Fils-Aimé dispose de quelques mois pour agir après sa grande tournée

Date:

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a pris la parole ce 23 avril 2026 devant le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Frantz Duval

Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a pris la parole ce 23 avril 2026 devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Après sa série de rencontres de haut niveau à Washington, ce discours constitue le point culminant de sa tournée. Ce périple lui a permis de rencontrer tous ceux qui comptent dans le dossier Haïti.

Ce mois d’avril 2026 restera comme celui de la déclaration de politique générale du chef de gouvernement. Lui qui n’a ni parlement ni conseil pour le contrôler vient de prendre des engagements devant ses partenaires. En février dernier, toute la communauté internationale avait pesé pour qu’il devienne le seul chef à bord en Haïti ; aujourd’hui, les partenaires de l’international sont en mesure de juger l’action de Fils-Aimé à l’aune du programme qu’il vient de leur présenter.

Trois points principaux permettront de juger sur pièce l’action du Premier ministre : la sécurité, l’apaisement socio-économique et les élections.

Sur le plan sécuritaire, que la Force de répression des gangs accuse des retards de déploiement où qu’elle peine à livrer des résultats une fois opérationnelle, une chose est certaine : ces manquements ne seront pas imputés à la communauté internationale. Le Premier ministre doit bien le comprendre.

La FRG est là pour aider, pas pour remplacer les forces de sécurité haïtiennes. Si elle ne donne pas de résultats escomptés, les autorités haïtiennes ont le devoir d’y suppléer. Fils-Aimé a pour obligation de recruter, former et équiper les agents de la PNH et des FADH. Il peut même accroître le recours aux firmes de sécurité privées sous contrat pour renforcer nos hommes. Il en faudrait pour la surveillance et le renseignement ? Une firme par département géographique en tension ? Un recours plus large et mieux encadré aux contracteurs privés ? C’est au Premier ministre de décider et d’agir.

Toute réussite sur le tableau sécuritaire sera partagée avec les pays qui aident Haïti, qui composent ou financent la FRG. Tout retard, lenteur, échec ou catastrophe, en revanche, ne seront imposables qu’aux autorités haïtiennes.

Le gouvernement Fils-Aimé porte également la responsabilité d’assurer l’apaisement socio-économique. Il pourra s’appeler retour de la croissance, transformation de l’aide en investissement, création d’emplois, peu importe le nom qu’on lui donnera, il ne demeure pas moins que le pays doit choisir la voie qu’il entend emprunter pour soulager la misère de la population et redonner espoir.

Depuis près de dix ans, des politiques économiques, toujours identiques, enfoncent Haïti dans les profondeurs de la décroissance. Aucun pays ami ni institution internationale ne nous tendra la mais tant que les responsables n’enverront pas des signaux clairs d’un changement de cap. L’absence de tentative sérieuse pour mettre en place des politiques publiques visant à enrayer la croissance négative et l’inexistence de projets pour faire en province ce que l’on ne peut plus accomplir dans la région métropolitaine sont proprement inacceptables.

Le Premier ministre Fils-Aimé doit innover, oser, tenter autre chose que les solutions confortables reconduites depuis le mandat du président Jovenel Moïse. Les plans économiques n’ont même plus la malchance d’échouer en Haïti : Ils n’existent pas, tout simplement.

Le troisième gros dossier est celui des élections. Si en février 2027 nous sommes au même point qu’aujourd’hui, l’échec sera consommé. D’ici la fin du mois de mai, l’exécutif et le Conseil électoral provisoire doivent trouver le temps de s’asseoir et de s’entendre sur le modus operandi d’un processus électoral simple et efficace. Il faudra éliminer les promesses irréalistes, réduire les coûts superflus et formuler un discours cohérent en faveur d’un retour du pays sur les rails de la démocratie participative. 

Les acteurs en charge des élections doivent alléger le projet pour réussir un premier retour aux urnes là où cela est possible, puis, étendre les ambitions progressivement. Mieux vaut une réussite modeste qu’un échec retentissant dû à une recette trop ambitieuse.

Après sa tournée à Washington et son discours à l’ONU, Fils-Aimé a toutes les cartes en main, y compris les jokers et les cartes blanches, à lui désormais de savoir s’en servir et de ne pas se perdre dans la posture du maître des horloges.

Share post:

Les + Populaires

Plus d'Articles
Similaires

Le secrétaire d’État adjoint des États-Unis, Christopher Landau, reçu au Palais national

le secrétaire d’Etat américain a fait un compte rendu de sa visite en Haïti, en notant un changement notable de la situation sécuritaire. “Lorsque notre administration a pris ses fonctions il y a seize mois, Haïti était au bord du gouffre, menacée par de violents gangs criminels qui risquaient de prendre le contrôle du pays et de provoquer un effondrement social total ainsi qu'un nouvel afflux de migrants (qui s'ajouteraient à ceux que l'administration Biden avait activement encouragés à venir). La situation est aujourd'hui radicalement différente”, a-t-il fait remarquer.

U.S. Deputy Secretary of State Landau visits Haiti amid deadly surge in violence

Deputy U.S. Secretary of State Christopher Landau visited Port-au-Prince on Friday on a last-minute trip during which he observed a shooting exercise involving members of the newly created Gang Suppression Force, which has yet to be fully deployed, and met with Prime Minister Alix Didier Fils-Aimé. Landau’s visit comes at a particularly difficult moment for Fils-Aimé and residents of the capital and surrounding regions, where armed gangs have been tightening their grip and expanding their control; the country’s long-overdue elections increasingly look unlikely to take place this year.

Haïti et ses crises électorales

Depuis 1987, date de la tentative d’organiser les premières élections démocratiques en Haïti, les crises électorales avant, pendant ou après les scrutins, se sont succédé. Rares sont les élections sans crises et les crises sans une élection au bout des aventures. L’une nourrissant l’autre pour donner naissance à nos insatiables transitions.  Il est encore temps d’éviter la prochaine catastrophe électorale. Pour cela, il faudra de la pédagogie, de la simplification et des institutions au-dessus de tout soupçon. Pas d'approximation, pas d'omission, pas d’arrière-pensée.

La FRG annonce des opérations imminentes contre les gangs

La Force de répression des gangs (FRG) a annoncé qu’elle se trouve dans la phase finale de ses préparatifs avant le lancement de ses opérations en Haïti. Cette annonce intervient dans un contexte de détérioration continue de la situation sécuritaire, notamment à Port-au-Prince ainsi que dans plusieurs autres régions du pays, où les violences armées continuent de provoquer peur, déplacements de population et instabilité.