À celles qui ont porté la liberté bien avant qu’elle ne soit proclamée. 

Dans l’histoire d’Haïti, les femmes ne figurent pas en marge : elles en sont l’ossature, la flamme et la mémoire vivante. Leur courage silencieux, leurs gestes de résistance, leurs sacrifices et leur détermination ont accompagné chaque pas vers la liberté. Le combat qui mena au 1er janvier 1804 n’a pas été l’œuvre des seuls soldats et généraux : il fut le combat d’un peuple, et au cœur de ce peuple se tenaient les femmes. 

Certaines ont pris les armes, debout sur les champs de bataille, défiant les canons au nom de la dignité. Marie-Jeanne Lamartinière, héroïne de Vertières, incarne cette audace : fusil en main, elle combattit avec une vaillance qui inspira toute l’armée indigène. À ses côtés, une femme dont l’histoire a perdu le nom aurait servi l’artillerie lors de cette même bataille, rappelant que la bravoure féminine est parfois plus vaste que les archives qui tentent de la contenir. 

D’autres ont porté la liberté dans leur souffle, dans leur discipline, dans leur refus de plier. Sanité Bélair, officier de l’armée indigène, marcha vers la mort sans trembler, offrant à la nation un exemple immortel de résistance et de dignité. Toya Montou, guerrière venue du Dahomey, éleva et forma Dessalines, apportant au futur fondateur de la nation l’art de se tenir debout face à l’oppresseur. 

Certaines ont choisi l’humanité comme arme. Marie-Claire Heureuse Félicité, protectrice inlassable, se dressa au milieu de la guerre pour soigner, nourrir et sauver vies et innocents. À ses côtés, tant d’autres femmes, anonymes ou oubliées, ont guéri, abrité, protégé et porté l’espoir comme on porte une torche. 

Et lorsque l’histoire sombra dans la douleur, c’est une femme encore qui ramassa la dignité d’un héros tombé. Dédée Bazile, dite Défilée-la-Folle, rappela à la nation que l’amour et le respect peuvent être plus puissants que les balles. Son geste envers le corps de Dessalines demeure un acte fondateur de la mémoire haïtienne. 

Il y eut aussi les femmes marronnes : Flore Bois Gaillard et celles qui, dans les montagnes et les ravines, brisèrent les chaînes avant même que la liberté ne soit proclamée. Elles furent espionnes, messagères, guérilleras, stratèges, mères et combattantes. Elles ont nourri la révolte, abrité les résistants, transporté la parole, défié l’ordre colonial. 

En vérité, l’indépendance d’Haïti ne fut pas seulement le triomphe d’une armée : ce fut le triomphe d’un peuple, et dans ce peuple les femmes ont tenu la lumière. Elles ont donné la vie, protégé la vie et, quand il le fallait, offert la leur. 

Aujourd’hui, nous rendons hommage à ces femmes dont la force dépasse les archives, dont les noms parfois manquent mais dont l’empreinte demeure. Elles sont les sentinelles de notre mémoire, les fondations de notre dignité et les premières gardiennes de la liberté. 

À toutes les héroïnes connues et inconnues de la Révolution haïtienne, 

À toutes les femmes qui ont fait naître la Nation : Respect. Honneur. ChapoBa.