présents. Que notre souvenir soit actif, que notre douleur soit constructive, et que notre espoir soit inarrêtable.
Haïti est debout. Et c’est debout qu’elle reconstruit son lendemain.


