Il arrive un moment, dans la vie privée comme dans la vie publique, où l’on se heurte à une réalité simple : on ne peut pas convaincre tout le monde. On ne peut pas obliger les autres à être exigeants envers eux-mêmes, à se dépasser, à entreprendre les réformes indispensables. Et lorsque nos efforts échouent, nous avons parfois tendance à nous sentir coupables, comme si l’absence de changement chez les autres était notre responsabilité. 

Pourtant, il ne faut pas porter ce poids. Nous ne sommes pas responsables de ce que les autres refusent de voir ou d’entendre. 

Dans une existence, les sources de bonheur sont multiples. Parmi les plus profondes, il y a cette satisfaction silencieuse d’avoir aidé quelqu’un à réussir sa vie, d’avoir contribué à l’essor d’un projet, d’une entreprise, d’une communauté, d’une ville ou même d’un pays. Avoir mis son énergie au service du progrès d’autrui laisse une trace durable, parfois invisible, mais toujours réelle. 

À l’inverse, parmi les douleurs les plus difficiles, il y a ce sentiment d’impuissance que l’on éprouve devant l’échec d’un être cher, devant l’incapacité d’une organisation à se réinventer, devant l’immobilisme d’un pays que l’on aime. Ce mélange de tristesse et de désespoir est humain. Mais là encore, il ne doit pas se transformer en culpabilité. On ne peut pas porter sur ses épaules la somme des refus, des renoncements, des aveuglements des autres. 

Ce que nous pouvons faire en revanche — et c’est essentiel — c’est rester fiers.  

Fiers des femmes et des hommes qui nous entourent.  

Fiers de ceux que nous avons tenté, parfois pendant des années, de convaincre d’un meilleur chemin. 

Fiers d’avoir essayé. 

Dans la sphère politique, par exemple, combien d’acteurs publics s’efforcent de convaincre leurs pairs de mettre en œuvre des réformes nécessaires, justes, ambitieuses ? Certains échouent, d’autres réussissent, mais tous partagent cette volonté de transformer, d’améliorer, de protéger. 

Et lorsqu’il s’agit de son pays, le devoir est encore plus grand. On peut ne pas être responsable de l’échec collectif, mais on finit toujours, d’une manière ou d’une autre, par se sentir responsable de son avenir. Car personne ne vit en dehors de son pays, de son histoire, de son peuple. C’est pourquoi, même lorsque tout semble perdu, même lorsque l’on s’est heurté à trop de résistances, il ne faut jamais cesser de se battre pour aider son pays à se relever. 

Au fond, il n’existe qu’une seule voie : continuer. 

Continuer à vouloir aider. 

Continuer à convaincre. 

Continuer à encourager les autres à être exigeants avec eux-mêmes. 

Continuer aussi longtemps que la force nous habite. 

Parce que c’est dans cette persévérance-là, humble mais tenace, que se construit la dignité de ceux qui refusent de renoncer. Ceux qui savent que changer un pays, une entreprise, une vie, commence toujours par un geste : celui d’essayer encore.