La fin de l’année invite naturellement au bilan. Chaque jour de décembre, radios, télévisions et réseaux déroulent le même rituel : ce que nous avons fait, ce que nous avons raté, ce que nous promettons de mieux faire demain. Mais au lieu de dresser une fois encore le bilan de l’année 2025, peut-être faut-il oser un exercice plus audacieux, presque dérangeant : le bilan de la présence de l’homme haïtien sur la terre de nos ancetres.
La fermeture de l’aéroport international Toussaint Louverture, consécutive à un grave incident survenu le 11 novembre 2024, a brutalement exposé une réalité que beaucoup refusaient encore de regarder en face : Haïti est en train de perdre son ciel. Avec l’arrêt des activités de la principale plateforme aérienne du pays, c’est toute la nation qui se retrouve plongée dans un isolement dangereux et inédit.
Ces derniers temps, un mot revient sans cesse sur nos ondes, à la télévision, sur les réseaux sociaux, dans les conversations de rue comme dans les salons feutrés : élections. Tout le monde veut être candidat. Tout le monde se voit déjà président. Mais une question essentielle demeure, trop souvent évitée, trop rarement posée avec sérieux : quelles sont réellement les qualités requises pour être président de la République d’Haïti ?
Il est temps de dire les choses avec clarté, avec force, avec cette franchise qui, parfois, dérange mais libère : nous ne pouvons plus nous réfugier derrière l’idée confortable que nos malheurs viennent uniquement de l’étranger. Oui, l’histoire nous a meurtris. Oui, les ingérences ont laissé des cicatrices. Mais un peuple qui choisit de ne regarder que ses blessures finissent par oublier qu’il a aussi des mains pour bâtir, une voix pour décider, une âme pour se relever. Ce discours victimaire, ressassé sans fin, nous enchaîne davantage que les épreuves elles-mêmes. Il est temps d’y mettre un terme.
Il arrive un moment, dans la vie privée comme dans la vie publique, où l’on se heurte à une réalité simple : on ne peut pas convaincre tout le monde. On ne peut pas obliger les autres à être exigeants envers eux-mêmes, à se dépasser, à entreprendre les réformes indispensables. Et lorsque nos efforts échouent, nous avons parfois tendance à nous sentir coupables, comme si l’absence de changement chez les autres était notre responsabilité.