En Haïti, le conseil présidentiel de transition et le gouvernement ont annoncé, dans le journal officiel le Moniteur, la tenue du premier tour des élections présidentielles et législatives au 30 août 2026, le second tour étant prévu en décembre. Mais les citoyens se montrent inquiets, estimant qu’aucun scrutin ne peut se tenir dans un contexte d’insécurité généralisée. Les gangs armés contrôlent plus de 80 % de la capitale et ont aussi leur emprise sur plusieurs villes de province.

Avec notre correspondant à Port-au-Prince, Peterson Luxama

L’annonce de la réalisation des prochaines élections en Haïti a suscité de nombreuses réactions. Dans la capitale, la démarche reste encore floue dans la tête de certains citoyens, à l’image de Gaby Jean, étudiant en gestion des collectivités territoriales.

« Organiser des élections dans ce contexte est déjà un échec, car les problèmes existants resteront les mêmes. Les dirigeants actuels ne sont pas là pour résoudre quoi que ce soit ; ils sont là pour profiter, sans donner le moindre résultat. Tenir des élections malgré la situation du pays revient simplement à avoir de nouveaux élus, mais les problèmes, eux, ne seront jamais résolus. » 

Inquiétude et incertitude aussi chez Émilie Marcelin, étudiante en sciences politiques à l’Université d’État d’Haïti. Selon elle, toute organisation d’élections doit passer d’abord par la résolution de la crise sécuritaire : « Réaliser les élections dans ce contexte assez difficile n’est pas réaliste pour moi. Cependant, il est nécessaire de rétablir l’ordre constitutionnel. Pour cela, nos dirigeants, nos autorités doivent agir de manière concrète pour reprendre le contrôle des territoires et pour créer des conditions afin de réaliser des élections crédibles et démocratiques dans ce pays. »

Modelet Fertil va dans le même sens : le jeune politologue reconnaît que les élections sont essentielles pour renouveler la classe politique, mais rappelle que les conditions doivent d’abord être réunies. « Organiser les élections est extrêmement important. Mais pour qu’elles puissent avoir lieu, il faut d’abord que la sécurité soit garantie. Les candidats doivent pouvoir se déplacer dans les différentes villes pour mener leur campagne électorale. Or, aujourd’hui, nous connaissons tous la réalité : plusieurs routes nationales sont contrôlées ou bloquées par des bandes armées. Dans ces conditions, organiser des élections devient impossible. »

Les autorités prêchent l’évangile des élections, quand les citoyens, eux, réclament avant tout la sécurité. Plus de 16 000 personnes ont été tuées dans des violences armées en Haïti depuis le début de l’année 2022, a déclaré l’Organisation des Nations unies le 2 octobre, avertissant que « le pire reste peut-être à venir ».