Si le peuple est souverain, peut-il décider que la démocratie n’a plus sa raison d’être ? Cette question n’est ni théorique ni lointaine. Elle nous regarde droit dans les yeux, ici, en Haïti, terre née d’un cri de liberté lancé contre l’ordre du monde. Une nation qui s’est levée, en 1804, pour proclamer que nul ne pouvait être propriété d’un autre, que la dignité humaine ne se négocie pas, même à la pointe des baïonnettes.
Dans le fracas des crises qui semblent tout emporter — sécuritaire, économique, sociale —, dans ce bruit de fond permanent qui voudrait réduire l’existence à la survie, à la peur ou au découragement, il est une vérité que le chaos ne pourra jamais confisquer : votre vie est brève, et elle est unique.
Cette semaine encore, la scène politique haïtienne a été marquée par une succession de rebondissements révélateurs d’un malaise profond. Les tensions récurrentes au sommet de l’État confirment une réalité que nul observateur sérieux ne peut désormais ignorer : l’expérience de l’exécutif à deux têtes, héritée de la Constitution de 1987, ne répond plus aux exigences de gouvernabilité, de stabilité et d’efficacité de l’État haïtien.
Nous sommes à un carrefour décisif. Comme l’enseignait Hannah Arendt, chaque génération reçoit le monde en héritage, mais elle est surtout responsable de ce qu’elle en fait. Aujourd’hui, le peuple haïtien ne peut plus accepter l’immobilisme, ni se résigner au fatalisme, encore moins céder à la surenchère qui divise et épuise. Refuser l’inaction est devenu un devoir civique ; choisir l’espérance, un acte de résistance.
Le 12 janvier 2010, à 16h53, la terre a tremblé, et avec elle, le destin d’une nation. En moins d’une minute, Port-au-Prince et les régions voisines se sont effondrées sous le poids d’une violence tellurique inouïe. Des vies, des rêves, des histoires entières ont été ensevelies sous les décombres. Le monde a retenu son souffle, le cœur noué devant l’ampleur du désastre. 230 000 morts. 300 000 blessés. 1,5 million de sans-abri. Des chiffres qui, encore aujourd’hui, brûlent la mémoire et rappellent l’indicible.