Ces derniers temps, un mot revient sans cesse sur nos ondes, à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans les conversations de rue comme dans les salons feutrés : élections. Tout le monde veut être candidat. Tout le monde se voit déjà président. Mais une question essentielle demeure, trop souvent évitée, trop rarement posée avec sérieux : quelles sont réellement les qualités requises pour être président de la République d’Haïti ? 

Diriger un pays comme Haïti n’est pas un titre honorifique, ce n’est pas une aventure personnelle, encore moins une revanche sociale ou politique. Être président d’Haïti, c’est accepter une mission lourde, exigeante, presque sacrificielle. La première qualité, la plus fondamentale, c’est d’en avoir une volonté profonde, sincère, indiscutable. Il faut que chaque Haïtienne et chaque Haïtien — du plus petit au plus grand, de la ville aux recoins les plus reculés du pays, en Haïti comme dans la diaspora — sente, ressente, comprenne que vous le voulez vraiment. Pas pour vous-même, mais pour eux. 

Il faut du caractère. Il faut du prestige, non pas celui qui s’achète ou se fabrique à coups de slogans, mais celui qui s’impose par la droiture, la constance et le courage. Il faut surtout un amour véritable pour Haïti, et un amour tout aussi réel pour les Haïtiens. Et ce n’est pas la même chose. On peut aimer Haïti pour son climat, ses plages, sa culture, sa musique, sa beauté. Mais aimer les Haïtiens, c’est autre chose : c’est aimer un peuple dans sa souffrance, dans sa dignité bafouée, dans sa résilience quotidienne. C’est accepter de porter ses douleurs, ses colères, ses espérances. 

Un président doit aussi posséder une compétence minimale en géopolitique, comprendre le monde tel qu’il est, savoir où se situe Haïti et comment défendre ses intérêts. Il doit savoir s’entourer de femmes et d’hommes de qualité, sans craindre ceux qui sont plus compétents, plus brillants ou plus expérimentés que lui. Gouverner, ce n’est pas briller seul, c’est faire briller une équipe au service d’un projet. 

Il faut du temps, du sérieux, de la rigueur pour penser, construire, débattre un programme. On ne se déclare pas candidat à la légère. On ne se lance pas dans une élection par effet de mode ou par mimétisme. On ne doit pas avancer en meute, mais avancer en groupe autour d’une idée collective, jamais autour d’une ambition personnelle. Malheureusement, ces qualités essentielles sont rarement réunies en Haïti, et c’est là l’une de nos plus grandes tragédies politiques. 

À ces exigences s’ajoute une qualité indispensable, bien qu’insuffisante à elle seule : l’intégrité. Une intégrité réelle, ressentie, incarnée. Une authenticité sincère, non mécanique, non calculée, car les gens sentent immédiatement le faux. Si vous êtes intègre, si vous dites honnêtement ce que vous pensez — même lorsque cela va à contre-courant de l’opinion — les Haïtiens peuvent vous écouter, vous respecter, et parfois même vous choisir. La vérité a un coût, mais elle a aussi une force. 

Bien sûr, les circonstances comptent. Parfois, une élection se joue d’avance. Parfois, on peut avoir raison et perdre. Mais lorsque votre discours est vrai, lorsque votre projet est solide, lorsque votre engagement est profond et que vous réunissez ces qualités essentielles, alors oui, il devient possible de remporter haut la main une élection. Et surtout, de redonner espoir à un peuple qui en a tant besoin. 

Haïti n’a pas besoin de plus de candidats. 

Haïti a besoin de vrais leaders.