ChapoBa — Murielle Leconte, la main qui peignait l’espérance 

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Il est des vies qui ne font pas de bruit en s’éteignant, mais qui laissent derrière elles une lumière persistante. Murielle Leconte est de celles-là.

Artiste, designer, entrepreneuse, elle n’a jamais séparé la création de la transmission, ni le talent de la responsabilité. Elle appartenait à cette lignée rare de femmes qui bâtissent sans tapage, mais dont l’œuvre, patiemment déposée dans le temps, finit par structurer des générations entières.

Pionnière de la mode peinte à la main en Haïti, Murielle Leconte a donné au vêtement une âme et une parole. Sous ses pinceaux, les étoffes devenaient des territoires de mémoire, des fragments d’identité, des actes de foi dans la beauté haïtienne. Elle a transformé le quotidien en art, et l’art en langage accessible, offrant à de jeunes créateurs la preuve qu’il était possible d’inventer sans renier ses racines.

Ingénieure civile de formation, elle portait en elle la rigueur des bâtisseurs. Fille de Richard Leconte, fondateur de la première école d’ingénieurs privée d’Haïti, elle avait hérité de cette exigence du solide et du durable. Mais là où d’autres construisent des ponts ou des édifices, Murielle Leconte a bâti des trajectoires humaines. Elle a relié les disciplines — ingénierie, arts visuels, mode, entrepreneuriat — comme on relie les êtres, avec méthode, patience et foi.

Le 8 décembre 1990, jour de son anniversaire, elle fonde Murielle Créations. Le geste est symbolique : créer devient un acte de naissance renouvelé. Textiles, verre, céramique, accessoires, haute couture — tout passait entre ses mains avec la même attention, la même noblesse artisanale. Ses œuvres ont voyagé, été récompensées, célébrées au-delà des frontières. Mais jamais elles ne se sont éloignées d’Haïti.

Son plus grand chef-d’œuvre, pourtant, ne se portait pas. Il se transmettait.

Murielle Leconte croyait profondément en la jeunesse. À travers son agence de mannequins, elle a formé des femmes et des hommes à bien plus qu’un métier : elle leur a appris la discipline, la dignité, la confiance en soi, l’art de se tenir droit. Elle a été une voix majeure de l’entrepreneuriat féminin, notamment à travers Femmes en production, donnant aux femmes haïtiennes un espace de visibilité, de reconnaissance et de pouvoir économique.

Lorsque la maladie s’est invitée dans sa vie, elle n’a pas interrompu l’œuvre. Même en centre de réadaptation, même dans l’épreuve, elle a continué à créer. Cette fidélité à l’acte de faire, à la beauté, à la foi — qu’elle a pleinement embrassée en 2014 — restera l’une des signatures les plus fortes de son parcours.

Murielle Leconte s’est éteinte le 28 décembre, loin de sa terre natale, mais jamais loin de son peuple. Elle laisse derrière elle une trace profonde, faite de courage, de générosité et de sens.

Dans la rubrique ChapoBa, nous inclinons la tête. Non pour dire adieu, mais pour reconnaître une œuvre accomplie. Car certaines femmes ne disparaissent pas : elles deviennent des repères.

Murielle Leconte est désormais de celles-là.

ChapoBa Minouche!

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